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L’Histoire de la Mine en Provence, du XVIe siècle au XIXe siècle : Volet N° 2 - Début de l’industrialisation et premières grandes grèves

Publié le par REVEL Stephane

La Révolution Française de 1789 n'empêchera pas les propriétaires fonciers de prospérer.

Si certaines familles, sous la Terreur, seront guillotinées, d'autres profiteront des événements et de l'air du temps pour prospérer. C'est ainsi qu'en 1790, un certain monsieur Juval ouvre de nouvelles mines, une des plus grandes exploitations minières, à la Bouilladisse. L'activité va rapidement se développer, et les prospecteurs chercheront partout de la lignite, de la houille, et des minerais que l'on exploitera dans les terroirs les plus reculés, Fuveau- Gardanne, Mimet, Gréasque. Car la Basse-Provence est un bassin important.

Le charbon partout en Europe est à la mode, et pas moins de trois mille machines à vapeur sont mises en service en Angleterre, mais la France est en retard, elle n'en possède qu' une centaine pour les mines et la métallurgie. Au Creusot, qui se développe tout aussi rapidement, on emploie un nouvel instrument de concassage qui s'apparente au marteau-pilon actuel : le « martinet ». Il est actionné à la vapeur et les premiers wagonnets de transport du charbon circulent sur des rails en bois. Mais en Provence, on observe un retard technique. Les exploitants se désolent que le creusement ne soit pas assez profond. Les puits sont exploités puis abandonnés pour aller se rouvrir ailleurs pour de nouveaux filons. Sous l'Ancien-Régime, l'exploitation appartient au propriétaire du sol, les seigneurs. Après la révolution, les bourgeois prennent le relais et deviennent les maîtres des mines.

Le décret du 28 juillet 1791 décide la nationalisation du sous sol , tandis que le sol en surface reste propriété du maître des mines. Mais les propriétaires se diront « spoliés ». Voici ce qu'écrit un des leurs :

« La loi du 28 juillet 1791 nous dépouille de la propriété de nos mines qui sont mises à la disposition de la nation et qui ne pourront être exploitées qu'avec son consentement et sous sa surveillance ».

Une concession sera accordée par la Nation pour une durée de 50 ans et sera de 575 hectares.

On comptera les premières de la région, sur un secteur allant de St-Savournin, de Peypin, du Vieux-Bouilladisse et Belcodène. Ce qui incitera les exploitants à rendre leurs exploitations « intensives » car beaucoup moins étendues. Pour augmenter encore plus le rendement, voulu « intensif », on emploie également à la mine les femmes et les fillettes, au tarif par jour inférieur à celui des « mendits ». Les mineurs ont le pic ou ce que l'on nomme la « pointerole », ils travaillent toujours dans d'étroits boyaux de 75 cm de hauteur.

Le développement des mines va aller dès lors de paire avec celui de l'industrie, qui se généralisera en France. Avec le développement de l'industrie, croît en même temps chez les mineurs le sentiment d'appartenance au monde du travail, et l'on voit naître un semblant d'organisation des travailleurs de la mine, encore bien trop timide pour faire pression sur le patronat de l'époque, qui considère l'ouvrier comme un paria. Jusqu'en 1830, le monde des mineurs appartient à un semi-prolétariat, mi-paysan, mi-ouvrier, car beaucoup travaillent chez les fermiers en tant que journaliers, aussi bien que chez les maîtres des mines. Ce sont surtout des saisonniers descendus des Alpes, du Massif Central et qui migrent pour trouver du travail dans les mines de la Basse-Provence, grandes recruteuses de main-d'oeuvre. Ces travailleurs feront souche en Provence.

Le travail de la mine en comparaison de celui du manouvrier de la terre est un travail d'esclave, car le tarif d'un maçon ou d'un ouvrier agricole est payé deux fois plus, ce qui ne va pas chercher bien loin, malgré tout. La loi Le Chapelier a interdit les corporations et les regroupements de travailleurs. Cette loi aggrave leur condition de vie, car ils ne sont pas encore en mesure de « discuter sur un même pieds d'égalité avec le patron » Dès 1803, c'est le patron tout puissant qui détient le « Livret » de l'ouvrier. Un livret tenu au jour le jour, par le patron lui-même, et si l'ouvrier ne possède pas ce fameux sésame, il ne pourra pas trouver de travail et pire, pourra être considéré comme un vagabond ou chemineau et emprisonné sans autre forme de procès. Dans « l'Histoire de la France Contemporaine », aux Editions Sociales, Jean-Paul Bertrand écrit au sujet du Code Civil de l'époque : « Le Code Civil ne se préoccupa pas de savoir si l'ouvrier, contraint par la nécessité était incapable de discuter sur un pied d'égalité les offres que lui faisait le patron ».

