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Voyage au centre de la terre : Quand Aubière était la capitale auvergnate du vin

Publié le par REVEL Stephane

On compte aujourd’hui encore près de 900 caves à Aubière, qui forment un ensemble unique en Europe. La plus célèbre est la cave à Madame, transformée en 1995 en un Musée de la vigne et du vin. Les autres, installées sur le puy d’Aubière, ou en face sur le plateau des Cézeaux, sont privées. Certaines sont très bien entretenues et perpétuent le passé vigneron de la commune.

La capitale auvergnate du vin n'est pas là où on l'imagine. En effet. D'aucun citeront d'abord Châteaugay, Saint-Pourçain, Chanturgue ou Corent. Pourtant c'est Aubière qui est restée pendant près d'un siècle la référence régionale en la matière, avec une densité de vigne sans doute unique en France : sur les 770 hectares de la petite commune en 1850, 550 étaient recouverts de vignes ! Et qui dit vignes, dit caves : on en dénombrait à la grande époque de la fin du XIX e 900 sur la commune (147 entrées), soit un ensemble unique en Europe !

Et en la matière, Aubière a longtemps cultivé son originalité due à la présence d'une nappe phréatique qui, dans le bourg, remonte à quelques mètres seulement de la surface. Du coup, après avoir creusé dans le village des caves… qui se remplissaient d'eau (un comble !), les premiers vignerons sont allés creuser les suivantes… sur les hauteurs dans le calcaire du puy d'Aubière ou dans le basalte du plateau des Cézeaux.

Les Aubiérois ont ainsi cultivé une originalité unique en Auvergne puisqu'alors que partout ailleurs on descendait aux caves. A Aubière, on y montait !

À la fin du XIX e siècle, l'âge d'or du vin d'Auvergne, les vignerons aubiérois ont fait, pendant quelques décennies, de belles affaires, d'autant qu'ils possédaient des vignes bien au-delà des limites de la commune. Une période bénie qui prendra fin au début du XX e siècle, avec l'arrivée du phylloxéra qui lance le déclin de la viticulture. Les caves aubiéroises vont alors cesser d'être exploitées à l'exception de certaines reconverties, tout comme les caves clermontoises, dans l'affinage du Saint-Nectaire.

Aujourd'hui, certaines d'entre elles, sont encore entretenues et utilisées par leurs propriétaires, notamment celle de l'association pour la sauvegarde des caves d'Aubière de la rue du Thieu. Une cave qui a encore une activité puisque l'association, possède au-dessus de la cave quelques rangées de vigne dont les fruits servent chaque automne à la confection des rares flacons de vin d'Aubière. Il faut donc avoir quelque contact avec l'ASCA pour pouvoir les visiter.

Mais la plus belle d'entre elles est heureusement ouverte à tous : la Cave à madame, ainsi nommée parce qu'elle appartenait à Gilberte de la Roche Briant de Chovence, a un passé qui remonte au moins à 1595. Il s'agit d'un ensemble de caves assez étendu, sur trois niveaux, racheté par la mairie d'Aubière et transformé depuis 1995 en musée de la vigne et du vin. Il permet de découvrir les produits, les paysages et le patrimoine architectural du vignoble de Basse-Auvergne.

Le musée met en scène les savoir-faire et les objets caractéristiques de la fin du XIX e siècle jusqu'au milieu du XX e siècle.

Un petit monument de fierté aubiéroise dans lequel sont organisés parfois de petits événements (concerts…).

Une cave qui a dû, elle aussi, prendre un peu de hauteur pour échapper à la nappe phréatique, et qui est située à un kilomètre de la place des Ramacles, en remontant l'avenue Jean-Noëllet. On n'y boit malheureusement pas de vin d'Aubière, mais on peut au moins s'en faire une idée.

Arnaud Vernet
arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : l'impressionnante montagne percée

Publié le par REVEL Stephane

Cela fait bien longtemps qu’on ne voit plus cet étrange trou dans la montagne qui, autrefois, envoyait son étrange rayon sur Chamalières. Pourtant, le trou est toujours là, mais il faut désormais faire l’effort d’aller sur place pour le découvrir.

