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14 novembre 1960 : la mort programmée des mines de Decazeville

Publié le par REVEL Stephane

Dans le Bassin, nombreux ont encore en mémoire les grandes grèves de fin 1961-début 1962, où plus de 2 200 mineurs se sont révolté pour résister au plan d'adaptation des houillères.

L'histoire du déclin des mines débute le 9 mai 1950, date à laquelle le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, propose de placer la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une haute autorité commune, dans le cadre d'une organisation ouverte à la participation d'autres pays européens. La France, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas acceptent le défi et commencent à négocier le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'Acier (CECA), qui sera signé à Paris le 18 avril 1951. Un traité dont le but est de contribuer, grâce au marché commun du charbon et de l'acier - les deux piliers de l'économie à cette époque - à l'expansion économique, au développement de l'emploi et à l'amélioration du niveau de vie.

Au début des années 1960, avec l'adoption du premier plan d'adaptation des Houillères, le contexte change. Les besoins prioritaires de la reconstruction disparaissent. La concurrence des autres sources d'énergie se développe. Les conditions défavorables qui caractérisent la production du charbon en France pèsent de plus en plus fortement sur les Houillères. Des plans successifs d'adaptation et de restructuration s'efforcent de concentrer l'exploitation sur les sites les moins déficitaires. La fermeture des puits du bassin de Decazeville-Aubin au 31 décembre 1965 est annoncée, en mai 1960, par le ministre de l'Industrie Jean-Marcel Jeanneney. Le 14 novembre 1960, à Decazeville, il confirme la fermeture du fond. Seule l'exploitation de la découverte continuera au rythme annuel de 200 000 tonnes jusqu'à l'épuisement des gisements. Une semaine plus tard, le 21 novembre 1961, 6 000 personnes protestent à Rodez pour défendre le Bassin et ses emplois.


Le chiffre : 2 200

mineurs > En grève. Le mardi 19 décembre 1961, la grève sur le tas est déclarée sur tous les chantiers-.


De Gaulle en voyage officiel

Le 21 septembre 1961, De Gaulle effectue un voyage officiel en Aveyron. En réaction à la décision de fermeture des mines, le maire d'Aubin refuse de le recevoir. à Decazeville, la foule est réduite à l'occasion de son passage. René Rouquette, qui a succédé à Paul Ramadier à la mairie, expose les doléances du Bassin et provoque cette réponse du général De Gaulle: «Decazeville n'est point en France la seule région critique et je suis obligé d'en tenir compte. Decazeville fait partie du problème charbonnier de l'Europe».


Chronique

La Dépêche du Midi 08/11/2011

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Faut-il rouvrir des mines en France ?

Publié le par REVEL Stephane

Un rapport parlementaire reste sceptique sur l'ouverture de nouveaux sites.

Après trente ans d'oubli, la mine refait surface en France. Deux députés, Michel Havard (UMP) et Christophe Bouillon (PS), ont ouvert aujourd'hui ce chantier délicat en présentant leur rapport sur la gestion durable des matières premières minérales. Quelques jours auparavant, la France avait poussé ce sujet au menu du G20. Avant la fin de l'année, l'industrie prendra position lors des négociations finales du Comité des métaux stratégiques (Comes) installé en début d'année. En parallèle, le gouvernement réfléchit à la refonte du code minier écrit au début du XIXsiècle.

La question minière a retrouvé l'oreille de l'Etat suite à la flambée des cours des matières premières et des tensions diplomatiques autour des terres rares (« Les Echos » du 12 avril 2011). L'enjeu : une sécurisation de l'approvisionnement des industriels du pays. C'est dans ce contexte que le Comes doit remettre à jour l'inventaire des ressources françaises, vieux de 30 ans, afin d'identifier des filons inconnus, à grande profondeur ou en milieu sous-marin.

Sur cette perspective d'une relance de la filière, les deux députés restent prudents, rappelant l'hostilité des populations due au passif minier : « De toutes les activités industrielles, l'extraction minière a l'un des impacts les plus négatifs sur l'environnement », écrivent-ils. Les dégâts occasionnés par les mines, surtout à ciel ouvert, sont connus : déforestation, perte de surfaces agricoles, atteinte à la biodiversité, pollution sonore dûe aux explosifs, poussières dégagées, forte consommation d'eau et d'énergie, pollution des eaux. Côté social, les conditions de travail seraient aujourd'hui quasiment inacceptables par les populations en Europe. En témoigne le projet de mine de charbon dans la Nièvre, enterré par le gouvernement en 2009 sous la contestation locale, ou l'actuelle polémique autour des gaz de schiste. On ne compte plus en France qu'une poignée de mines actives, quelques-unes dans les hydrocarbures, dans le sel gemme, un peu de bauxite, de l'or en Guyane et du nickel en Nouvelle Calédonie.

Cela condamne-t-il pour autant cette activité ? Michel Havard a retiré de sa visite de la mine suédoise de cuivre souterraine de la société Boliden, à Skellefteå, la conviction qu'il est possible de rendre cette activité industrielle aussi acceptable que les autres. En particulier dans les zones européennes peu peuplées comme en Estonie où l'extraction a redémarré. Parmi les bonnes pratiques envisageables, l'exploitation souterraine pour limiter les dégâts en surface, des horaires allégés et la protection forte des mineurs.

