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Montceau a perdu un ancien mineur Louis Quéméner

Publié le par REVEL Stephane

Louis Quéméner, ancien mineur à Montceau durant 25 ans, est décédé le 6 janvier dernier. Habitant Le Vernois depuis 20 ans, cité des Castors, Louis Quéméner a été enterré à Saint-Vallier. Il a grandi dans le quartier de La Saule. Après obtention de son certificat d'études, il descend à la mine avec son père, à l'âge légal de 14 ans. Après un emploi de vendeur dans le magasin Millet, tailleur pour hommes, il retourne à la mine en 1945. Après 25 ans de travail "au fond", après avoir vécu les mouvements de grève, et assisté à la catastrophe de Plichon -il travaillait au puits Darcy à ce moment-là-, il décide de partir. Atteint de la silicose et alors que l'industrie du charbon décline, il devient, en 1968, le 1er mineur reconverti, et prend la gérance du camping municipal et du stade municipal de Nantua, dans l'Ain. De retour dans le bassin minier en 1971, il acquiert, avec son épouse Fernande, le bar de Montmaillot siège du football club de Sanvignes. Louis termine son parcours professionnel en tant que magas

"Louis naît à Paris, le 21 décembre 1928, durant le trajet qui conduit Aline, Marcel, ses parents, et leur petite Yvonne du pays breton vers notre bassin minier.

Petit Louis grandit dans le quartier de la SAULE… Il maîtrise la lecture bien avant son inscription à la Communale alors qu’on parle breton dans sa famille.

A 12 ans, il obtient brillamment son certificat d’études. Malgré l’obtention de ce diplôme important pour l’époque, il doit se diriger vers le « carreau » de la mine pour y trier le charbon avec sa mère. A l’âge légal, 14 ans, il doit descendre travailler au fond avec son père.

De 14 à 18 ans, une autre orientation professionnelle l’amène à devenir vendeur dans le magasin Millet, tailleurs pour hommes. Mais, en 1945, pour pouvoir « bien gagner sa vie », mieux vaut encore retourner à la mine, d’autant plus qu’en 46, il va rencontrer sa promise, Fernande, et après deux ans de fiançailles, le jeune couple s’unira devant Dieu le 26 mars 1946, pour fonder cette magnifique pyramide familiale assemblée autour d’eux aujourd’hui : leurs quatre enfants donneront, à leur tour naissance à 16 petits-enfants et 15 arrières-petits enfants.

Il a connu la grande grève de 1948 pendant laquelle il sculptait de beaux objets dans les « recippes », tronçons de bois récupérés au fond du puits. Il travaillait au puits de Darcy au moment où la catastrophe de Plichon s’est produite. Il y eut d’autres grèves…. Et les inondations des galeries suite à des pluies diluviennes… Durant l’hiver57, il fit si froid que Louis habitué à se rendre au puits à vélo, devait marcher à côté de sa bicyclette pour avancer sur le sol verglacé… Malgré les difficultés, les enfants n’ont jamais manqué de rien. Ils ont même été gâtés, à chaque Noël à chaque anniversaire. Louis et Fernande faisaient front dans la difficulté.

Louis a travaillé vingt-cinq ans au fond de la mine et « cela use un homme si solide soit-il. Aussi, atteint de la terrible silicose et menacé comme de nombreux autres mineurs par la crise du charbon », Louis et Fernande ont décidé de changer de vie. En 1968, Louis est le premier mineur reconverti.

A Nantua, où il va pouvoir respirer le bon air des sapins, il sera gérant du camping municipal, efficacement assisté de son épouse qui tiendra l’épicerie. Leur conscience professionnelle, leur efficacité et leur dynamisme sont très appréciés par l’équipe municipale et les notables qui viennent y jouer au tennis. Tous ont beaucoup de respect et d’estime pour Louis et sa compagne. L’aînée de ses filles s’y mariera, la seconde finira par se fixer professionnellement dans l’Ain.

Louis et Fernande, reviennent dans la région montcellienne en 1971. Ils acquièrent le bar de Montmaillot , siège du football de Sanvignes. Ils savent s’attirer respect et sympathie de la part des jeunes qui fréquentent, de plus en plus nombreux, leur établissement.

En 1976, ils décident de vendre. Leur nouvelle maison, à Pouilloux, lui vaudra l’appellation qui lui est restée de « Pépé de Pouilloux » par tous ses petits-enfants, sachant que désormais ses quatre enfants sont mariés.

Louis termine son parcours professionnel comme magasinier aux Nouvelles Galeries, à Montceau.

En 1979, il prend une retraite bien méritée.

Louis aurait pu comme un bon « vieux » mineur se caler dans un fauteuil et attendre…. Mais non ! Avec son épouse, ils avaient toujours mis à profit les congés payés hérités de 36.

Chaque année, trois semaines de vacances en Bretagne sous la tente avec les enfants, lui permettaient, outre la détente, de retrouver son père et sa mère revenus au Moulin de la Rive, ainsi que sa sœur Yvonne.

A la retraite, Louis et Fernande résident dans le sud de la France 6 mois par an. Le climat méditerranéen a des effets bénéfiques contre le mal qui ronge ses poumons; ils profitent de leur mobil-home accueillant et des relations chaleureuses avec leurs voisins de camping.

Louis est un homme modeste, humble, respectueux de chacun et respecté de tous.

Sous une carapace un peu rude se cache une personnalité attachante : sa culture et son savoir étendus et éclectiques ont souvent surpris même les plus érudits de ses enfants ou petits-enfants… Sa grosse main câleuse sur votre joue ou frictionnant brusquement vos cheveux révélaient une tendresse maladroite, jamais traduite en paroles.

Louis a élevé ses enfants dans la droiture, le goût du travail, la foi chrétienne et l’esprit laïque.

Son unique horizon fut sa femme bien-aimée : miroirs réciproques, ne vivant que par l’autre et pour l’autre. Ils furent si complémentaires, si dissous l’un dans l’autre et, cependant, si chacun soi-même, tellement inséparables qu’on peut difficilement parler de Louis sans parler de Fernande.

Enfants, petits-enfants, arrières- petits- enfants dont il connaît chaque visage et chaque prénom, se souviendront de son combat interminable et acharné contre la maladie, et de l’assistance inconditionnelle qu’il porta à Fernande lorsqu’elle connut, elle aussi, de graves problèmes de santé. « Je ne la lâcherai pas » affirmait-il dans ces moments difficiles…

Depuis quelques mois, il avait compris qu’il ne pouvait pas reculer davantage les limites de la vie: on ne peut éternellement reconstruire son château de sable en péril devant la marée montante.

Louis a alors minutieusement préparé son départ : semant des souvenirs heureux dans le cœur de ceux qui restent : à Noël, il a distribué les cadeaux aux petits et aux grands, la veille de son départ, il a offert une dernière sortie en « combi » à son épouse. Une dernière fois, il a relevé ses « mailles » sur internet, pour la dernière fois encore, il a joué un petit air d’accordéon. Puis il est parti dignement…. sans faire de bruit …. le 6 janvier 2014, jour des rois."

le 13/01/2014 le Journal de Saone et Loire

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