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Il y a 30 ans, la dernière potasse était extraite du puits Théodore

Publié le par REVEL Stephane

L'ultime cordée remontant des mineurs affectés à l'extraction du minerai de sel de la mine Théodore à Wittenheim a eu lieu il y a 30 ans. Retour sur ces hommes qui ont creusé les entrailles de la terre, pour extraire plus de 68 millions de tonnes de potasse.

« Souriez les gars, souriez ! » , lance un mineur à ses compagnons sortis pour la dernière fois de la cage du puits Théodore de Wittenheim, en ce 14 février 1986. Ils sont devant les caméras et les objectifs, notamment de notre ex-confrère de L'Alsace, Jean-Marie Nick. « Pourquoi sourire ? » lui répond l'un d'eux. D'autres cordées avaient déjà remonté des hommes qui sécurisaient les galeries et s'occupaient des machines, mais après cette date, les mineurs du 14 février savent qu'une longue et douloureuse page d'histoire se tourne, avec la fermeture programmée de toute l'activité potasse. Les installations d’Anna et Fernand, à Wittenheim, ont déjà été démolies et rasées pour faire place à des zones commerciales. Finalement, le puits Amélie de Wittelsheim sera le dernier à fermer, en 2002.

En 1986, l'usine de flottation à côté du puits Théodore poursuit son activité et l'EMC, filière des Mines de potasse d'Alsace, a installé, sur le carreau, une usine « Sérémine » qui reprend la fabrication du chlorure de potassium. Mais rien ne sera plus comme avant. C'est le cœur gros que René Keller et ses amis rejoignent, une dernière fois, les douches et « la salle des pendus » pour décrocher et revêtir leurs habits civils.

La potasse d'Alsace a été découverte en 1904 à Wittelsheim, grâce à une intuition d'Amélie Zurcher. Du côté de la cité Théodore (actuellement Sainte-Barbe), les travaux de fonçages démarrent en 1911 et deux puits, Théodore et Eugène, sont creusés à 150 mètres d'écart, sous couvert d'un consortium allemand. Il faudra descendre à 566 mètres sous terre pour accéder au minerai convoité.

Les outils du mineur étaient à l’époque très limités et seules deux machines - les treuils électriques qui servaient à remonter les berlines dans les pans inclinés et les perforatrices électriques - soulageaient les hommes d'un difficile labeur accompli avec des températures atteignant souvent près de 40 degrés.

Le ponçage se fait de trou en trou avec des explosifs et les remblais sont chargés à la pelle… c’est un travail titanesque !

Dans les années 1950, une méthode par chambres et piliers exploitée avec du matériel américain « Joy » apparaît au fond. Des haveuses intégrales, adaptées sur le site Théodore, facilitent un peu la tâche des mineurs mais font aussi et surtout évoluer la production. L'objectif de l'employeur, en 1955, est de produire deux millions de tonnes de sel brut par année. Pour ce faire, un nouveau chevalement (préservé à ce jour) est construit avec une machine d'extraction beaucoup plus puissante.

Le fond est aménagé pour installer une douzaine de tailles à havage intégrales et le puits est équipé de deux skips qui permettent, en marche automatique, d'extraire 616 tonnes de potasse par heure.

La majorité de cette potasse rejoint l’usine de flottation. Ici la stylvinite est finement broyée puis débarrassée par cyclonage des argiles qu’elle contient.

Après différentes actions, le chlorure de potassium est envoyé dans des essoreuses puis dans un four sécheur.

Cette activité mourra quelques années plus tard à l’arrêt de la production de potasse. Clin d’œil du destin, une société allemande, Kali und Salz, continue de traiter aujourd’hui, au pied du chevalement qui trône encore majestueusement à 75 mètres de hauteur, de la potasse qui vient en train d’outre-Rhin !

De nombreux éléments patrimoniaux (voir ci-dessous) resteront comme des traces indélébiles de 75 années d’exploitation du minerai de sel au puits Théodore.

Celle de tout le bassin potassique s’arrêtera « tristement » en 2002 après l’incendie à la Mine Marie-Louise de Wittelsheim.

e 29/03/2016 05:00 par Textes : Jean-Paul Frey L'alsace

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