Il y a encore une trentaine d’années, tout le monde à Clermont connaissait la montagne percée. Il faut dire que le matin, du boulevard thermal de Chamalières et même de certains autres sites à Clermont, il suffisait de regarder en direction d’Orcines, vers la falaise qui surplombe aujourd’hui le Colombier, pour deviner un rayon sortant de la montagne. Une montagne effectivement percée, mais qui malheureusement s’est peu à peu rebouchée. Le site, célèbre à l’époque, est ainsi peu à peu tombé dans l’oubli.

En fait, le trou est toujours là, mais avec la végétation qui a poussé, et notamment de grands sapins plantés à la base de la montagne, cette fenêtre n’est plus visible d’en bas. En revanche, sur place, le spectacle est toujours aussi saisissant, avec cette grotte immense, et cette étonnante ouverture, au fond, à hauteur d’homme.

Ancien lieu de fêtes

Certains hésiteront peut-être avant d’entrer dans cette caverne aux dimensions impressionnantes : une grotte creusée par l’homme qui trouvait là un basalte qui, à la différence des autres, ne se fendait pas et donnait ainsi des blocs aux dimensions imposantes. Il est vraisemblable que ce soit là qu’aient été taillées les dalles de la voie romaine qu’il suffisait ensuite de laisser glisser jusqu’au chantier de la route. Mais avant de pénétrer dans l’obscurité sans doute vous poserez-vous une inquiétante question en découvrant le sol essentiellement constitué d’énormes blocs de pierre apparemment détachés du plafond : un nouveau ne va-t-il pas s’écraser sur moi??

Deux remarques s’imposent à ce sujet : d’abord, il faut savoir que le lieu a longtemps été très fréquenté. Dans les années 1960 et 70 les jeunes clermontois y ont organisé quantité de fêtes aussi animées que bruyantes et on n’a jamais parlé de convives écrasés. Si des roches tombent encore du plafond, elles doivent le faire au rythme d’une par siècle environ, et si vous vous en preniez une sur la figure, d’abord vous ne devriez pas avoir le temps de beaucoup souffrir, et ensuite, vous pourriez légitimement prétendre au titre de Clermontois le plus malchanceux du moment.

Un site fréquenté par des alpinistes

Entrez donc sans crainte dans cet étrange endroit et traversez-le pour aller de l’autre côté, là où, justement, la montagne est percée. On peut d’ailleurs enjamber la fenêtre et s’installer sur un petit promontoire, de l’autre coté, et découvrir la vue véritablement unique, mais aussi les pitons d’escalade plantés dans la paroi. Le site n’est, en effet, aujourd’hui plus fréquenté que par les alpinistes qui ont ouvert ici treize voies d’une quinzaine de mètres de haut. (Indiana?; Solo?; Aerial?; Soleil vert…).

Évidemment la découverte de ces routes verticales vous donnera sans doute envie… d’aller plus haut. Et même sans corde, l’exercice est aisé en ressortant de la grotte et en prenant le sentier à droite. On arrive alors au-dessus de la montagne et on découvre une vue complète sur la ville, de Montjuzet au puy de Charade en passant par la cathédrale et Montrognon. On déconseillera aux visiteurs de chercher à aller trop loin, au risque de se retrouver… trop bas. La falaise, ici, est, en effet, impressionnante.

Arnaud Vernet

arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : toute une ville creusée dans la pierre

Publié le par REVEL Stephane

La carrière souterraine du Laquais, qui a permis de construire notamment la cathédrale de Clermont, est fermée aujourd’hui, mais la Maison de la pierre propose un environnement identique… avec les explications et la sécurité en plus !

Depuis que l'eau de Volvic se vend dans le monde entier, on ne parle plus que d'elle ! Pourtant, Volvic, c'est avant tout la pierre, et d'ailleurs, l'eau y était plutôt rare il y a encore un siècle. Et si on a fini par la débusquer, c'était encore… pour la pierre, et notamment pour refroidir les machines des carriers. Pour boire, Volvic avait son vin, et les hommes en buvaient plusieurs litres par jour pour taper sur leur burin… jusqu'à plus soif.

Et à force de taper, ils ont fini par creuser des trous gigantesques, comme celui qu'on peut visiter à la Maison de la pierre où, à travers l'histoire de Jean Legay-Chevalier, un des plus importants carriers locaux des années 1900, on revit cette aventure de la pierre, qui donnera naissance à celle de l'eau. Pourtant, ce n'est pas là que fut découpé l'essentiel de ces millions de blocs de pierre dont on a construit Clermont. Il faut aller un peu plus loin, dans le parc, et chercher les grottes du Laquais.