La société Variscan-Mines, fondée par Jack Testard sur capitaux australiens, fait partie de la dizaine de sociétés d'exploration qui ont survécu au déclin du secteur en France et qui misent sur une relance de l'activité. Comme ses concurrentes, elle dépose à nouveau, auprès de l'Etat, des demandes de permis d'exploration sur de petits gisements. « Il existe en métropole des opportunités pour les métaux de base et les métaux stratégiques. Et les besoins sont immenses : rien que pour le cuivre, l'humanité va en consommer d'ici à 2050 l'équivalent de ce qu'elle a utilisé jusqu'à présent », avance Jack Testard. Une autre conviction l'anime : montrer qu'il est possible de concilier industrie minière et développement durable. « Il n'est plus possible d'opérer comme avant », reconnaît-il.

Le député Michel Havard voit toutefois deux conditions supplémentaires pour convaincre les populations. La fiscalité minière actuelle attribue aux conseils généraux les retombées financières d'une exploitation. Il faudrait intéresser directement les riverains. Juridiquement, l'affaire des gaz de schiste a par ailleurs rappelé que les permis d'exploration valaient quasiment permis d'exploitation. Pour le parlementaire, il faut donner à l'administration les moyens de pouvoir stopper un projet en cas de problème. Le rapport sur la révision du droit minier, que l'avocat Arnaud Gossement vient de livrer au gouvernement, va dans le même sens d'une convergence avec le droit de l'environnement et d'une démocratie locale. En pleines négociations, Catherine Tissot-Colle, président de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux, préfère botter en touche.Tout au plus se borne-t-elle à indiquer que la relance de la mine n'est pas l'objectif majeur. L'industrie minérale française compte surtout de grands groupes, impliqués en aval de l'extraction.

MATTHIEU QUIRET

Les Echos le 08/11/2011

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Pour la fête de Sainte-Barbe, les mineurs bravaient l'interdit au fond de la mine

Publié le par REVEL Stephane

OIGNIES

Le vendredi 2 décembre à la salle Pasteur, un briquet (1) va réunir les Amis de la mine pour honorer Sainte-Barbe, patronne des mineurs.

 

André Hédin, président, et Émile Bossu, animateur de l'association, font remonter à la surface des souvenirs de cette journée à nulle autre pareille au fond de la mine.

 

« Sainte-Barbe fait partie de ces saints que l'on connaît si mal, mais que l'on arrose si bien. » Il y a plus de trois décennies, le slogan sanitaire À consommer avec modération n'était pas encore entré dans les moeurs. Pour André Hédin, la formule que lui a apprise Richard Ordynski, un de ses maîtres d'apprentissage de son métier de mineur à la mine-image de la fosse 2, résume bien la particularité de cette journée. Chaque corps de métier de la mine organisait une réception en l'honneur de la sainte patronne des mineurs. Aujourd'hui, il y a prescription, mais il faut savoir que, pour d'évidentes questions de sécurité, l'introduction de boissons alcoolisées était formellement interdite sur le lieu de travail, notamment au fond.

« Mais pour fêter Sainte-Barbe sur le tas, les mineurs bravaient l'interdit et prenaient leurs précautions les jours précédents. »

« Sainte-Barpe, alle est pas morte... »

« Car le jour même, on savait que les musettes auraient fait l'objet, avant la descente au fond, d'un contrôle rigoureux de la part des gardes des Houillères », se souvient André, ancien électricien du fond. « Chacun apportait sa bouteille qui était dissimulée dans les schistes. La bière, par exemple demeurait fraîche puisque l'on arrosait régulièrement les paquets de terre pour éviter l'envol de poussières », raconte Émile Bossu, ancien agent de maîtrise de creusements. Le copieux repas pris au fond était généralement suivi par un autre au jour. Par exemple, des moules frites dégustées au son d'un bandonéon dans l'un des nombreux mastroquets qui existaient à l'époque autour des puits. Une nouvelle occasion de reprendre en choeur jusqu'au bout de la nuit, le sempiternel refrain : « Ah bin non non sainte-Barpe, alle est pas morte car alle cante encore, car alle cante encore. » • SERVAIS FLANQUART (CLP)

(1) Casse-croûte du mineur.

La Voix du Nord le dimanche 27.11.2011

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Le moulinage en Ardeche

Publié le par REVEL Stephane

Le moulinage, est la deuxième étape du travail de la soie.
Celui-ci c'est développé en Ardèche à partir du XVIIe et surtout du XVIIIe siècle.
Situé entre entre les régions productrices de soie (Languedoc, Vaucluse) et la soierie lyonnaise le département de l’Ardèche est parfaitement situé pour cette activité.
Duranr deux siècles la sériciculture puis le moulinage se développèrent au point de permettre à l'Ardèche de tenir, au XIXe siècle, un rôle de tout premier plan.
En 1909, 590 moulinages emploient 13 000 ouvriers, soit 45% de l'effectif national relatif à cette industrie.
 
Le bâtiment :
Celui-ci est constitué d'un bâtiment allongé, en fond de vallée, et éclairé d'étroites fenêtres régulières.
On trouve un canal acheminant l'eau de la rivière qui sert a fournir la force motrice. 
Le moulinier, le contremaître ainsi que les bureaux se trouvent au rez de chaussée du batiment généralement du coté route.
Les ouvrières ont leurs chambres ou leurs dortoirs à l’étage.
Le travail s'effectue au sous sol ou se trouve la fabrique avec ses moulins et ses banques.
Le sous sol est une vaste pièce à demi enterrée afin de maintenir une température de 25°C et une humidité de 85% nécessaires au travail du fil de soie.
 
