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VIDÉO. Brumaire : œuvre engagée sur les héritiers de la mine dans le Bassin houiller

Publié le par REVEL Stephane

Avant-première, lundi au musée Les Mineurs, de Brumaire. Ce documentaire sur les héritiers de la mine, présenté par son réalisateur Joseph Gordillo, confronte le quotidien de Lætitia, 28 ans, au passé de mineur de Lucien. Voir la bande-annonce...

Toutes les valeurs, tout ce que les mineurs ont fait de merveilleux, je pense qu’on les a oubliées. On les a rangées dans une boîte », constate, non sans amertume Lætitia Clémot.

Ce triste état des lieux, cette jeune femme de 28 ans, fille et petite-fille de mineur, le résume, en ouverture de Brumaire, le documentaire réalisé par les journalistes Joseph Gordillo et Lætitia Giroux.

Présentée en avant-première, lundi soir au musée Les Mineurs Wendel de Petite-Rosselle, cette œuvre artistique sur les héritiers de la mine, est produite par France 3 Lorraine. Sa diffusion sur la chaîne à une heure très tardive, minuit trente, était également programmée le même jour.

« Ce film a commencé il y a cinq ans », rappelle Joseph Gordillo, en revenant sur la genèse de Brumaire, conçu à partir des images de son livre de photos Passion Charbon , paru en 2001 aux Éditions Serpenoise.

Le réalisateur est parti de ses clichés en noir et blanc, pris au fond durant un an et demi pour raconter une histoire. « Celle des héritiers de la mine, de la transmission des valeurs après la fin de cette épopée industrielle. »

Pour témoigner de ce passé minier, le réalisateur a fait appel à Lucien, « un coriace », syndicaliste CFDT, rencontré il y a quinze ans lors des manifestations de mineurs à Merlebach. Son second témoin, Lætitia, agent de service hospitalier dans une maison de retraite, raconte son quotidien. Celui d’une travailleuse isolée « privée de force collective » tentant tant bien que mal de survivre dans une région sinistrée. « Sans aucun avenir pour notre géneration », regrette-t-elle.

« Tous deux ont eu le courage de témoigner , remarque Joseph Gordillo, Leur parole est essentielle pour comprendre le monde dans lequel Lucien travaillait avant et celui dans lequel Lætitia évolue aujourd’hui. »

Film engagé, Brumaire s’adresse aux jeunes qui n’ont pas connu la mine en exercice. Comme le souligne le délégué régional de France 3 Lorraine, Olivier Brumelot, « les auteurs ont quelque chose à dire. Il y a un point de vue dans ce projet artistique et c’est pour cette raison que nous l’avons soutenu. »

Avant lundi soir, Lucien Rezzadore et Lætitia Clémot ne s’étaient jamais rencontrés.

« C’est la surprise », sourit la jeune Stiringeoise, découvrant le second visage de Brumaire. Fière d’avoir participé à cette aventure peu commune, la jeune femme a bien voulu dévoiler son intimité « pour rendre hommage au métier » de son père et son grand-père. Acceptant que la caméra la suive chez elle, à son travail, Lætitia nous livre son ressenti par rapport à sa vie de tous les jours.

Lucien, lui, veut faire passer un message. « Même s’il n’y a plus de valeurs du travail à transmettre faute d’emplois, la jeunesse doit se créer un avenir et il faut lui redonner espoir et surtout ne pas se laisser attirer par les partis politiques extrêmes. »

Heureux de sa participation à ce film « politique », le mineur retraité garde la flamme de militant. « Je ne suis pas nostalgique, mais ce nouveau monde est devenu impersonnel, individualiste. Rien à voir avec la mine, avec sa grande solidarité et son entraide. »

Lucien a l’impression que l’histoire s’est mal terminée. Il n’est pas le seul : « Il n’y a aucun espoir », affirme Lætitia.

Ce film, « c’est notre vécu », assure le duo. Une vision du Bassin houiller qui peut choquer. Mais sans fard et sans concession.

Josette BRIOT.Le Republicain Lorrain

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