Le transport du charbon pour être livré aux différents points de la Province se fait généralement à dos de mulet ou par charrette.Mais c'est un transport lent et hasardeux. Alors, les maîtres des mines s'entendent avec les autorités pour faire construire des routes et gagner ainsi du temps et de l'argent sur les transports. en évitant les sentiers de muletiers,

En 1810, le rendement représente sur 7 mois : 9073 charges, soit l'équivalent actuel de 5 tonnes par jour.

Les outils aussi se perfectionnent et on creuse plus profondément.

L'exploitation est de plus en plus profonde, elle peut descendre jusqu'à 180 mètres de profondeur. Les enfants sont plus que jamais surexploités, et les « mendits » privilégiés pour le recrutement. De 10 à 11 ans, pour amener les couffins sur des chariots tractés par les mendits, sur des plans inclinés. Ceux de 14 à 15 ans remontent ces chariots sur lesquels sont chargés les couffins. Les couffins sont ensuite chargés à dos d'homme, pour gravir une moyenne de 95 marches creusées dans les parois.

Malgré le perfectionnement des outils, les conditions de travail n'ont pas changé depuis les premières exploitations du XVIe siècle. Les mineurs n'ont que la « pointerole » pour abattre le charbon, un boyau ne fait que 75 cm de hauteur.

De 1815 jusqu'en 1830, les crises de chômage se succèdent et les salaires se réduisent avec pour conséquence un redoublement de la misère chez les couches défavorisées de la population. Les mineurs sont particulièrement touchés par la baisse des salaires. A titre d'exemple, le maçon bien que très pauvre, gagne par jour, lui, 3 fois plus que le mineur. En 1830, une vague de froid sévit en Provence et les cultures d'oliviers vont être détruites par le gel. Cela réduira les petits paysans qui vivaient de la culture oléicole à la misère. Ils iront encore grossir les rangs des mineurs.

Il règne en France une politique très répressive dans le royaume tout est sous contrôle d'une police politique efficace et organisée, créée par Napoléon premier, mais en Provence, la parole est tout de même restée libre et la vie politique y est intense. Les Provençaux, par tradition s'intéressent beaucoup à la politique. Aussi c'est chez les cafetiers, gargotiers que se tiennent des réunions et se tissent des liens où commence à sourdre une conscience de classe entre les ouvriers, ville et campagne. C'est une époque d'agitation permanente, et de grande misère. Aussi une prise de conscience politique va bientôt naître et se développer, cela commencera à Paris, à Lyon pour se répandre en Province, et Marseille sera dans ce domaine un vivier de contestation. A Lyon, les canuts vont donner l'exemple d'un mouvement d'envergure et pré-insurrectionnel, ils vont détruire les machines qu'ils accusent de créer du chômage en réduisant le nombre de bras. Puis les imprimeries, le textile, la métallurgie seront aussi atteints par les mouvements de mécontentement.

De 1832 à 1834, des vagues importantes de grèves et de manifestations vont être décisives pour les ouvriers et les mineurs.

Dans le bassin de Fuveau (Bouches du Rhône), aux mines de Valdonne et la Bouilladisse, une grève de 10 jours va être décidée par les mineurs, pour l'obtention d'un meilleur salaire. Ils seront poursuivis pour « délit de coalition », (loi Le Chapelier), mais lors de leur procès, le Procureur Général d'Aix, reconnaît que leurs salaires sont bien trop bas pour faire vivre une famille, et que l'huile dont ils ont besoin pour s'éclairer dans le fond de la mine et vendue par le patron, est bien trop chère. Ils obtiendront donc à l'issue de ce procès, satisfaction et la revalorisation de leurs salaires.

Les « mendits » eux, continuent à travailler pour le dixième d'un salaire de mineurs adultes.

Or, entre-temps, la loi a changé. En effet, cette nouvelle loi interdit le travail dans les mines aux enfants de moins de 10 ans. Les patrons passent outre cette loi et continuent à exploiter honteusement les « mendits » de 7 à 8 ans pour leur faire tirer le panier et les chariots. Ces pratiques d'emploi des « mendits » perdureront jusqu'en 1854.

Une loi en 1841 est votée : le travail des enfants de moins de 8 ans est interdit, dans tous les domaines que ce soient.

A suivre...

Sources bibliographiques grâce auxquelles j'ai pu élaborer ce texte :

Ouvrage collectif : « Histoire de mon village » La Bouilladisse. Isidore Gautier, Francis Pelissier, texte de RenéTeule – 2 Juillet 1980 – imprimeries « La Lithotup »

Maurice Agulhon - « Histoire de la Provence » - Editions Privat

Maurice Agulhon et Noël Coulet ( PUF).

La Mine : Encyclopédie Alpha.

par Nicole Cheverney
vendredi 3 juin 2016

Agora Vox

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