Le travail du moulinage :
La filature consiste a dévider le cocon et à réunir plusieurs fils ensemble afin d'obtenir un calibre suffisant, permettant de consolider le fil et d'obtenir plusieurs qualités de fil (organsin, crêpe, voile…).
Cela s'effectue en plusieurs étapes.
Étape 1 : Trempage de la soie dans un liquide légèrement huileux pour l'assouplir.
Étape 2 : Le dévidage consistant à enrouler le fil d'une flotte placée sur une tavelle (sorte de roue légère en bois) sur une bobine horizontale appelée roquet.
Étape 3 : Le doublage consistant à assembler les fils de deux roquets différents sur une même bobine.
Étape 4: Le moulinage qui imprime à un ou plusieurs fils un certain nombre de torsions par mètre pour consolider le fil et permettre la fabrication ultérieure de différents types de tissus.
 
Evolution du moulinage entre le XVIIe au début du XXe siècle :
Sur la zone du moyen et haut Eyrieux ainsi que sur le canton de Lamastre et de Vernoux il existait deux moulinages en 1720 l'un aux Ollieres et l'autre a Lamastre
En 1785 on en recensera 11 dont 1 à Saint-Christol, 1 à Saint-Pierreville, 3 à Gluiras, 5 à Saint-Albon d'Ardèche (Albon et Marcols) 1 à Saint-Etienne-de-Serre.
Le travail de la soie quittera le domaine artisanale pour passer au stade industriel au cours du XIXe siècle avec un pic de prospérité de 1820 à 1855.
La pébrine, maladie du ver à soie anéantira cette prospérité en 1853 décimant les élevages, afin de ne pas disparaître les moulinages arde chois commenceront à travailler des soies importées de Chine et du Bengale.
En 1868 on recensera 63 moulinages sont en activité dans les Boutières dont 6 à Dornas, 6 aux Ollières, 7 à Saint-Pierreville, 4 à Gluiras, 4 à Saint-Sauveur-de-Montagut et 16 à Albon-Marcols.
L'ouverture du canal de Suez en 1869 favorisera les importations.
En 1920 on recensera 75 moulinages dont 4 au Cheylard, 6 à Dornas, 4 à Vernoux, 5 à Saint-Pierreville, 6 à Gluiras, 11 à Marcols-Albon, 6 à Saint-Sauveur-de-Montagut.
La main d'oeuvre employé dans cette industrie etait essentiellement feminine celle-ci etant abondante et surtout peu exigeante.
 
Evolution du moulinage du XVIIe au début du XXe siècle :
Les années 1920 voient apparaître la rayonne puis le nylon dans les années 1950 qui viennent concurrencer fortement la soire naturelle, le coup fatal sera porté par le nylon.
De nos jours les ateliers de moulinage n(utilisent plus la force des cours d'eau, et la main d’œuvre est sans commune mesure avec ce qu'elle a était.
Cependant une culture et un savoir faire industrielle dans la soie naturelle fait qu'une petite vingtaine d'entreprise travaille encore dans le domaine du moulinage en Ardeche mais sur des fils synthétiques.
 
- le moulinage Jouanard installé sur le Talaron à Beauvène est l'un des cinq moulinages de Rhône-Alpes à ne travailler que la soie naturelle. L'entreprise date de 1835 et combinait alors la filature qui occupait une centaine d'ouvrières et qui est arrêtée depuis 1930 et le moulinage avec trente personnes. Les moulins étaient entraînés par une roue de pêche et aujourd'hui ils sont animés par deux turbines. En 1960 le moulinage occupait encore vingt ouvriers. Aujourd'hui M. et Mme Jouanard travaillent en famille avec leur fille. Ils doublent et tordent 1000 à 1500 kilos de soie par mois. La matière première vient de Chine et du Brésil. L'atout de l'entreprise est sa capacité à travailler les organsins (fil de soie formé de deux fils grèges tordus chacun dans le même sens puis retordus ensemble dans le sens contraire). Ce fil permet des ouvraisons délicates tel le crêpe Georgette ou des fils fantaisie. Le principal débouché est la haute couture et les grandes marques. L'irrégularité des commandes impose des horaires et un emploi du temps à la demande.
 
- La société de moulinage Riou occupe deux usines : l'une qui existait déjà au siècle dernier à Extramianoux (difficile d'accès) et qui a été agrandie, ainsi qu'une construction datant de 1985 au Pont de Chervil. L'entreprise appartient depuis plusieurs générations à la même famille. A l'apogée, elle occupait 13 employés qui produisaient 7 à 8 tonnes de soie par mois. Maintenant il n'en reste plus que 3 (la famille) qui produisent 1 tonne de soie par mois et 2 à 3 tonnes de synthétiques (la visite est exclue car la sécurité n'est pas assurée).
 
