Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Grande grève des mineurs de 1963: Louis, Serge et André y étaient...

Publié le par REVEL Stephane

Le Centre historique minier de Lewarde a sélectionné quarante-deux clichés en noir et blanc, parmi des centaines d’archives, pour faire revivre la grande grève des mineurs de 1963. Une grève marquée, entre autres événements, par un défilé monstre à Lens : 80 000 manifestants ! Plongée dans un mouvement hors norme dont les témoins se souviennent avec vivacité.

Quarante-deux photos pour retracer un moment qui a marqué les esprits de toute une région: jusqu’au 31décembre, le Centre historique minier met en images la grève des mineurs de 1963. Des clichés noirs et blancs, témoins d’une époque ou plutôt de sa fin annoncée – en 1960, le plan Jeanneney prévoit de réduire la production de charbon au profit du pétrole –, piochés dans les archives de l’association Mémoires et cultures, et des témoins de cette grève de trente-cinq jours: Louis Bembenek, ancien mineur de la fosse Delloye à Lewarde, a participé aux collectes pour aider les mineurs et leur famille, André Brossard, ancien ingénieur des mines à la fosse Agache à Fenain, a soutenu ce mouvement, et Serge Barrois, président de Mémoires et cultures, voyait son père syndicaliste répéter ses discours.

Trois témoins de ce que chacun décrit comme « un moment fort de l’histoire des mines », aux souvenirs précis, riches de détails et d’anecdotes. « J’avais 24 ans à l’époque. J’étais jeune mineur (il a débuté en 1955). 1963, c’était ma première grande grève. » Louis Bembenek s’en souvient comme d’un moment « formidable ». « On dit que quand un peuple se met en marche, rien ne peut l’arrêter. C’est un peu ce qui s’est passé ici. »

La grève commence le 1er mars 1963. Les revendications portent sur les revenus, le passage à 40 heures et une quatrième semaine de congés payés. « Les salaires avaient diminué nettement. Il y avait un gros retard dans une période où l’inflation avait galopé. » Jeune ingénieur des mines, André Brossard connaît là « la première grève où les ingénieurs ont soutenu ouvertement le mouvement ». « On ne faisait pas grève physiquement car on était responsable du maintien de l’outil de travail mais on versait une journée de salaire dans une caisse réservée aux grévistes », poursuit-il.

Le mouvement devait durer deux jours mais le 2 mars, le général De Gaulle prend une décision qui met le feu aux poudres : il décrète la réquisition des mineurs. « C’est ce qui nous a boostés », raconte Louis Bembenek. C’est parti pour cinq semaines de grève. Au plus fort de la grogne, on compte près de 80 000 manifestants à Lens le 30 mars – et 10 000 dans les rues de Douai le 9 mars. « La grève devient une grosse machine : le bassin minier était bloqué, rien ne passait, décrit Serge Barrois. Il faut s’imaginer la dimension que ça prenait ! La résonance, l’ampleur de cette grève. Il ne fallait pas toucher aux mineurs ! Quand on est devant une masse si importante (il évoque la première photo de l’exposition, prise à Lens), on est petit… Toute déclaration (des syndicalistes) devait être calibrée, mesurée, il ne devait pas manquer un point d’exclamation ! » Il évoque son père. « À la maison, il répétait ses discours, il n’avait pas droit à l’erreur. »

1963 fait date par son ampleur mais aussi par son unité syndicale et sa solidarité. Désigné par l’intersyndicale, Louis Bembenek participe à des collectes, notamment à Cambrai. « On a été reçu par le sénateur-maire et l’évêque de Cambrai qui nous a assurés de toute sa solidarité. C’était un moment formidable. » Le soutien vient de toute la France et de l’étranger. « L’URSS, la RDA, la Pologne, l’Espagne nous ont aidés par des dons. » Des enfants de mineurs sont accueillis dans des familles, des commerçants baissent le rideau de leur vitrine en signe de soutien. « On avait une puissance de feu sensationnelle, reprend André Brossard, mais c’était aussi le chant du cygne. Je ressens ça comme la fin d’une époque qui m’a profondément marqué. On ne retrouvera plus cette puissance. Après, c’est une course en avant, une récession qui va durer trente ans. »

Les mineurs reprennent le travail le 8 avril après avoir obtenu satisfaction sur l’essentiel de leurs revendications. « Ça s’est bien passé, se souvient l’ancien ingénieur des mines. Cinq semaines de grève, c’était long. »

Commenter cet article