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Une ancienne mine du Nord/Pas-de-Calais veillée par ses "anges gardiens"

Publié le par REVEL Stephane

Depuis vingt-trois ans et la fermeture de la dernière mine du Nord/Pas-de-Calais, un petit groupe d'anciens mineurs, les "anges gardiens" de la fosse 9-9 bis d'Oignies, en polissent les machines, avec l'espoir de les voir un jour à nouveau tourner.

"C'est joli maintenant", lance Pierrot Lingrand, 73 ans, dans son bleu de travail, une casquette sur la tête, en désignant l'une des deux machines d'extraction de l'ancien carreau de mine.

Chaque lundi, depuis la fermeture du dernier puits dans le Nord/Pas-de-Calais, il participe à un entretien minutieux.

"Ici, on a enlevé 800 kilos de graisse, on a du tout tirer à la spatule. Comme on ne travaille que le lundi, ça nous a pris du temps, et on était dans un état!", se souvient l'ancienne gueule noire en souriant.

Comme la demi-douzaine de ses anciens collègues qu'il retrouve chaque semaine, Pierrot Lingrand a "fermé la fosse d'Oignies" le 21 décembre 1990. Une photo de la dernière berline ayant remonté du charbon, mettant fin à trois siècles d'exploitation dans le bassin minier, trône sur un tableau dans le local de leur association, à côté de celles représentant les amis disparus.

"Venir ici, ça me redonne du tonus pour la semaine, maintenant que je suis veuf", explique-t-il encore, en s'affairant dans le bâtiment des machines, un mètre à la main.

"Nous étions presque mariés avec la fosse, les mineurs étaient très soudés. C'est un plaisir de recauser de ce qu'on a vécu pendant 35 ans", déclare André, ancien mineur "de fond et de surface".

Ils sont tous "devenus anges gardiens" du 9-9 bis après avoir été "un peu contraints au départ par le ministère de la Culture et des universitaires de sauver ce site, qui devait être rasé par les bulldozers", indique Désiré Lefait, qui préside l'association à l'origine du classement du site aux monuments historiques en 1994.

Avant de passer à la réhabilitation de la fosse proprement dite, il a fallu pendant dix ans "surtout lutter contre le vandalisme, réparer et faire de la prévention", et "ramasser les détritus par bennes entières" pour s'attaquer enfin à la remise en état des machines d'extraction, poursuit-il.

+Elle tourne!+

Avant de les faire tourner, il aura fallu "près de deux ans et pas mal de péripéties" aux anciens mineurs, mais un samedi, en 2006, leur travail finit par payer, raconte M. Lefait. "C'est une machine ultra-silencieuse, donc on ne l'a pas vu tout de suite. Quelqu'un a crié derrière notre dos +Elle tourne!+. On a eu tous la larme à l'oeil, on a sauté dans les bras les uns des autres".

"On a passé des week-ends complets à changer la mécanique. (...). La voir retourner, on était les plus heureux de la terre", se remémore Robert Khelifi, 67 ans, ancien chef électro-mécanicien à Oignies.

Ce jour-là, en même temps que la machine d'extraction, le groupe décide "un peu en douce" de faire tourner les molettes, ces grandes roues en haut des chevalements. La population afflue sur le carreau de mine, le "coup d'éclat" est réussi, mais les gueules noires doivent faire la promesse aux autorités de laisser les machines à l'arrêt.

"On arrive à un certain âge. Avant de mourir, on aimerait voir se réveiller ces belles endormies et que toutes les machines ensemble fassent vrombir les carreaux du bâtiment", confie Désiré Lefait, qui souhaite que le futur "parcours muséographique", qui devrait prendre place à l'horizon 2015 dans le bâtiment des machines, permette d'entendre à nouveau le bruit de ces dernières.

Ce circuit, alliant à la fois musique et patrimoine, fait suite à l'inauguration en juin sur l'ancien site minier du Métaphone, une salle de spectacles capable de se muer en instrument de musique.

AFP/Par Anne-Sophie LASSERRE AFP

Le vendredi 20 décembre 2013

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