- L'entreprise Peyraverney est une société familiale, originaire de Saint-Julien Molin-Molette qui a installé un moulinage à Saint-Sauveur en 1951. En 1979, elle reprend un moulinage à Albon : le moulin du Cros qui est très ancien mais possède du matériel pour travailler la soie naturelle. A l'époque, il existe des débouchés pour ce marché.
En 1995-96 : reprise du moulinage de Paul Fournant aux Ollières (anciennement établissements Ducros, qui comptaient 180 ouvriers dix ans plus tôt).
L'usine d'Albon est transférée aux Ollières en juin 1999. Elle occupe 13 personnes au 1er janvier 1999, fin juin il y en a 22 et l'activité pourrait occuper 35 employés dans un an. 70% de la production est exportée notamment vers des pays européens.
 
- L'entreprise Bruno Durand est une entreprise locale qui a choisi de s'installer au Moulinon, près de Saint-Sauveur-de-Montagut pour bénéficier de personnel formé. Les établissements Ducros du Moulinon avaient été repris en 1983 par M. Fournant. Puis Bruno Durant, qui possède deux autres usines à Annonay et à Saint-Priest a repris l'activité en 1993. Il fait actuellement parti du groupe Scharzenbach. Il fabrique du textile pour l'habillement haut de gamme, notamment du lycra. 60% de la production part pour l'étranger (Italie, Allemagne).
Les établissements Durant employaient 189 personnes fin 1988 sur leurs trois sites. Il n'en reste plus que 150 fin juin 1999 dont 27 au Moulinon.

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Une voiture CFV au Cheylard

Publié le par REVEL Stephane

Nous allons vous parler aujourd'hui d'une ancienne voiture du CFV que nous avons trouvé dans un champ au bord de l'Eyrieux sur le chemin communal de Lumerme en allant en direction de la centrale des Collanges.
En effet a cet endroit nous sommes sur l'ancienne ligne de chemin de fer allant de Le Cheylard à La Voulte.
La voiture est abandonnée dans un champ juste en dessous de la route elle se trouve aujourd'hui au milieu des arbres.
Cela fait longtemps maintenant qu'elle est en ruine, son toit n'est plus qu'un lointain souvenir, il ne reste a ce jour plus que le plancher et les panneaux latéraux.
Les bogies mais aussi l'ensemble du bas de caisse frein ect.. ont disparu et je pense que seule la caisse de la voiture fut posée dans ce champ.
Aujourd'hui il ne reste plus qu'une carcasse vide en bois livrée au intempéries.

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Chine : les forçats du high-tech

Publié le par REVEL Stephane

Les «terres rares», dix-sept minerais indispensables à la fabrication de nos téléphones portables ou de nos écrans plats, que l'on exploite au fin fond de la Chine dans des conditions dignes de Germinal. Plongée dans un monde interdit, très loin de celui de la technologie de pointe.

C'est un décor de film post-apocalyptique. Planté au cœur des steppes pelées de Mongolie-Intérieure, un immense cratère, comme creusé par un trou de météorite, s'étire sur plus de trois kilomètres. Entre neige et poussière, des monstres d'acier y fouillent sans relâche. Bienvenue à Bayan Obo, la plus grande mine de terres rares au monde, dont la production a dépassé les 50.000 tonnes l'an dernier. Un lieu stratégique sous bonne garde, interdit aux visiteurs étrangers, dont le nom signifie en langue mongole « montagne de richesse ». En guise de relief, des amas grisâtres mouchetés de neige sale surplombent une plaine désolée.

À l'entrée de ce district minier de 30.000 âmes, un panneau annonce la couleur: «Bienvenue dans la mère patrie des terres rares». Attablés dans un boui-boui, une dizaine d'ouvriers réchauffés au saké s'époumonent dans un bel ensemble en reprenant la célèbre phrase du visionnaire Deng Xiaoping: «Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares!» Une véritable fierté locale, ces terres rares, qui font vivre aujourd'hui toute la ville, mais dont personne ne s'explique vraiment le succès. A la table, un conducteur d'engin croit savoir qu'elles servent à la construction de «missiles secrets américains». Son voisin renchérit: «Tout ce que je sais, c'est que le monde entier nous les envie, même les Japonais, vous imaginez?» Derrière le vernis patriotique, l'enthousiasme pour les fameux minerais est plus nuancé. Certes, les salaires à la mine sont plutôt bons - un ouvrier non qualifié peut espérer gagner 3000 yuans par mois (environ 330 euros) -, mais les conditions de travail sont difficiles et les journées de douze heures, éreintantes. Et puis le coût de la vie a beaucoup augmenté ces dernières années. Alors, «terres rares ou pas, on reste pauvre», résume un réparateur de camion.

Dans la rue principale de Bayan Obo, les frêles maisons bleues serrées les unes contre les autres sont loin de respirer l'opulence. En poussant la porte, on pénètre dans un monde à des années-lumière de la technologie de pointe et des énergies vertes nourries aux fameuses terres rares. A l'intérieur, le décor est souvent invariable : un fauteuil défraîchi, un poêle à bois fumant et des cadavres de bouteilles entassés dans un coin. «Boire de l'eau ici, c'est du suicide: les dents tombent et les cheveux blanchissent dès 30ans», assure un retraité de la mine qui, prudent, s'en tient au saké. Ici, on boit jusqu'à s'assommer pour oublier l'ennui. Une ambiance nettement plus Germinal que high-tech...