Leur histoire remonte au XII e siècle alors qu'on envisage de construire une nouvelle cathédrale à Clermont. La pierre de Volvic semble alors le matériau idéal, mais les terres d'où on peut les extraire appartiennent alors au Comte de Chabrol qui se voit confronté à un véritable dilemme : homme de foi, il se voit mal refuser aux moines l'autorisation d'utiliser ses pierres, mais à l'inverse, accéder à leur demande est synonyme d'un chantier infernal, avec la certitude de ne plus jamais chasser dans son parc. Il prit alors une décision étonnante, permettant aux moines de prendre toutes les pierres qu'ils voulaient… mais en passant par en dessous. Sans le savoir, il leur rendit un fier service, parce qu'en creusant, les moines trouvèrent la meilleure et la plus pure des pierres.

Alors on creusa là… plus de huit kilomètres de galeries, des voûtes de dix mètres de haut. Un incroyable réseau… dans lequel on raconte qu'un laquais se perdit un jour, donnant son nom au lieu.

Ces grottes qui s'étalent sur plus d'un hectare sont toujours là, mais il est apparu qu'il n'était par raisonnable de laisser le public aller se perdre dans un lieu pareil. En revanche très fréquenté par les chauves-souris, il aurait été dommage de le condamner. La municipalité a ainsi fait poser des grilles aux entrées en 1994 et ces grottes étonnantes sont peu à peu tombées dans l'oubli. Même à Volvic, peu de monde s'en rappelle encore… mais il faut dire qu'une star les a remplacées : la Maison de la pierre, non loin de là, propose aujourd'hui une excursion en toute sécurité dans une grotte majestueuse creusée dans la même coulée que les grottes du Laquais. On n'y retrouve peut-être pas le labyrinthe qu'offraient les grottes du Laquais, mais toutes les explications possibles sur l'histoire de la pierre à Volvic… et personne, ni laquais, ni touriste, ne s'y est jamais perdu !

Arnaud Vernet
arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : les caves de Saint-Julien

Publié le par REVEL Stephane

En général, les caves auvergnates sont bien cadenassées. Mais celles de Saint-Julien vous ouvrent leurs portes : à quelques exceptions près, vous pourrez les visiter librement, et découvrir un univers unique et surprenant.

Pour entamer notre voyage au centre de la terre, autant commencer en douceur, et ne pas descendre trop bas. Éviter les grands froids, l'obscurité totale et l'ivresse des abysses pour nous contenter d'une plongée à cinq ou six mètres sous terre seulement.

L'aventure n'en est pas moins surprenante, quand on arrive à Saint-Julien, et qu'on découvre ces étranges bouches qui sortent de terre comme autant de gueules prêtes à vous gober.

Il y en aurait 140 au total, construites entre 1850 et 1900, quand le Puy-de-Dôme inondait la France de son vin : toutes les vignes du pays disparaissaient alors sous les attaques du phylloxéra… sauf celles d'Auvergne qui, avant d'être touchées à leur tour, ont connu une période bénie : il s'agissait d'épancher la soif de la France… qui à cette époque était énorme, et même recommandée par les pouvoirs publics. On s'est donc mis, par ici, à produire de plus en plus de vin qu'il fallut bien stocker. D'où ces caves, creusées dans le tuf, si facile à travailler, où l'on entreposa, pendant une bonne décennie, des quantités astronomiques de vin… jusqu'à ce que la région fut à son tour touchée par la maladie.

Alors les vignes disparurent, et on ne vit plus un seul tonneau descendre dans ces trous.

100 % d'hygrométrie

Évidemment, en Auvergne, rien ne se perd, et les bougnats comprirent vite qu'on pouvait stocker là autre chose que du vin : « Mon grand père a commencé a y affiner ses saint-nectaire en 1924 », confie Marcel Guillaume qui continue aujourd'hui encore à y entreposer ses fromages : « La température ne s'écarte jamais des 12°, et l'hygrométrie entre 95 % et 100 % est idéale pour le fromage ».

Pour le vérifier, rien de plus simple : si deux fromagers continuent à affiner là leurs cantal et saint-nectaire derrière des portes solidement cadenassées, la plupart des caves sont abandonnées et on peut y entrer librement, profiter d'une ressourçante fraîcheur en plein été.

