Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bassin minier: les blessures de Julien Lehut, fils d’un mineur gréviste de 1948

Publié le par REVEL Stephane

La ministre de la Justice a demandé à Bercy d’indemniser les mineurs grévistes de 1948 et leurs ayants droit. Julien Lehut se souvient de ce mouvement. C’était le combat de son père. Et le courage de sa mère. Celui qui l’a fait basculer d’ado à galibot. À 80 ans, il n’a jamais baissé les armes. Mais ses blessures d’enfance emplissent toujours ses yeux de larmes.

En 1939, Clément Lehut est mineur à la fosse 10 de Billy-Montigny. Communiste et syndiqué, il brave l’interdiction d’agir pour son parti, ses idées. Il est emprisonné à Cuincy. « Quand vous voyez votre père entre deux gendarmes, que vous avez 5 ans… J’ai couru, j’ai frappé les gendarmes. Je n’ai pas revu mon père pendant trois ans. » La gorge serrée, Julien Lehut lâche : « Une triste époque. » La guerre est déclarée. Henriette Lehut fait front pour ses enfants. « Heureusement que ma mère était courageuse, il fallait souvent courir aux abris… » Son regard reflète soudain la détresse de sa maman et la peur étouffée d’un petit bonhomme.

Clément Lehut réapparaît à la maison en 1942, après avoir été fait prisonnier en Allemagne. Il redescend à la fosse 6 de Fouquières, reprend ses activités politiques et syndicales, participe à la libération du Pas-de-Calais. Une bataille en chasse une autre. En 1948, il se lance dans la grève des mineurs. « Mon père était au piquet de grève, empêchait les mineurs d’aller travailler ou les sabotages. Il y a eu une grande manifestation avec CRS, gendarmes, armée, etc. Mon père a été tabassé, il a eu deux côtes cassées. Il a été soigné et caché par le grand-père de Bruno Troni, actuel maire de Billy-Montigny. » En septembre, c’est l’anniversaire de la sœur de Julien. Son papa sort de sa planque pour venir l’embrasser. Il est arrêté, emprisonné à Béthune.

« Il n’y avait plus de garçon à la maison pour avoir droit au logement. Il fallait un homme à la mine pour le garder. » Julien est collégien, il devient galibot à la fosse 10. « Je suis descendu à 14 ans. Je n’avais pas le choix. » Il faut faire vivre la famille. « Mon père était malheureux mais c’était un combattant. Son combat à lui. La famille trinquait derrière. Mais il fallait se battre pour les mineurs. Heureusement qu’il y a eu des gens comme ça. S’ils n’avaient pas été là, les congés payés et le reste, ça n’existerait pas. »

Julien ne quittera jamais la mine. La mine ne quittera jamais Julien. Aujourd’hui, installé à Noyelles-sous-Lens, il se bat pour la mémoire des gueules noires. Celle de son père, de ses camarades. « En vieillissant, on comprend que la vie est un éternel combat. Un combat pour être heureux, pour les autres, contre la maladie, l’injustice… »

Publié le 19/07/2014

PAR CAMILLE RAAD

La Voix du Nord

Commenter cet article