Les terres rares sont aussi un redoutable levier politique

Il faut parcourir une bonne centaine de kilomètres et gagner l'austère ville de Baotou, où se concentre l'essentiel de l'exploitation des précieux minerais, pour sentir la fièvre industrielle qui s'est emparée de la région. Dès six heures du matin, l'artère principale est envahie par un flot continu de voitures et de vélos à destination des dizaines d'usines regroupées en lisière de la ville. Dans les bus affrétés par la compagnie Baotou Steel Rare Earth High-Tech, plus gros producteur de terres rares au monde et porte-étendard de la Chine, les employés sont peu causants. Et pour cause : il y a quelques mois, tout le personnel a reçu l'ordre de ne fournir aucune information sur l'entreprise et ses activités sous peine d'être licencié. Un sujet particulièrement sensible depuis l'annonce officielle, en juillet dernier, d'une réduction de près de 40 % des quotas d'exportation de terres rares.

Cette décision, qui a provoqué un coup de tonnerre dans le ciel des industriels occidentaux, a été promptement justifiée par Pékin au nom de la protection de ses réserves naturelles et de son environnement. Reste que les terres rares sont aussi un redoutable levier politique, comme le Japon en a fait les frais en septembre, avec l'embargo imposé en pleine crise diplomatique entre les deux pays. Pour John Seaman, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), cette politique restrictive permet surtout à la Chine de «tirer les moyens d'une supériorité écono mique», en attirant notamment les technologies étrangères et les investisseurs à l'intérieur de ses frontières. Pour les pays impor tateurs, des solutions existent, comme de développer le recyclage ou d'ouvrir de nouveaux gisements en Australie ou sur le continent américain. Mais la plupart ne devraient pas voir le jour avant quelques années... Dans l'intervalle, pressée de resserrer son contrôle sur le juteux marché des terres rares, la Chine a confié le monopole de l'exploitation à l'entreprise Baotou Steel Rare Earth High-Tech et fermé la plupart des petites usines de la région.

Sur la route entre Baotou et Bayan Obo, des dizaines d'anciennes installations rouillent sous la neige en attendant d'être revendues. Les propriétaires ne sont pas pressés. Beaucoup veulent croire que la fermeture n'est que temporaire. D'autres continuent à travailler sans licence, couverts par des fonctionnaires corrompus. A une centaine de kilomètres au sud de Bayan Obo, au beau milieu d'usines cadenassées, un long trait de fumée s'échappant d'une cheminée trahit la présence d'une activité. Dans la cour barrée d'un panneau «Défense d'entrer», une poignée d'hommes transportent vers l'atelier de gros sacs de terres rares. A l'intérieur, c'est l'enfer fumant ; une odeur piquante brûle les yeux et les poumons. Des ouvriers s'activent autour de bains d'acide bouillants, sans masque ni protection. Un vieil homme à la peau tannée hausse les épaules : «Aucune idée de ce qu'il y a là-dedans...» A la sortie, sans doute prévenu de la présence d'étrangers, quatre policiers en civil attendent de pied ferme les visiteurs indésirables. Prière d'effacer les photos et de vite déguerpir.

«La Chine est un grand pays, il n'est pas rare que les autorités loca les couvrent les usines illégales pour toucher des pots-de-vin. Il faudra du temps avant de mettre tout le monde au pas», soupire le Pr Li Le Min, directeur du Laboratoire national sur les terres rares, qui estime qu'en 2010 au moins 20.000 tonnes auraient été vendues au marché noir. Pour dissuader les pilleurs, un large fossé a été creusé tout autour du site de Bayan Obo, balafré par endroits par des exca vations sauvages. A plusieurs kilomètres de l'entrée surveillée 24 heures sur 24, on tombe pourtant sur une petite mine dans la mine, cachée dans les hauteurs neigeuses. Le vieux gardien explique qu'une quarantaine d'hommes y travaillent à la sauvette, vraisemblablement grâce à la complicité d'employés de la mine...

Depuis juin dernier, le gouvernement chinois a intensifié sa lutte contre la contrebande, principal concurrent à son quasi-monopole. Signe des temps, même les résidus de terres rares ont pris de la valeur et se revendent sous le manteau autour de 150 yuans (16,50 euros) la tonne. De l'avis général à Bayan Obo, il est désor mais plus difficile d'acheter illégalement des terres rares. Mais pas impossible, comme on le constate vite en se faisant passer pour un acheteur potentiel. Il faut compter environ 300 yuans la tonne, selon la qualité du produit brut, et quarante-huit heures pour réceptionner la cargaison - le temps pour les trafiquants d'organiser une excursion de nuit dans la mine ou de se rendre dans l'un des entrepôts clandestins de la région. Les camions pour le transport de la marchandise et les faux papiers en cas de contrôle sont gracieusement fournis. Un business bien rodé, qui permet à quelques-uns de s'enrichir. Mais pour la majorité des habitants de la région, la ruée vers les terres rares reste une malédiction.