On descend en pente douce, et on prend le temps de s'habituer à l'obscurité avant de s'enfoncer jusqu'à trente mètres de profondeur et découvrir de surprenantes alcôves, petites pièces, niches, creusées dans cette coulée de scories bien tendre qu'on doit à l'éruption du puy de Gourdon tout proche.

Un monde menacé par la végétation
et l'urbanisatio
n

Pour le promeneur, le spectacle est saisissant : partout le long du chemin les caves sortent du sol, toutes orientées au nord pour ne pas laisser entrer la chaleur, créant, de loin, une étonnante ondulation. Les premières, le long de la route sont pour la plupart fermées, mais derrière, les autres, moins simples à exploiter, sont pour la plupart abandonnées. Un merveilleux terrain de jeux, sans danger, pour ceux qui ont conservé une âme d'enfant.

Un jeu dont il convient de savoir profiter, car il ne durera pas éternellement. L'abandon du lieu fait que de nombreux arbres ont pris racine sur la voûte même de ces caves, accélérant leur inéluctable effondrement.

L'urbanisation menace aussi ce paysage unique de bosses et de trous : il y a encore quelques années, en arrivant à Saint-Julien, on devinait encore ces incompréhensibles vagues vertes à l'horizon. Mais les pavillons modernes qui se sont construits ces dernières années le long de la route masquent désormais ce paysage et il faut se contenter d'un recul de quelques mètres seulement.

Pour autant, il reste encore un peu de temps pour découvrir les caves de Saint-Julien, surveillées de loin par la tour crénelée du château de Montaigut-le-Blanc. Plantées là depuis plus d'un siècle, elles devraient encore, tout l'été, offrir leur surprenante fraîcheur.

Attention simplement si vous avez des enfants espiègles : ils risquent de vous faire tourner en bourrique un bon moment !

Arnaud Vernet

arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : des kilomètres de galeries pour du calcaire

Publié le par REVEL Stephane

Indispensable calcaire ! Des siècles durant, on a creusé pour l’extraire et en tirer la chaux, indispensable matériau de construction, jusqu’à l’apparition du ciment. Aujourd’hui, des milliers de kilomètres de galeries souterraines en témoignent, dont les plus spectaculaires, chez nous, sont situées sous Gergovie.

Depuis l'époque mésopotamienne (5.000 avant notre ère) jusqu'au XIX e siècle, la chaux s'avérait essentielle à l'élaboration de tous les mortiers. Châteaux, maisons, simples murs…, la chaux était partout, sur toute la planète. On l'utilisait pour construire, mais également pour l'agriculture, pour rectifier l'acidité du sol et l'enrichir d'éléments nutritifs, et pour l'enfouissement des cadavres. Bref, jusqu'à l'apparition du ciment, les besoins en chaux sont restés énormes. Fort heureusement, la matière première, le calcaire, est très répandue. Ainsi, pour obtenir de la chaux, il suffisait de trouver du calcaire suffisamment pur, et de disposer de fours.

En France, en Europe, dans le monde, et a fortiori en Auvergne, on a ainsi fabriqué de la chaux à peu près partout où il y avait du calcaire. Dont la plaine de la Limagne. Joze, Saint-Saturnin, Chanturgue, Jussat, Aubière, Cournon, Ébreuil, Montluçon… et Romagnat, véritable capitale auvergnate de la chaux avec sa quinzaine de fours.

Ces derniers étaient installés là où se trouvait du calcaire de qualité pour limiter les transports. Comme sous le plateau de Gergovie où l'on découvrit une belle veine de chaux tendre de près de deux mètres d'épaisseur. Aussi, sur les quatre communes alentour, à Aubière, La Roche-Blanche, Jussat et Romagnat, il y avait une quinzaine de fours.

À Romagnat, on pense que les fours à chaux fonctionnaient déjà sous les Gaulois. Les besoins en matière de construction étant permanents, ils ont traversé les siècles en se modernisant, jusqu'à la cessation définitive de l'activité en 1970. Sous le plateau de Gergovie, des kilomètres de galeries ont ainsi été creusés, durant des siècles, en quadrillage, sur des dizaines d'hectares. Après la fermeture de ce réseau impressionnant de galeries, il est resté, un temps, un magnifique terrain de jeu pour ceux qui en connaissaient les accès. Puis les propriétaires les ont condamnés afin de pas voir engager leur responsabilité en cas d'accident.

