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Bruay-La Buissière : travail à la mine, ce que le Front populaire a changé

Publié le par REVEL Stephane

Cet été, ce sont les 80 ans du Front populaire. C’est tout un contexte social et économique qui a porté le gouvernement de Léon Blum aux affaires, en mai 1936. Retour sur les grèves des mineurs et leurs conditions de travail, exécrables.

Les ouvriers sous pression

Dans les années 30, le pays traverse une crise économique, secousse du krach de 1929 aux États-Unis. Dans la production de charbon, la concurrence de la Belgique et de l’Allemagne est rude. Il faut produire plus, à moindre coût. Pour donner l’exemple, les « maka » (ou stakhanovistes), des ouvriers modèles, sont envoyés dans les galeries. Le chômage partiel est imposé aux ouvriers et une nouvelle forme d’organisation du travail apparaît : c’est le système Bedaux de « rationalisation ». Au fond, les mineurs sont punis, déclassés, et surtout, chronométrés pour toutes leurs tâches. « Le chronométreur repère un ouvrier, il ne le quittera plus de la journée (…) Le chronométreur ne parle pas à l’ouvrier. Assis derrière lui, il observe et il note », rapporte Charles Toursel dans son livre Bruay-en-Artois et sa région, de 1918 à 1945. Les ouvriers sont désormais payés au prorata de ce qu’ils produisent. Pour beaucoup, ça signifie des pertes de salaire de 12 à 20 %. Les effectifs baissent aussi : des 126 200 mineurs dans le Pas-de-Calais en 1930, on passe à 94 500, en 1935. Ceux qui restent veulent gagner leur croûte, coûte que coûte. Au fond, on prend davantage de risques, et les accidents du travail se multiplient. La colère gronde.

Renouveau syndical

S’il ne faisait pas bon être syndiqué jusqu’à présent, la colère ouvrière fait sauter le verrou : les mineurs se syndiquent en masse pour réclamer de meilleures conditions de travail et un meilleur salaire. Au début de l’année 1936, la CGT et la CGTU s’unissent ce qui créé un appel d’air. L’union rassemble 28 000 adhérents pour 94 000 mineurs dans le département, soit 26 %. En avril, 40 % des mineurs auront leur carte... et 90 % en juin.

Politique friction

Dans ce marasme économique, les politiques s’embourbent. Certains trempent dans des scandales politico-financiers. La confiance du peuple se délite, favorisant une montée de l’anti-parlementarisme et des extrêmes, à gauche comme à droite. Le fascisme gagne du terrain. En Allemagne, Hitler a accédé au pouvoir. Une manifestation mortelle des ligues d’extrême droite en février 1934 poussera les partis divisés de la gauche à s’unir pour la défense de la démocratie autour du slogan « Le pain, la paix, la liberté » : c’est le Front populaire.

Les élections

Le peuple ouvrier aspire à plus de justice sociale. Dans le Pas-de-Calais, plus durement touché par la crise économique, et qui ne connaît pas de petite embellie comme le reste du pays en 1935, on serre les dents. Le vote des ouvriers se concentre sur les représentants du Front populaire (socialistes de la SFIO, communistes, radicaux et divers gauche), qui réclament une vraie lutte contre le chômage, des mesures contre la crise agricole, l’arrêt du pillage de l’épargne, l’endiguement de la fraude fiscale et la transparence des politiques, des financements des journaux... Entre les deux tours, au 1er-Mai, c’est la marée humaine à l’hôtel de ville de Bruay. Autour de politiques locaux, les syndicats sont rassemblés pour une démonstration de force. Le 3 mai, le Front populaire gagne les élections dont la participation est monstre : 87,73 % dans le Pas-de-Calais, plus forte que la moyenne nationale. Le score du Front populaire dans le département est de 49,04 %, 57,17 % dans le pays. Léon Blum forme son gouvernement, tandis qu’à Bruay, le maire Henri Cadot est élu député.

« Grèves de la joie »

À la victoire du Front populaire font suite les « grèves de la joie ». Les ouvriers, qui fondent beaucoup d’espoir sur le Front populaire, souhaitent des avancées sociales immédiates. En juin et juillet 1936, 181 entreprises de plus de cinquante ouvriers sont en grève dans le Pas-de-Calais. Dans les mines, le mouvement démarre le 4 juin à Wingles et Lens, un peu plus tard qu’ailleurs car des conventions collectives ont été signées avec les patrons et le gouvernement fin avril. Mais jusqu’au 8 juin, 94 000 mineurs sont en grève, dont 35 000 étrangers. Paul Ramadier, ministre des Travaux publics, accède à leurs revendications. Les accords de Matignon sont signés avec le patronat et les syndicats, le 7 juin, tard dans la nuit : hausse des salaires, arrêt du chronométrage, allocations de charbon... Mais surtout, pour tous les travailleurs, la semaine de 40 heures, des contrats collectifs et deux semaines de congés payés.

Vent de liberté

L’entière liberté syndicale est reconnue par les accords de Matignon. Le rapport de force s’inverse et, désormais, certains syndiqués exercent des pressions sur ceux qui n’ont pas leur carte. Les ouvriers sont étourdis de liberté. Dans les mines marlésiennes, « ils ne veulent pas reconnaître l’autorité des porions et arrêtent le travail à la moindre observation», est-il rapporté. Fin juin, l’activité reprend normalement. En juillet et août vient le temps des premières vacances...

La Voix Du Nord

PUBLIÉ LE 13/08/2016

PAR SARAH BINET

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