Le visage rond de M. Zhang sourit beaucoup, mais le vieil homme peine à cacher son désespoir. Une odeur acide flotte dans l'air de sa petite maison de Xinguang, littéralement encerclée par une trentaine d'usines qui ont poussé comme des champignons au cours des dix dernières années. En bordure de ce village situé à quelques kilomètres de Baotou, de larges tuyaux déversent un liquide fumant dans un lac artificiel bordé de monticules grisâtres. Une vaste poubelle à ciel ouvert où s'entassent des millions de tonnes de résidus, dont près de 100.000 tonnes de thorium, qui produit un gaz radioactif. «C'est du suicide de vivre ici», souffle M. Zhang, qui souffre de problèmes respiratoires, d'asthme et de maux de tête terribles. Partir, oui, mais pour aller où? Certainement pas dans ces barres d'immeubles avec vue imprenable sur les usines fumantes, construites par le gouvernement régional pour reloger les centaines de familles touchées de plein fouet par la pollution. À 2000 yuans (220 euros) le mètre carré, ces appartements, toujours inoccupés trois ans après leur construction, sont hors de portée pour ces anciens paysans qui vivent désormais d'expédients.

Car ici, plus personne ne cultive la terre: «Que voulez-vous qu'il en sorte?» se désole M. Zhang, qui survit péniblement en réparant des vélos pour quelques centaines de yuans par mois. Depuis dix ans, lui comme les autres habitants de Xinguang attendent une hypothétique compensation du Bureau de l'environnement, prompt à les renvoyer vers le maire du village qui, lui, jure n'avoir toujours rien reçu... Qui croire? Qui ment? Ce qui est sûr, c'est qu'alors que la demande en énergies vertes venue d'Occident continue d'augmenter l'environnement de Mongolie-Intérieure ne cesse, lui, de se détériorer. Triste ironie du sort, qui suscite bien des interrogations sur le futur que nous sommes en train d'acheter.

Que sont les "terres rares"?

Dysprosium, terbium, cérium... Au nombre de 17, les lanthanides, plus communément appelés terres rares, sont un groupe de minerais aux propriétés chimiques et électromagnétiques exceptionnelles, indispensables aux technologies de pointe et aux énergies vertes. Comme le charbon au XIXesiècle et le pétrole au XXesiècle, ces métaux aux noms barbares sont aujourd'hui le moteur d'une nouvelle révolution industrielle. Sans elles, pas d'iPad, d'écran plat, de voiture hybride ou encore d'ampoule basse consommation. Les terres rares sont également utilisées dans le secteur de la défense, notamment pour la construction de missiles guidés et de radars. La plupart ne sont pas si «rares» que cela, puisque présentes dans le sol en quantité bien supérieure à l'iode ou à l'argent. Mais il faut traiter des tonnes de minerais pour en extraire quelques précieux kilos. En vingt ans, grâce à des coûts d'exploitation dérisoires et au mépris des considérations environnementales, la Chine s'est arrogé près de 95% de la production mondiale. Un marché hautement stratégique de 130.000 tonnes annuelles, qui risque fort d'augmenter avec la demande croissante en énergies propres.

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Ruhr et Nord - Pas-de-Calais riches de leurs friches

Publié le par REVEL Stephane

AMÉNAGEMENT

Les charbonnages, la sidérurgie, ça vous dit quelque chose ? De l'autre côté du Rhin, dans la Ruhr, on a aussi un lourd passé industriel. Les Allemands ont fait le choix d'exploiter au maximum ce patrimoine. Et nous, qu'avons nous fait de nos friches ?

 

Chez eux, on dit les kumpel, les copains. Chez nous, on préfère parler des gueules noires. Sur les photos, ils ont les mêmes regards translucides de ceux qui ont brassé le charbon toute la journée. Bienvenue sur le site Zollverein à Essen. Puits de mines, briques rouges, chevalets et même ce petit cocktail pluie-vent froid qui n'est pas sans rappeler la maison. Voilà pour les ressemblances.

 

Pour le reste, on entre dans une nouvelle dimension. Sur ce site de 13 km² où on a exploité jusqu'à 12 000 tonnes de charbon par jour, on a pris un virage radical. La mine a fermé ses galeries le 23 décembre 1986 ? Qu'à cela ne tienne, ce sont d'autres galeries qui ont vu le jour : elles constituent le musée de la Ruhr et celui du Design.

Le site (étonnamment préservé) abrite aussi des restaurants, des salles de danse, une piscine, des pépinières d'entreprises... On peut même se marier en plein coeur de l'ancienne usine. Un vrai petit miracle : le site abrite 1 300 emplois. Peu ou prou le nombre de mineurs présents au moment de la fermeture.

« Cercueil à euros »

Cette reconversion a un coût : 250 millions d'euros. Ce qui incite certaines mauvaises langues teutonnes à parler de Zollverein comme le « cercueil à euros ». Mais quand on envoie une carte postale d'Essen, c'est souvent Zollverein qui est représenté.

Quelques kilomètres plus loin, voici le parc paysager de Duisbourg Nord. L'hallucination nous guette. Cette ancienne usine sidérurgique conservée dans son jus abrite, entre autres, des toboggans comme imbriqués dans le système de tuyauterie de l'usine, des parcours d'escalade, un restaurant et même un espace de concert. Plutôt que de raser, on a choisi d'exploiter.

Des projets comme ceux là, l'équipe d'animation de l'IBA (Internationale Bauaus stellung, exposition internationale d'architecture), a choisi d'en privilégier 90 dans la Ruhr. Avec cinq objectifs majeurs : la restauration du paysage, le renouveau socio-économique et culturel, le développement durable, le changement sans croissance et la valorisation des monuments de l'industrie. Le tout sur un territoire de 80 km de long, de 12 km de large et de 2,5 millions d'habitants.