Des accidents rares, mais toujours possibles. Si les mineurs de l'époque avaient pris soin de ménager des piliers, afin d'éviter les effondrements, cette sécurité n'était pas prévue pour durer des siècles. Et aujourd'hui, près de 50 ans après l'abandon des lieux, certains trous se forment de temps à autre sur le plateau, quand une galerie cède.

C'est d'ailleurs ce qu'on veut à tout prix éviter dans les zones urbanisées, comme à Clermont-Ferrand où des galeries ont été creusées sous le boulevard Pochet-Lagaye et l'avenue Léon-Blum. Des piliers de renfort ont été posés, il y a quelques années, afin d'éviter que ne disparaissent brutalement des habitations situées en surface.

Pour ceux qui seraient pris de passion pour ces labyrinthes en sous-sol, le mieux est de contacter le propriétaire des lieux, Bernard Quinsat. Il organise des visites privées des fours à chaux qui appartenaient à son grand-père et ont été exploités ensuite par sa mère et son oncle jusqu'à leur fermeture. « En ce qui concerne les galeries, il y a un vrai problème de sécurité. Normalement, les exploitations minières sont dynamitées lors de leur fermeture, et les entrées bouchées. À Romagnat, les galeries sont toujours là, mais la plupart des entrées ont été bouchées. Je ne désespère pas de pouvoir les faire visiter dans l'avenir, dans un but scientifique, mais le sujet reste compliqué ».

Arnaud Vernet
arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : un ancien village construit dans la roche

Publié le par REVEL Stephane

Restons modestes : les grottes de Jonas ne cherchent pas à rivaliser avec l’ancienne capitale nabatéenne. Mais comme Petra, voilà encore une ville sculptée dans la roche.

Comme souvent en Auvergne, tout commence avec un volcan, il y a quelques millions d'années. N'étant pas à un million d'années près, on renoncera à préciser, d'autant que personne n'y est parvenu pour l'instant, mais une chose est certaine : au cours de ce passé lointain, le volcan est entré en éruption dégageant alentour pas mal de scories. Heureusement, il n'y avait personne à l'époque et ces scories se sont peu à peu tassées pour former une matière aux propriétés intéressantes. Très longtemps après, les hommes se sont aperçus qu'on pouvait aisément la creuser.

Les premiers à saisir l'intérêt de la chose furent les Celtes qui creusèrent dans le tuf, vers 400 avant J.C., un lieu de culte sommaire.

Un manoir, une chapelle, une boulangerie...

C'est la religion qui remit au goût du jour le site : au X e siècle, alors que partout se développent des monastères, des moines s'installent sur le site, intéressés par les avantages que présente l'habitat troglodyte : une construction rapide, bon marché, solide, sans entretien, et surtout très sûre.

Une sécurité qui devint essentielle au XII e siècle, alors que la France et l'Auvergne étaient largement occupés par les Anglais, et que les bandits constituaient une menace permanente. Les hommes construisent alors un véritable village dans la roche comprenant un manoir, une chapelle, une boulangerie, des greniers, latrines, et de très nombreuses habitations. On estime qu'à son apogée, le "village" abritait 600 personnes.

Un village qui sera dirigé au XIII e siècle par le seigneur Dalmac de Jonas qui donnera son nom au site.

Vers l'abandon

Avec la fin de la guerre de Cent Ans, en 1453, la sécurité s'améliore considérablement dans le royaume et la vie dans les grottes, peu confortables, froides, sans eau et sujettes à la condensation ne seront plus occupées qu'à titre exceptionnel avant d'être abandonnées à partir du XVI e siècle. Pire, l'érosion va peu à peu les détruire avec notamment, en 1706, l'effondrement d'une partie de la falaise.

Quelques locaux, les plus élevés et protégés du vent, vont alors être transformés en pigeonniers tandis que l'essentiel du site est laissé à l'abandon.

Pire, les parois sont grattées pour y récupérer la chaux et amender les terres agricoles. Enfin, un certain vandalisme est à l'origine de la disparition de bien des parois.

