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L'âge d'or de Moutiers : la belle époque des Trente Glorieuses

Publié le par REVEL Stephane

Une floraison d’enseignes commerciales, l’engouement pour la vie associative, de grandes familles dans les cités où la jeunesse portait haut les couleurs du Cercle sportif municipal… Ces images caractérisent en partie l’âge d’or moustérien.

Roger Zannetti est un témoin précieux de l’âge d’or de la commune de Moutiers, où il est né le 1eravril 1938. « Je suis l’aîné d’un foyer de trois garçons, avec Régis et Alain. Après la guerre, j’ai le sentiment d’avoir vraiment vécu l’époque des Trente Glorieuses. En comptant les bistrots, les commerces de toutes tailles, les petits artisans, le village comprenait au moins 45 commerces. »

Cette floraison d’enseignes remonte à l’Entre-deux-Guerres, lorsque Moutiers recueille les dividendes de sa concession minière. L’extraction du minerai de fer remonte à 1903. De 341 habitants à la fin du XIXe siècle, la démographie culminera à 2 426 habitants. En 1928, la mine atteint un pic avec 1 163 employés ! On répertorie 22 débits de boissons. Le bistrot n’est pas uniquement un café. C’est aussi un lieu de rencontres, de réunions, d’informations, de fêtes comme les bals, puisqu’on danse un peu partout chaque semaine.

Roger Zannetti met en exergue ce bouillonnement. « C’était une époque de grosses familles, avec des tablées de 8, 9, 10 personnes par foyer. A l’exemple des familles Ubaldi, Ipavec, Braccini, Pochetat, dans notre cité. La vie était très différente. On peut parler de pays en osmose, avec des gens contents de se retrouver, de s’asseoir ensemble sur les bancs des trottoirs de chaque cité. Quand Madame Ubaldi faisait des beignets, rue Paul-Labbé, il y en avait une bassine, tout le quartier se rassemblait ! »

Dans son analyse, Josy Fossati, boucher-charcutier et traiteur réputé, rejoint le garagiste. Le président de l’association AHM (Art, Histoire, Mémoire) s’apprête avec ses membres à présenter une exposition de 2 000 photos, au mois de juin, sur ce riche passé.

Avec la société Gare la Mine, la société minière a lancé sur les rails une pratique sportive intense, relayée en 1946 par le Cercle sportif municipal. Boules, tennis de table, football, basket, judo, boxe, gymnastique… De multiples sections tenaient le haut du pavé. « Moutiers a même connu quelques brillants coureurs cyclistes : Legaillard, Bernécoli, Pezzota… Faute de moyens de transport, il fallait se rendre à vélo disputer les courses », glisse Roger Zannetti, enthousiaste en évoquant aussi une autre passion. « Quand nous étions gosses, on se retrouvait tous les jours sur le plateau pour taper dans le ballon. Il y avait des matches acharnés et interminables, la Goulotte contre Moutiers-Bas. »

Moutiers, c’était aussi une kyrielle d’associations, parfois très anciennes, ou nées avec l’air du temps. Le corps des sapeurs-pompiers, créé en 1904 par Joseph Réblé, directeur de la mine et maire. Les Anciens combattants. L’Harmonie, devenue la Moustérienne. Les scouts et louveteaux. Le Couarail qui précéda la fondation d’AHM, la MJC Moutiers-Animation, le Foyer des anciens… Quant à la salle des fêtes de la mine, remontant à 1913, elle fut reconvertie en cinéma, Le Rallye, en 1964. Le grand écran y régna dix ans avant de fermer ses portes sur La Grande Vadrouille , puis d’accueillir des œuvres du sculpteur du fer, Amilcar Zannoni. La mine se limitait à 41 personnes lors de sa fermeture, le 31 décembre 1980.

Le Republicain Lorrain le 17/04/2016

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