Et ici ?

 

Qu'en est-il chez nous ? « À la fin des années quatre-vingt, on a recensé 10 000 hectares de friches industrielles dans la région, explique Marc Kaszynski, directeur général de l'Établissement public foncier (EPF) du Nord - Pas-de-Calais. Ça représentait la moitié des stocks de la France et ça nous colle à la peau. » Depuis, 1 500 hectares ont été requalifiées par les collectivités et 5 500 par l'EPF, cet établissement voulu par l'État et la Région pour traiter les friches. Sur ces 5 500 hectares, 3 500 étaient des friches minières. La plupart du temps, le traitement consiste à la démolition des bâtiments et au verdissement des lieux.

« Plus banales qu'en Allemagne »

Pourquoi ne pas conserver la majorité du patrimoine comme dans la Ruhr ? Marc Kaszynski a, semble-t-il, la réponse : « Les installations industrielles du Nord - Pas-de-Calais ont souvent été plus banales qu'en Allemagne en matière architecturale. En dehors des sites de mémoire qui ont été requalifiés, le reste ne présentait pas un intérêt considérable à être sauvegardé. » Il n'empêche, l'EPF comptabilise actuellement 350 opérations de requalification en cours. Parmi lesquelles on peut citer, la zone de l'Union à Roubaix-Tourcoing-Wattrelos, le peignage Amédée à Roubaix, la lainière de Roubaix, une partie d'Arc International à Arques, Stora Enzo à Corbehem ou encore une partie du port de Dunkerque.

Dans la métropole lilloise, l'EPF pourrait prochainement être amené à traiter les Grands Moulins de Paris à Marquette. Un bâtiment imposant qui attend des jours meilleurs depuis une quinzaine d'années. « Dans sa grosse partie, ce bâtiment est classé à l'inventaire des monuments historiques », indique Jean Delebarre, le maire de Marquette. Seulement, la localisation des Grands Moulins, coincés par un site Seveso, et la présence de pyralène, ont longtemps empêché le propriétaire privé des lieux de passer vraiment à l'action.

D'où une (longue) partie de ping-pong entre un maire pressé d'exploiter les lieux et un propriétaire soucieux de revendre la friche au meilleur prix.

Dernièrement, la situation s'est améliorée. Le propriétaire semble prêt à signer avec un aménageur. Et des lofts, des appartements et un restaurant pourraient voir le jour dans ce lieu hautement symbolique. Un soulagement pour le maire de Marquette même si : «  Vous savez, des friches, j'en ai d'autres. »

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Le barrage des Collanges

Publié le par REVEL Stephane

Nous allons aujourd'hui vous parler de la centrale electrique se trouvant sur la vallée de l'Eyrieux.
Il s'agit du barrage des Collanges situé sur la commune de Saint Michel d'Aurance juste après le Cheylard.
De construction récente en effet celui-ci a était construit en 1981 il était exploitée initialement par EDF mais la gestion en revient aujourd'hui a CN'Air pour un bail de 30 ans.
Cette société filiale de Compagnie Nationale du Rhône CNR gère l'ensemble des énergies renouvelables du groupe.
Le barrage comporte trois turbines gérées à distance grâce a des automates raccordés sur un réseau fibré.
A l'origine la capacité du barrage etait de 1,6 million m3 elle n'est plus que de 900 000 m3suite à l'envasement de la retenue.
L'installation d'une quatrième turbine est envisagée pour optimiser la production électrique.

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Les coûteuses mines d'uranium de l'ex-RDA

Publié le par REVEL Stephane

Environnement. L'Allemagne aura déboursé 6,5 milliards d'euros pour les réhabiliter.