Heureusement les grottes de Jonas sont aujourd'hui bien surveillées et proposent encore une soixantaine de salles parmi lesquelles la chapelle, véritable église romane avec ses voûtes et ses colonnes creusées dans le roc. Même si l'érosion en a arraché une partie, l'essentiel est toujours là, magnifique et unique.

Arnaud Vernet

arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la Terre : les mystérieuses caves clermontoises

Publié le par REVEL Stephane

On y a longtemps fait vieillir le vin, puis les fromages avant de déverser des gravats et de les oublier. Sous Clermont, un véritable patrimoine en péril… Mais comment le sauver ?

Sous Clermont… un gruyère ! La butte de Clermont, qui a aussi dissimulé cantal et autres saint-nectaire, a été creusée… depuis au moins 2.000 ans ! Constituée de cendres volcaniques éjectées par un volcan dont le cratère est posé sous la place de Jaude, cette butte a constitué pour les Clermontois un véritable terrain d'aventures… souterraines. Et si les Auvergnats sont paraît-il champions du secret et de la dissimulation, ils ont trouvé sous leur capitale de quoi nourrir leur travers : Clermont-Ferrand est sans doute la ville la plus creusée de France… sans qu'on puisse être guère plus précis, car chacun a creusé dans son coin.

Des Gaulois, jusqu'à la fin du Moyen Âge, quand la ville a commencé à sortir de ses murailles, on s'est essentiellement développé… par-dessous. Mais de cette cité souterraine, il n'existe aucun plan d'ensemble. Tout a été réalisé de manière privée : un habitant peut parfaitement ignorer la cave de son voisin et de tout ce monde des profondeurs, on ne connaît que ce qui remonte à la surface, ce qui se raconte dans la rue et qui reste d'une fiabilité douteuse.

Des messes noires et des enfants perdus ?

Un monde invisible qui a donné lieu à autant de légendes, mystères, histoires extraordinaires, voire surnaturelles : un réseau en étoile qui part de la cathédrale et rejoint, sous terre, les campagnes environnantes ; des messes noires sous la rue Ballainvilliers ; des caves à fromage qui descendent à sept étages sous terre ; des enfants perdus dans les souterrains et dont on n'a jamais plus entendu parler… tout est faux, mais tellement beau à raconter.

« La réalité est plus prosaïque », explique Jacqueline Bourdet, présidente de l'ACAVIC, l'association de passionnés qui depuis 20 ans explore et inventorie les sous-sols de Clermont. Un travail de titan : « Toutes ces caves sont privées, et ne sont pas reliées entre elles. Il faudrait pouvoir entrer dans toutes les maisons de la butte, et fouiller dessous. Mais qui peut faire ça ? Aujourd'hui, on en connaît quelques centaines, mais il en reste 800 ou 1.000 qu'on n'a jamais visitées. Certains propriétaires ne savent d'ailleurs même pas qu'ils habitent au-dessus de caves séculaires.

Pendant la dernière guerre, la municipalité en avait recensé une partie afin d'imaginer des abris en période de bombardements. Il y avait de quoi héberger… 20.000 personnes ! Un plan avait même été édité.

Destructrices fondations

Mais c'était… il y a 70 ans. Depuis, les choses ne se sont pas améliorées. Les constructions récentes sont une catastrophe pour les vieilles caves. On creuse, et on bétonne pour assurer de bonnes fondations. Les propriétaires ne sont pas non plus tous intéressés par leurs caves… qui servent parfois de déversoirs bien pratique pour les gravats et autres déchets.

Raison de plus pour ne pas vous lancer dans une aventure souterraine : « C'est extrêmement dangereux. Bois pourri, métal rouillé, tessons de verre, déchets… on a vite fait de faire une chute de 10 mètres ». D'autant qu'il n'y a là rien d'extraordinaire à découvrir… « à moins d'être un spécialiste ».

Aujourd'hui, la seule cave encore visitée… chaque jour par son propriétaire, est celle du fromager François Vazeille sous la rue Saint-Esprit. Une véritable fabrique de saint-nectaire crémeux made in Clermont. Un monde étonnant… et savoureux. Puisse-t-il durer longtemps encore !

Arnaud Vernet

arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : les secrets de l'ancienne mine de Dallet

Publié le par REVEL Stephane

Qui se souvient de la mine des Rois de Dallet ? Pendant un siècle, des mineurs creusaient là de larges galeries, à la recherche du bitume. Aujourd’hui on n’y rencontre plus que d’intrépides spéléologues venus réveiller le passé… à leurs risques et périls.

