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Raviver la mémoire des mines

Publié le par REVEL Stephane

La 3e édition de Kalistoire s’est déroulée hier sur le Carreau Rodolphe à Pulversheim. À travers des expositions et des animations, il s’agissait d’entretenir la mémoire des mines. Alu’zine, la drôle de machine, a ajouté un aspect festif à cette journée.

Quand un mineur rencontre un mineur, les deux hommes se racontent… des histoires de mineurs ! Hier, pour la 3e édition de Kalistoire, la fête du Bassin potassique, sur le Carreau Rodolphe à Pulversheim, le public, s’il n’était pas connaisseur, a pu découvrir l’univers de la mine mais aussi ce qui a marqué la vie du bassin minier. Des photos, des peintures, des objets, des publicités, des documents historiques étaient présentés par différentes associations pour rappeler ce qu’a été la grande aventure de la potasse et la vie des familles de mineurs.

Ceux qui ont connu les dernières heures de la potasse ne sont pas avares de témoignages, en particulier ceux du Groupe Rodolphe, initiateurs de cette journée. « Dans les années de gloire, juste après guerre, on était près de 14 000 à travailler à la mine » , rappelle Thierry, non sans fierté. Et de citer aussi bien les morts recensés dans certains puits que les records journaliers d’extraction. Il parle aussi de la solidarité du fond, de la camaraderie sans laquelle un mineur n’est rien. « En même temps, s’il y a des choses qu’on peut dire, on ne peut pas les transcrire. On a beau parler de la chaleur du fond, des irritations, de la soif, de la poussière, il faut l’avoir vécu pour le comprendre » , reconnaît-il. « Mais si nous ne le faisons pas, qui le fera ? »

Ce n’est pas Jean Misiano, le président du Groupe Rodolphe qui le démentira. « Il n’y a plus de mines de potasse mais on a toujours entre les mains une mine d’or touristique. Seulement, il manque une volonté politique et de l’argent pour redonner vie à ce patrimoine industriel » , souligne-t-il avant de rappeler que ce coin d’Alsace doit sa richesse à toutes les grandes épopées industrielles.

Alors en mémoire des ouvriers et en clin d’œil aux usines qui ont fonctionné dans la région, Alu’zine a été remise en marche. Alu’zine ? C’est une machine étrange, tonitruante, « une usine autonome, roulante, indépendante, qui fonctionne sans chef » , précise Hugo Riottat, un des acteurs de ce projet.

Ce drôle d’engin a été créé en 1997 par les artistes Louis Perrin et Joan Spiess. La machine a fait plusieurs sorties, depuis Bédéciné jusqu’au réveillon des boulons en passant par le salon du livre de Colmar. Elle est même entrée en prison. « Au départ, elle devait faire le lien entre le Carreau et l’Écomusée mais le projet global ne s’est pas fait alors elle a sommeillé presque dix ans dans un hangar. Cette année, pour cette fête, nous avons voulu la remettre en marche » , explique Louis Perrin. « Il y avait beaucoup de choses grippées, il a fallu retrouver un carburateur mais, dans l’ensemble, on a été assez surpris : elle fonctionnait assez bien » , assure Joan Spiess. Avec ses plaques métalliques, ses engrenages, son toit en forme de sheds, ses cheminées… Alu’zine a tout emprunté à l’image de l’usine. Ses pièces proviennent même de machines de célèbres entreprises mulhousiennes. C’est de la mémoire vivante. Et si elle transforme des objets, c’est avant tout une fabrique artistique. Sa remise en service a été au cœur de cette 3e édition de Kalistoire.

« Votre présence, c’est un encouragement à poursuivre notre action en faveur de la mémoire minière. C’est aussi un encouragement pour le tissu social et culturel de notre territoire » , a lancé Jean Misiano avant de citer un artiste autrichien : « Lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité. » Il veut croire que Kalistoire est un rêve partagé. « Il ne faut pas oublier cette histoire » , a repris Jean-Claude Eicher, le maire de Pulversheim, la commune au cœur de la potasse.

Tous les étés, l’association Groupe Rodolphe, composée principalement d’anciens mineurs bénévoles, propose de découvrir le carreau de l’ancienne mine Rodolphe. L’occasion de découvrir cette immense machinerie mais aussi des histoires humaines.

Les visites guidées auront lieu les 26 juin, 24 juillet, 7 et 21 août ainsi que le 4 septembre. Ouverture de 14 h à 18 h. Départ des groupes toutes les demi-heures. Tarif : 5 €.

L’association participe également à la Journée du patrimoine industriel, le 10 juillet, de 9 h à 18 h. Départ des groupes toutes les demi-heures. Tarif : 3 €.

Les dernières visites de la saison auront lieu les 17 et 18 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Ouverture de 9 h à 18 h, départ toutes les demi-heures. Tarif : 3 €.

Par ailleurs, l’association organise des visites de groupe sur rendez-vous toute l’année.

SE RENSEIGNER au 03.89.48.86.54 ou au 06.27.70.63.43.

L'Alsace Le 13/06/2016 05:00 par Élise Guilloteau

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