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Lensois: lorsque les mines étaient allemandes…

Publié le par REVEL Stephane

L’université populaire de Mineurs du monde propose trois fois l’an des conférences. Ce jeudi, à la faculté des sciences Jean-Perrin, Yves le Maner est venu disserter sur le bassin minier dans la Grande Guerre devant une grosse centaine de personnes. Retour sur un pan de notre histoire.

Tout commence par l’exécution du plan Schlieffen qui fait déborder l’armée allemande par le Nord. La neutralité belge est violée, la première armée résiste comme elle peut mais cède du terrain…

Une bonne partie du bassin minier est perdue dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, et les puits de mine sont à portée de la terrible artillerie lourde allemande : on travaille de nuit, c’est moins risqué.

Les villes paient des rançons aux occupants

Les Allemands, eux, se servent : malheur aux vaincus, dit le proverbe. Ils n’ont pas tant besoin de charbon, qu’ils produisent abondamment, mais en extraient pour alimenter les industries locales, textiles et métallurgiques, qui elles sont vitales, et on envoie les machines outre Rhin. D’ailleurs, les Charbonnages paient leur rançon à l’occupant, et les villes aussi : Carvin devra verser 150000 francs or en novembre 1915, 180000 quelques mois plus tard.

Des loisirs sont organisés pour la Deutsches Heer, pendant que les Français creusent les tranchées. La police de campagne allemande arrête à tour de bras, comme le mineur liévinois Paul Buissière qui élève des pigeons. Le peu d’aide humanitaire envoyée par le futur président américain Hoover prend fin en 1917 lorsque son pays entre en guerre. Les femmes doivent se prostituer pour nourrir leurs enfants, dont beaucoup sont issus de l’occupant.

Derniers civils contraints

de fuir à pied

Enfin, le 15 octobre 1918, les Anglais libèrent le bassin minier lors d’un assaut concerté avec la France. Encore une fois, cela provoque de terribles souffrances parmi les derniers civils, contraints de fuir à pied, mélangés aux troupes allemandes en retraite.

Ce qu’il reste de la région… Tout devient un champ de ruines fumantes. Il faudra tout reconstruire, et cela coûtera cher. Mais alors que chacun sera soulagé par la victoire, on en est persuadé : l’Allemagne paiera.

Lens au cœur du «tourisme du désastre»

Lorsque le 15 octobre 1918 les Anglais libèrent le bassin minier, les destructions sont effroyables. L’opération Alberich prévoit la destruction de près de 300 villages du Nord et du Pas-de-Calais. Les arbres fruitiers sont coupés, les puits empoisonnés. Les usines et les infrastructures comme les ponts et les routes sont mis à bas.

Dans le département, on compte 103 chevalements dynamités sur 107, tout est noyé sur parfois 600 mètres de profondeur. Il ne reste rien ; il faudra plusieurs années pour relancer la production : la France déjà très endettée devra importer son charbon de Pologne.

Quant aux villes, les tirs d’artillerie de part et d’autre ont suffi à les souffler comme des maisons d’allumettes. Il ne reste que trente-trois maisons debout sur les 8000 de la Société des mines de Lens. Il faudra attendre 1926 pour que la ville retrouve ses 35000 âmes, dont 14 000 étrangers, polonais pour la plupart, qui finiront de rebâtir la ville deux ans plus tard.

L’ampleur des destructions, paradoxalement, crée un « tourisme du désastre » : on vient de Paris, de New-York et de Londres pour prendre des photos qui feront le tour du monde.

Les diplomates du Congrès de Versailles viennent eux-mêmes constater cet anéantissement historique. Ces images marquent le monde entier, jusqu’au Japon contemporain où elles ont inspiré le troisième volet de Memories, de Koji Morimoto.

PUBLIÉ LE 24/04/2016

La Voix du Nord

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