Dans les années d'après-guerre, la RDA asservie a fourni à l'URSS près de 240 000 tonnes d'uranium. La réunification venue, le gouvernement fédéral s'est attelé au plus complexe projet de réhabilitation environnemental d'une région aussi vaste que le département de la Gironde.
Quand Moscou se décide enfin, en 1945, à se doter d'un armement nucléaire, experts et scientifiques, cornaqués par la police de Beria, vont trouver dans le sud de l'Allemagne, en Saxe et Thuringe désormais sous régime d'occupation, les filons dont on va extraire l'uranium qui manque à l'Urss.
Vu l'avance prise par les Américains, l'urgence commande de faire vite. Sous le nom de Wismut SMDA, des puits sont ouverts à tour de bras, 37 en quelques années. La main-d'œuvre explose, monte à 130 000 personnes grâce à des dizaines de milliers de réfugiés exilés, arrivés là par les suites de la guerre ou revenus au pays, qui cherchent à recommencer une existence.
On recrute de force des milliers d'individus jusqu'au début des années 50. Dans le même temps, 70 000 d'entre eux, selon les estimations, prennent la fuite et courent se réfugier en Allemagne de l'Ouest (la frontière interallemande est encore ouverte).
Certes, les mineurs de Wismut bénéficient de meilleurs salaires et de bons d'alimentation, mais ils le paient cher.
Au fond, peu de ventilation et extraction à sec. Les poumons se remplissent de poussière de pierraille, avec des particules de radon radioactives ou des gaz d'explosion toxiques.
Selon des statistiques très approximatives, on compte entre 52 000 et 90 000 personnes qui souffrent de silicose, 3 000 d'un cancer du poumon. La poussière quotidienne tue plus que les ondes radioactives. Les accidents, parfois très graves, sont fréquents. La moindre rébellion est punie de goulag.
Par la suite, aucun secteur industriel est-allemand n'est à ce point aux petits soins avec ceux qu'il emploie.
Un témoin de l'époque : « Nous avions des rations supplémentaires de fruits, des endroits pour passer les vacances, même des autos et des logements. On pouvait tout acheter, ces denrées pour lesquelles les gens dans le reste du pays devaient faire de longues queues. L'exemple a contrario de ce qui ne devait pas exister dans une république dite démocratique. » Lorsqu'à la réunification, en 1991, les experts ouest-allemands arrivent dans la région, ils n'imaginent pas le désastre. Pendant 36 ans, ces régions ont été éventrées, creusées, labourées avec des lieux d'extraction parfois à la porte des jardins des maisons. Impliquant jusqu'à la disparition de hameaux et villages.
L'« héritage » est lourd : abattre 3 700 édifices sur les sites, sécuriser 1 400 km de boyaux, 311 millions de mètres cubes de dépôts sur 48 haldes, 160 millions de mètres cubes de boues radioactives.
La décision est prise : réhabilitation du territoire et santé des populations locales ne peuvent être garanties que si l'on fait totalement et définitivement table rase. En l'espace de vingt ans, les puits sont étayés puis noyés, les infrastructures détruites, les bassins de décantation décontaminés et protégés.
Des travaux gigantesques. On redessine des collines, des forêts, des lacs, des cours d'eau, on adoucit les terrils, de l'activité minière ancienne il ne reste plus aujourd'hui, en surface, la plus petite trace.
Wismut Ag va réussir son énorme pari. L'opération aujourd'hui pratiquement achevée, les contrôles se poursuivront longtemps au sol et en profondeur, mais il en aura coûté 6,5 milliards d'euros au contribuable allemand.
La Russie a refusé d'y prendre part.

Robert Fiess

Publié le mercredi 02 novembre 2011 L'Ardennais

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Il y a près d'un siècle, le président de la République Raymond Poincaré descendait au fond de la fosse 5 de Bruay

Publié le par REVEL Stephane

À l'image du Général de Gaulle, descendu bien après lui à la fosse 6 d'Haillicourt pour lancer, le 25 septembre 1959, la fameuse « bataille du charbon » ...

 

, un autre président de la République, Raymond Poincaré, a foulé le sol mineur pour exhorter les gueules noires du Bruaysis à « produire plus ». C'était il y a 98 ans.

 

Le 3 novembre 1914 en effet, Raymond Poincaré (1860-1934) se rend à Bruay et Auchel, trois mois jour pour jour après que l'Allemagne a déclaré la guerre à la France.

L'ennemi prussien occupe alors Lens et met le grappin sur Bully le 6 octobre. Le front n'est stabilisé que depuis peu de temps. Alors que l'offensive allemande progresse, la situation est critique à Bruay. Des milliers de réfugiés belges, du nord de la France, et de la région de Lens, en fuite, passent par la ville. Certains s'y arrêtent. Seules les mines situées à l'ouest de Lens, dont celles du Bruaysis, restent alors sous contrôle français.

C'est dans ce contexte que le président de la République descend au fond de la mine, à la fosse 5 de Bruay, à Divion, au retour d'une visite au front.

Ce jour-là, Poincaré fait appel au patriotisme des mineurs en leur demandant de « produire encore plus » de charbon afin de compenser la perte de nombreux puits de mines passés sous contrôle ennemi. Après avoir réuni à Bruay les présidents des compagnies minières, des décisions sont prises. La main d'oeuvre sera puisée parmi les réfugiés et encadrée par des agents de maîtrise.

Les trains de charbon remonteront vers Calais pour emprunter la ligne du littoral. En accord avec les syndicats, réunis sous la présidence d'Henri Cadot - fondateur du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais et futur maire de Bruay - la durée du travail est portée de 8 à 9 heures. En quelques mois, la situation s'améliore. La reprise de la commune voisine de Vermelles en décembre, celle de Loos ensuite, permet de remettre en marche quelques fosses proches de la ligne de front et d'éloigner l'ennemi.

En tenue de mineur

Le travail reprend toutefois avec d'infimes précautions. Les mineurs descendent dans les puits la nuit par les échelles et remontent avant le lever du jour pour ne pas éveiller les soupçons. Rien ne doit laisser apparaître la moindre activité.

À la surface, les ateliers continuent de réparer le matériel de la mine malgré les duels d'artillerie entre Français, installées sur les carreaux des fosses, et Prussiens. Pour avoir une idée de l'ampleur des combats, la fosse 10 de Sains-en-Gohelle subit à ce moment-là quelque 23 bombardements.

Le président Poincaré, photographié en tenue de mineur sur le carreau de la fosse 5 ce jour-là, était équipé d'une lampe de sécurité à flamme Marsaut. Une fois remonté, il avoua avoir été fortement impressionné par les mineurs oeuvrant dans des conditions d'exploitation particulièrement pénibles. •

Sources : histoires-de-chtis.com et Pas-de-Calais62.fr

jeudi 03.11.2011, 05:06  - La Voix du Nord

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