Il y a quelques années, à Pont-du-Château, tout près de Dallet, une maison a disparu, comme aspirée sous terre. Un phénomène dû à l'effondrement d'une galerie de la mine des Rois, exploitée un siècle durant à Dallet.

Un siècle durant, de 1884 à 1984, sur une surface de 8 hectares, la Société des mines d'asphalte et de bitume du Centre (Smac) a creusé là plus de 5 kilomètres de galeries de 4 mètres de large, pour en extraire du bitume dont elle fabriquait dans son usine de Pont-du-Château, des pavés à la fois souples et étanches, qui ont servi, entre autres, pour les trottoirs parisiens. Au total, 830.000 tonnes de calcaire bitumineux ont été extraites de la mine des Rois de Dallet, dont on a tiré 58.000 tonnes de bitume pur.

La Smac, un temps rebaptisée Smac Aciéroïd, puis redevenue Smac, existe encore aujourd'hui. Passée un temps sous le giron de Bouygues, puis en 1999 du groupe Colas, elle est aujourd'hui le leader français du revêtement et de l'étanchéité de qualité. Mais la mine des Rois de Dallet en revanche a définitivement fermé ses portes en 1984. Toutes les entrées ont été condamnées, par le procédé du foudroyage. Normalement, plus personne ne devrait pouvoir revenir à la mine.

Un spectacle dantesque

Pourtant ils sont encore quelques-uns à y retourner… comme en témoignent ces photos publiées sur la toile, et qui nous rappellent que le monde souterrain de Dallet est toujours là. De grosses machines abandonnées, qui rouillent inexorablement depuis 30 ans, des traces innombrables de la présence de l'homme, et le bitume qui continue de couler quand bien même son exploitation a cessé d'être rentable.

Dans la lumière des projecteurs, le calcaire jaune, zébré de filaments de bitume prend un aspect effrayant, comme s'il avait été le théâtre de milliers de crimes laissant la trace d'un sang noir qui continue à couler des parois. Plus loin, ce sont les strates marneuses, parallèles, quasi parfaites, qui dessinent sur les parois d'immenses traits noirs réguliers, comme tracés à la règle. Et puis voilà les machines, d'énormes pièces métalliques déformées par le temps et l'humidité, des rails tordus, de vieux engrenages qui n'entraînent plus rien… un spectacle dantesque avec ces ombres démesurées que les lampes font danser sur les murs. Le train, qui faisait la liaison entre la mine et l'usine de Pont-du-Château, a été abandonné à l'intérieur. Les wagonnets, encore alignés dans une galerie, continuent à y rouiller lentement dans un silence sépulcral.

Dangers

Compte tenu des dangers d'effondrement, toute visite est en effet interdite et à l'exception du petit rhinolophe, une espèce protégée de chauve-souris qui dispose encore de minuscules accès, plus personne ne parcourt ses somptueuses galeries.

Le bitume qui continue de couler semble pour sa part n'avoir plus comme objectif… que de recouvrir du voile de l'oubli une histoire qui n'intéresse plus personne.

Demain. La grotte du Sarcouy.

Arnaud VERNET

arnaud.vernet@centrefrance.com

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Voyage au centre de la terre : Quand Messeix abritait un millier de mineurs

Publié le par REVEL Stephane

La mine… à la campagne : c’est un paysage de mine inattendu qu’on découvre à Messeix qui a compté, à la grande époque, près d’un millier de mineurs. Du charbon, elle n’a plus aujourd’hui que le souvenir, consigné dans un musée.

«Il y a encore au moins 20 ans de charbon sous nos pieds ! Peut-être plus, mais bon, ça n'est paraît-il plus rentable ! ».

À Messeix, les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 800 mineurs en 1960, qui sortaient 185.000 tonnes de charbon : 140 en 1988 pour 20.000 tonnes !

Depuis cette date, c'en est donc fini du charbon à Messeix… et aussi un peu de la ville qui comptait à la grande époque 600 enfants, quatre écoles, une cinquantaine de cafés… aujourd'hui, il en reste un… et une boulangerie. En perdant son charbon, la ville a tout perdu. Mais pas sa mémoire aujourd'hui entretenue dans son musée de la mine.

