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Pétrole, gaz, minéraux... notre sous-sol est une vraie mine

Publié le par REVEL Stephane

Réunis en congrès à Toulouse, les experts géologues poussent les pouvoirs publics à réexploiter nos gisements historiques. Comme le gouvernement, ils croient à un «renouveau minier».

Il existe dans le sous-sol du Grand Sud des gisements suffisamment riches pour être à nouveau exploités. C'est en substance le message que feront passer les géologues réunis à partir de demain au Museum d'histoire naturelle de Toulouse à l'occasion du cinquantenaire de l'Association des géologues du Sud-Ouest (Agso).

Voilà rassemblés pour trois jours la plupart des métiers des sciences de la Terre, de l'industrie, des mines et des universités, avec un objectif très clair : persuader les instances de tous poils qu'il faut valoriser les géoressources du Grand Sud-Ouest face aux défis du XXIe siècle. Sont concernés le pétrole, le gaz, les minéraux, mais aussi les granulats… Le message des spécialistes fait écho aux déclarations de l'ex-ministre de l'Économie Montebourg qui, en février, prônait un “renouveau minier” avec une refonte du Code minier.

On importe les métaux

«Notre potentiel énergétique n'est pas que dans l'éolien, le solaire ou la biomasse. Il est encore sous nos pieds, là où, il y a quelques années on exploitait des mines progressivement abandonnées parce qu'elles étaient jugées non rentables et que les cours des métaux s'effondraient. Les dernières exploitations ont cessé leurs activités au début des années 2000. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. «Le but n'est pas de rouvrir les mines de charbon, initiative à laquelle plus personne ne croit, mais de valoriser les métaux stratégiques comme l'or, le tungstène, l'antimoine ou les terres rares», souligne Joseph Canérot, géologue, professeur à l'université Paul-Sabatier de Toulouse et un des organisateurs de ce colloque.

En 2011, l'Union européenne dressait la liste de 14 minéraux “critiques”, que nous sommes obligés d'importer pour répondre à nos besoins industriels.

Si les géologues eux-mêmes veulent relancer les recherches, c'est parce que les techniques d'exploration ont évolué et se révèlent plus “propres”. Le congrès de l'Agso tombe à point nommé après que le gouvernement a voulu réveiller notre mémoire industrielle et minière.

Inventaire minier

La France redécouvre son sous-sol, et envisage de l'exploiter à nouveau avec l'obligation réglementaire de respecter l'environnement. Pas facile quand on sait le débat suscité par la seule question de l'exploration du gaz de schiste. D'ailleurs, les organisateurs du congrès n'ont pas obtenu le feu vert des autorités et du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) pour identifier sur une carte les sites potentiels. Trop polémique.

Cet intérêt nouveau pour notre patrimoine minier passe par la remise à plat progressive de l'inventaire de notre sous-sol, le dernier datant de 1992. Le moment n'a jamais été aussi opportun dans un contexte général de tension sur les approvisionnements en métaux. Si on excepte le nickel, tous les métaux utilisés en France sont importés : fer, aluminium, cuivre, tout comme les métaux pour alliage ou d'autres usages (dont le tungstène). Sans oublier bien sûr l'or et l'argent.

«De nombreux gisements mériteraient de nouvelles évaluations, comme Montredon-Labessonié ou la Fumade dans le Tarn, comme Salau dans le Couserans. «On ne peut tourner le dos au développement. Qui n'avance pas régresse», poursuit Joseph Canérot.

Lors de ce congrès, les participants feront aussi le point sur les activités pétrolières et gazières, notamment en Aquitaine. Certes, les sites de Saint-Marcet et Lacq ont été stoppés parce que jugés non rentables par les grands groupes, mais d'autres sociétés, plus petites, s'y sont intéressées. Ainsi, le canadien Vermilion a-t-il racheté ces puits avec des moyens qui impliquent des dépenses moindres. Il n'empêche : en Aquitaine, la société réalise 65 % de la production française, soit 11 000 barils par jour à partir d'une centaine de sites répartis entre les départements de la Gironde et des Landes.

Dans le Couserans, le gisement de Salau exploité à nouveau ?

Il est sur ce projet depuis plus d'un an et espère bien être attendu des pouvoirs publics. L'Ariégeois Michel Bonnemaison mise sur la réouverture prochaine des mines de Couflens Salau, un gisement stratégique créé en 1971 et qui disparut en 1986 du fait de l'effondrement des cours et du terrible dumping sur les prix que pratiquaient alors les concurrents chinois.

La disparition de la mine fut vécue douloureusement à l'époque : 150 mineurs travaillaient sur ce site qui faisait vivre le village. La commune s'était même lancée dans un programme de construction d' HLM pour loger les salariés arrivés de Lorraine et du Maroc. En 1976, grâce au filon baptisé Véronique, les réserves étaient de 6 500 tonnes d'oxyde de tungstène contenues dans 350 000 tonnes de minerai.

En 1985, de nouvelles prospections décrivent un potentiel géologique d'1 million de tonnes de minerai…

Ancien du BRGM, Michel Bonnemaison croit dur comme fer à son idée. Présent dès demain au congrès de géologie, il est un de ceux qui se battent tous les jours pour la réhabilitation de sites miniers. «J'ai déposé plusieurs demandes de permis. Huit licences sont en cours d'instruction, deux sont déjà acquises», explique l'ingénieur originaire de Dun, près de Pamiers, directeur général de Variscan Mines, une société basée à Orléans qui aide les sociétés minières dans l'instruction de leurs dossiers. Variscan Mines avance son slogan, parfois contesté par les riverains et les écologistes : «être un des acteurs principaux de la revitalisation des industries minérales françaises et des mines du futur». En juin 2013, Michel Bonnemaison a obtenu un permis minier, dit permis de Tennie, dans quinze communes de la Sarthe et de Mayenne. Objectif ? Trouver du cuivre, du plomb, du zinc, de l'or et de l'argent.

En février, Arnaud Montebourg lui a accordé un autre permis exclusif de recherches de mines d'or et d'argent dans le Maine-et-Loire. Le périmètre d'exploration en question couvre 33 communes de La Bellière à Saint-Pierre-Montlimart.

«Nous attendons de manière imminente le feu vert de l'État pour un autre site situé cette fois à Merléac, dans le Finstère, où se trouve du zinc, du cuivre, plomb, argent, et peut-être de l'or», indiquait hier encore l'ingénieur qui oppose une persévérance sans faille dans la conduite de ses projets nombreux et variés.

Le Tungstène stratégique

Salau, Montredon- Labessonie, la Fumade… Le tungstène appartient à ces métaux high-tech, qualifiés de stratégiques ou de critiques car leur chaîne d'approvisionnement est menacée en Europe. Or leurs propriétés catalytiques, électriques, magnétiques, chimiques ou encore optiques en font des matériaux indispensables pour certaines filières de l'économie. C'est le cas pour l'aéronautique et le spatial. La question de la sécurisation de leur approvisionnement est primordiale.

Par ailleurs, les géologues en congrès poseront la question des gisements de granulats sous-exploités dans le Grand Sud alors qu'il y a des réserves dans les vallées alluviales. La faute aux réglementations environnementales rigides ? «Pour l'autoroute Pau-Langon, on a fait venir des matériaux de Norvège par bateau», rappellent les géologues qui ne comprennent pas cette hérésie.

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