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Voyage au centre de la terre : le dernier vestige de 500 ans de charbon

Publié le par REVEL Stephane

Ici, dans ce coin d’Auvergne à cheval sur le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire, la vie, c’était la mine. Moins de 40 ans après la fermeture du dernier puits, tout a disparu… Mais un musée permet de revivre cette histoire poignante.

Tous au fond ! Pendant plus de 50 ans, la quasi-totalité de la population masculine de la région est descendue au fond des mines pour récolter le charbon. Qu'importe le grisou, les éboulements, les inondations ou la silicose, on descendait, jusqu'à 900 mètres de fond, parce qu'il fallait bien gagner sa vie, mais aussi parce qu'on était fier de faire partie de cet étrange peuple de l'ombre. Et sans doute continuerait-on à plonger sous terre si tout ne s'était pas arrêté en 1978, le charbon d'ici étant devenu moins rentable que celui d'ailleurs.

Un monde qui faisait le quotidien de Brassac-les-Mines et de son puy Bayard, mais également de tout le Bassin minier, de La Combelle à Vergongheon en passant par Sainte-Florine et Charbonnier : « en 1900, il y avait près de 10.000 mineurs dans la région », rappelle Michel Marion, un des anciens de la mine devenu la mémoire vivante de cet univers disparu.

Un bouchon de béton

Car moins de 40 ans après la fermeture du dernier puits, tout a pratiquement disparu en surface comme sous terre ! « D'abord, on a tout remblayé pour empêcher tout effondrement. Avec du remblai, des déchets de la mine… Et même des ordures. Et quand on a fini, on a posé à la sortie un bouchon de béton de 10 mètres d'épaisseur, parce que l'eau remontait dans les galeries et chassait en surface les gaz toxiques de la mine. Aujourd'hui, c'est bien bouché. En surface, on ne risque rien. » Mais plus personne ne descendra jamais dans la mine.

Le métier était dur, exténuant, dangereux, pas toujours bien payé. Dessous, sans lumière ni saisons, il faisait toujours une chaleur infernale. Le cinéma et la légende ont laissé remonter l'image de mineurs vêtus de leurs bleus charbonneux. Mais ceux qui creusaient à l'avant, par 45°, n'avaient que leurs bottes, leur casque et leur courage. Un « enfer », diront certains, mais pas ceux qui y étaient et qui laissent encore remonter des sanglots dans la voix quand ils évoquent la fin de ce monde, leur fin du monde.

Mais tout n'est pas perdu. À Brassac, à l'emplacement même du puits Bayard, le chevalement métallique de 30 mètres de haut qui, en 1946, avait remplacé les précédents en bois, a été conservé. Repeint en rouge, c'est aujourd'hui l'étendard du musée de la Mine qui a ouvert, en 1990, dans l'ancienne machinerie.

Tout est là, marteaux-piqueurs, wagonnets, locomotives, lampes à acétylène, casques…, jusqu'aux outils des femmes qui, pour compléter le salaire de leurs maris, travaillaient en surface dans la passementerie (vêtement, dentelle…).

Catastrophes

Il y a également des articles de journaux d'époque, et notamment de La Montagne, retraçant les événements marquants de cette longue histoire, comme l'accident de Frugères-les-Mines du 20 mai 1952, quand le gaz carbonique fit 12 victimes d'un coup !. Mais le grisou n'est jamais bien loin : trois ans plus tard, il coûte la vie à quatre mineurs de La Combelle. En 80 ans, les dégagements de gaz ont fait périr 139 mineurs sur le bassin.

Aujourd'hui, le décompte macabre de la mine n'est pas fini. La silicose, due à la poussière de charbon, continue à tuer à petit feu. Tous les mineurs, sans exception sont, à des degrés divers, touchés par ce mal pour lequel il n'existe aucun traitement.

On ne saura donc jamais combien des siens la mine a dévoré et d'ailleurs ce n'est pas le chiffre que les mineurs regardent en premier, mais plutôt celui du nombre de personnes que la mine a fait vivre.

Presque toutes les familles du secteur en fait, auxquelles se sont rajoutées toutes celles venues d'ailleurs attirées par la perspective d'un travail régulier. On retrouve ainsi ici des noms russes, polonais, italiens, portugais, espagnols, tchèques…, qui font le bassin d'aujourd'hui. Et on trouve aussi, le musée de la Mine de Brassac, comme un ultime témoignage de siècles d'Histoire.

Arnaud Vernet
arnaud.vernet@centrefrance
.com

Vidéo : Valérie GUINARD

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