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Près d'Angers, les derniers mineurs sont des résistants

Publié le par REVEL Stephane

Le seul puits en activité en France est situé aux portes d'Angers, à Trélazé. La mine, qui emploie une centaine de personnes, produit 11 000 tonnes d'ardoises par an.

Six siècles d'extraction

Une ceinture continue de rebuts d'ardoises derrière laquelle vibre la ville. D'anciens puits noyés, qui dessinent des paysages presque bucoliques. Des chevalets en fer muets, qui donnent à certains lieux des allures fantomatiques... C'est dans ce décor minier très marqué par six siècles d'extraction, que vivent les 12 000 habitants de Trélazé, commune populaire aux portes Est d'Angers.

« Quand j'étais petit, je jouais sur des buttes d'ardoise, raconte Alain Roger, vice-président de l'association du Musée de l'ardoise. Grand, pendant 34 ans, je suis passé en dessous, à la mine. » Jusqu'aux années 1980, sur de vastes espaces, deux sociétés faisaient travailler 2 000 personnes. « Puis nous avons connu les vagues successives de fermetures, en 1983, 1986, 1993... » raconte l'ancien mineur, le coeur étreint.

La mine ? Elle n'est pas morte.

Elle vit encore aux Grands carreaux, dans un puits, le numéro 7, qui pénètre dans les entrailles du schiste, à 520 m de profondeur. « Nous exploitons la dernière mine de France et produisons la plus belle, la plus pure et la plus noble ardoise au monde », s'enthousiasme Talal Soweif, directeur commercial des Ardoisières d'Angers. Une société filiale du groupe international Imerys, qui emploie 200 personnes à Trélazé, dont une moitié de mineurs.

La sirène retentit. Une barrière se lève, une grille s'ouvre. « Salut ! Bonjour ! » Comme au rugby après les hymnes nationaux, l'équipe du matin, casque et lampe sur la tête, bleu de travail maculé, serre la main des copains qui vont descendre. Pour près de huit heures de turbin. « Les gars qui sortent accueillent les autres. La mine, c'est un esprit d'équipe », fait observer un rude gaillard, qui totalise dix-sept ans de fond.

Mineurs de père en fils

Grégory s'apprête à prendre l'ascenseur qui véhicule hommes, blocs d'ardoise et matériel. La mine ? Il est tombé dedans, comme beaucoup d'autres, dès la plus tendre enfance. « Mon père, mon grand-père et mon oncle y travaillaient. » Ce jeune homme de 26 ans pouvait d'autant moins échapper à son destin qu'il habite en face du puits. L'air confiné, la poussière, le bruit des engins à perforer la roche et la transporter, les ténèbres éclairées à la seule lumière artificielle... ses camarades connaissent aussi. « Je préfère ça plutôt qu'aller à l'usine », lance un gars, la quarantaine. Tandis que Jean-Jacques, fils de mineur, s'affirme « fier de faire ce métier et d'être, avec les copains, les derniers résistants ».

La grille de l'ascenceur s'abat. Les gars plaisantent. La bonne humeur est de mise. Dans quelques minutes, chacun sera à son poste. Talal Soweif en profite pour dire tout le bien qu'il pense de son ardoise d'un noir bleuté, fine, quelques millimètres, dure, noble et résistante. « Certaines vont durer plus de cent ans. » Rien à voir, insiste-t-il, avec l'espagnole, la concurrente, une ardoise un peu moins chère, certes, mais tellement moins endurante.

Faire vivre deux cents familles et l'identité d'un pays

Le directeur commercial emmène vers l'usine de transformation des Fresnais. Là, sous un vaste hangar, de grands blocs de schiste de plusieurs tonnes sont fendus mécaniquement, puis découpés par pression en mille-feuilles. « L'ardoise ne doit pas porter de marques, il faut qu'elle soit plate et non voilée », explique un technicien. Les défectueuses sont mises de côté et seront valorisées dans la décoration, l'aménagement de ronds-points ou de jardins.

« Notre ardoise est mondialement connue, répète Talal Soweif. Et notre groupe investit beaucoup dans la recherche minière. » L'ardoise de Trélazé, dit-il, a de l'avenir. Pour peu qu'élus, architectes et particuliers la privilégient. L'enjeu est de taille. Il ne s'agit rien moins que de faire vivre deux cents familles et l'identité même d'un pays.

Gaspard NORRITO

Mardi 22 mai 2012 Ouest France Entreprises

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