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Témoignages: la vie des mineurs italiens

Publié le par REVEL Stephane

La vie de mineur, une vie harassante et éprouvante. A l’occasion des 70 ans des accords italo-belges sur le charbon, nous avons récolté différents témoignages qui illustrent la pénible vie de mineur. Ce sont souvent les petits enfants, bien installés en Belgique qui racontent la vie de leurs grands-parents, à la lumière de leurs souvenirs d’enfants.

Ces accords ont eu lieu entre la Belgique et l’Italie au sortir de la seconde guerre mondiale. L’Italie est un pays meurtri dont le bilan économique est catastrophique. Le charbon est alors une matière première de la plus haute importance, elle permet de ralncer toute l'économie. La Belgique a besoin de main d'oeuvre pour travailler dans les mines. Ainsi, on signe l’accord qui promet la venue de 50 000 travailleurs italiens (2000 par semaine) contre l’envoi de 200 kilos de charbon par mineur et par jour en Italie. La Belgique semble alors être l’eldorado des Italiens. Mais les illusions ne dureront pas longtemps, une fois confrontés aux conditions de travail dans les mines.

Double nationalité ou sans nationalité ?

Se déplacer, c’est tout d’abord un déchirement familial. L'intégration dans un nouveau pays à la langue différente ne facilite pas la tâche. Carla Tanzillo Wattel nous témoigne de sa difficulté à revendiquer se origines italiennes alors qu’elle a vécu toute sa vie en Belgique. Née en 1951, fille d’un père immigré en 1949, elle ne parle pas parfaitement l’italien quand elle retourne dans son pays familial. "Mais non tu n’es pas Italienne!" lui dit-on. Elle se sent aujourd’hui "presque totalement Belge". Ce déracinement de 1949 touche donc bien plus d'une génération.

"Chiens admis, Italiens dehors"

Les conditions de vies dans l’Italie d’après-guerre sont si déplorables que beaucoup pensent, avec espoir, pouvoir vivre une vie meilleure en Belgique. Cependant, leurs conditions de travail sont difficiles et l’accueil des Belges n'aide pas.

Raia Salvatore raconte les actes racistes que son père a subi dans son quotidien belge. Il est arrivé dans le Hainaut entre 1954 et 1956 mais a du partir pour Lens en France suite à une bagarre dans un café. A l’entrée se tenait la pancarte "chiens admis, Italiens dehors". Ne comprenant pas le français, le père de Raia est entré. S’en suit l’arrivée de 9 policiers, matraque à la main.

Silva d’Andrea, originaire du Nord de l’Italie décrit les actes de xénophobie que son père a dû vivre. Son père rentre du front de l’Est dans un pays "dévasté par la guerre, la famine et la pauvreté". Il avait le choix de partir en Argentine ou en Belgique et les accords du charbon l’ont convaincu. Il arrive en 1949 et Silva le rejoint avec sa famille en 1954. Il a eu la chance de survivre à l’expérience des mines et de continuer à travailler en Belgique sur les chantiers des tunnels de Bruxelles. C’est finalement la jeune fille qui a le plus souffert du racisme social quand elle n’a pas pu s’inscrire aux humanités classiques.

L’incendie de Marcinelle

Gianni Canova, arrivé en Belgique avec son père, raconte en détail l’histoire de Marcinelle, cette tragédie du 8 Août 1956. A 7 heure du matin, 274 mineurs entrent au Charbonnage du Bois du Cazier s'enfonçant entre -765 et -1035 mètres de profondeur. C’est vers 8 heure au moment de l’échange entre les wagonnets pleins et wagonnets vides que l'incident se produit. Le wagon plein s’arrête à mi-course. C'est la collision avec les wagon qui suit à hauteur de câbles électriques. Le feu ne tarde pas à se développer dans le puits d’air aidant les flammes à se propager vers le bas. Les 262 morts laissent 206 veuves et 404 orphelins. Le rêve d'un eldorado belge aura donc été de courte durée.

Le charbonnage du Roton de Farciennes est le dernier site wallon à avoir été ouvert. Il ferme ses portes en 1984 et on peut maintenant le visiter.

RTBF

Sibylle Aoudjhane

Publié le lundi 06 juin 2016

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