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Dechy, une commune qui ne veut pas perdre son histoire ni ses racines

Publié le par REVEL Stephane

La création du Musée de la mémoire sociale de Dechy, il y a un peu plus d’un an, permet de fixer un pan important de l’histoire contemporaine de la commune. Résultat d’un travail de bénévoles éclairés et de la volonté municipale, son intérêt dépasse largement le cercle communal.

Petit ? Oui. Touffus ? Aussi. Intéressant ? Tout autant. Le Musée d’histoire sociale de Dechy a peut-être une dénomination un peu prétentieuse, mais il concentre avec simplicité et une relative densité l’histoire contemporaine de la commune à partir de vers 1860, c’est-à-dire l’ouverture du puits de mine, jusqu’à nos jours.

Davantage que l’histoire, c’est l’âme qui a habité la ville qui est exposée. La poutre maîtresse c’est la mine, donc les mineurs, donc la question sociale et l’immigration. L’autre événement qui marque Dechy, c’est la Seconde Guerre mondiale. Mais la guerre dans une ville minière, communiste, où l’émergence de réseaux clandestins est immédiate, avec la terrible répression qui suit. Et une figure qui émerge dans ces années dramatiques, celle de Célestin Leduc (lire ci-dessous).

Ce musée, ouvert en avril 1942, a été créé grâce aux dons des Dechynois. Et dans un lieu symbolique de la ville, un ancien café restauré dont Célestin Leduc fut le gérant, et où les premières réunions de son groupe de résistants se tiennent en 1941.

Un poêle d’une maison de mineurs, de la vaisselle, des pics, des casques, des instruments plus techniques, des photos, des revues et documents d’époque ayant un rapport avec la mine (très intéressants), etc. Voilà ce que la première salle offre. Présenté de cette façon, on peut penser que se rendre au Centre historique minier de Lewarde apportera plus et mieux. Ce n’est pas pareil. Si on se prend au jeu dans ce petit espace, on n’en finit pas d’être arrêté par un objet, une annotation, un document, le tout dans une salle reconstituée dans un intérieur de café, ce que cet endroit fut. On peut s’asseoir et consulter les revues exposées.

La deuxième salle a moins de cohérence. On y trouve aussi bien des instruments de musique de la fanfare (minière) de Dechy, des uniformes de pompier ou de soldat de la Première Guerre, des munitions, des unes de journaux, etc.

La troisième salle est la cave où une mise en scène reconstitue les réunions de résistants qui s’y sont tenues jusqu’en 1941 : pénombre, vieux poste de radio, armes accrochées au mur, silhouettes sombres peintes sur les murs par La Palette dechynoise, table de réunion au milieu…

Une volonté commune

L’élan bénévole qui est à l’origine de ce musée est le fait d’amoureux de la commune qui savent ce que trier et organiser veulent dire. Un objectif, du travail et les bonnes connaissances se sont unis pour donner ce résultat qu’on doit à l’Association de la mémoire sociale de Dechy. Il faut aussi citer Jacques Capelle, le maire précédent, qui a préempté le local lors de sa vente. Et surtout le maire actuel, Jean-Michel Szatny, qui souhaitait que ce pan d’histoire de la commune ne s’étiole pas avec le temps. Il a ainsi fait voter les crédits nécessaires pour que l’association puisse mener ce projet à bien.

Musée d’histoire sociale de Dechy, 23, rue Célestin-Leduc ; ouverture les mercredis et samedis de 10 h à 12 h. Visite de groupe possible en dehors des jours d’ouverture en téléphonant au 06 79 71 77 80.

L’entrée est gratuite.

Un hommage à Célestin Leduc

Ce musée a été inauguré le 12 avril 2014, en hommage à Célestin Leduc, fusillé par les Allemands le 12 avril 1942, avec d’autres, à Wambrechies. Pour les membres de l’Association de la mémoire sociale de Dechy, M. Leduc est à la fois un militant qui a la défense de la classe ouvrière dans le sang et un philanthrope, engagé contre toutes les oppressions. Syndicaliste mineur licencié en 1919, il a beaucoup œuvré pour la bonne intégration des vagues d’immigrés polonais, italiens et même tchèques qui arrivent à Dechy avant et après la Première Guerre pour travailler à la mine. Jean-François Caré, président de l’association, signale une particularité : « Il n’est pas anticlérical, ce qui est rare pour un communiste à cette époque. » Communiste, il l’a sans doute toujours été, mais il le devient « officiellement » lors de la création de ce parti (le PCF), en 1920.

Après son licenciement, il devient le gérant du café qui est aujourd’hui le musée. C’est sa femme qui le fait tourner, lui travaillant dans la métallurgie.

Avec la défaite de 1940, son destin ne peut être que tragique. Ce syndicaliste et membre du PCF actif est fiché depuis longtemps par la police française, des renseignements que les Allemands récupèrent. Dirigeant du PCF dans le Douaisis, c’est un des organisateurs de la grande grève des mineurs à la fin du printemps 1941. Le passage à la Résistance suit aussitôt. Le réseau auquel il appartient fait sauter les départs de lignes électriques de la centrale de Sin-Dechy, en novembre. M. Leduc ne pouvait être qu’arrêté et il ne pouvait l’ignorer. L’hommage que lui rend ce musée est plus que mérité.

Publié le 18/08/2015

PAR JEAN-LUC ROCHAT

La Voix Du Nord

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