À Messeix, dans un cadre bucolique qui n'a rien à voir avec les traditionnelles images du nord, le charbon, qu'on ramassait au début à flanc de montagne, a été clément avec la ville. Un charbon, d'excellente qualité, disposé en couches qui remontent à la surface, facilitant l'exploitation, mais surtout, ignorant le grisou totalement absent de la mine. Ainsi même si Messeix a eu ses martyrs, avec 60 morts entre 1881 et 1981, aucune catastrophe ne s'y est jamais produite.

Le musée raconte évidemment toute l'histoire de la mine, qui épouse celle du bassin auvergnat. Pour autant, le site de Messeix cultive ses spécificités, avec mille histoires toutes consignées dans les différenteLa mine… à la campagne : c’est un paysage de mine inattendu qu’on découvre à Messeix qui a compté, à la grande époque, près d’un millier de mineurs. Du charbon, elle n’a plus aujourd’hui que le souvenir, consigné dans un musée.

«Il y a encore au moins 20 ans de charbon sous nos pieds ! Peut-être plus, mais bon, ça n'est paraît-il plus rentable ! ».

À Messeix, les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 800 mineurs en 1960, qui sortaient 185.000 tonnes de charbon : 140 en 1988 pour 20.000 tonnes !

Depuis cette date, c'en est donc fini du charbon à Messeix… et aussi un peu de la ville qui comptait à la grande époque 600 enfants, quatre écoles, une cinquantaine de cafés… aujourd'hui, il en reste un… et une boulangerie. En perdant son charbon, la ville a tout perdu. Mais pas sa mémoire aujourd'hui entretenue dans son musée de la mine.

À Messeix, dans un cadre bucolique qui n'a rien à voir avec les traditionnelles images du nord, le charbon, qu'on ramassait au début à flanc de montagne, a été clément avec la ville. Un charbon, d'excellente qualité, disposé en couches qui remontent à la surface, facilitant l'exploitation, mais surtout, ignorant le grisou totalement absent de la mine. Ainsi même si Messeix a eu ses martyrs, avec 60 morts entre 1881 et 1981, aucune catastrophe ne s'y est jamais produite.

Le musée raconte évidemment toute l'histoire de la mine, qui épouse celle du bassin auvergnat. Pour autant, le site de Messeix cultive ses spécificités, avec mille histoires toutes consignées dans les différentes salles du musée.

Les chevaux de mine

La place ne permettrait évidemment pas ici de toutes les rapporter, mais celle des chevaux de mines nous a semblé assez remarquable : le cheval était en effet le meilleur ami de l'homme dans les mines. Ils y descendirent pour la première fois en 1821, non loin de l'Auvergne, à Firminy, avant d'être utilisés rapidement partout : au début du XX e siècle, on comptait une armée de plus 10.000 équidés qui connaissaient un sort assez peu enviable.

Les difficultés qu'il y avait pour descendre les chevaux dans les mines faisaient qu'en général, ils y restaient. On les descendait encore jeunes, (ce n'est qu'à partir de 1920 qu'on construisit des cages suffisamment grandes pour les descendre et les remonter aisément) alors qu'ils n'étaient pas encore trop gros, puis on leur accrochait huit à douze wagonnets de charbon qu'ils tiraient jusqu'à la mort ou presque.

Humanité

Mais à Messeix, dans la plus petite mine d'Auvergne, il faut croire que l'humanité était une valeur plus forte qu'ailleurs, à moins que la course au rendement n'y soit moins féroce. Le maréchal ferrant qui gérait les bêtes (qui n'étaient pas nombreuses) les remontait chaque dimanche pour leur permettre de voir le jour et de disposer un peu d'espace.

Une performance quand on imagine les problèmes techniques que représentait un tel voyage, surtout à Messeix où les cages ont toujours gardé des dimensions modestes.

C'est d'ailleurs une des seules mines où les chevaux voyaient le jour avec une telle régularité.

Arnaud Vernet
arnaud.vernet@centrefrance.com

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Sur les traces des mines de Buxières et Saint-Hilaire

Publié le par REVEL Stephane

Les communes de Buxières-les-Mines et de Saint-Hilaire ont longtemps été le berceau de surfaces minières. L’une d’entre elles a même connu le XXIe siècle.

Elles ont fait vivre des milliers de personnes pendant des années. Les mines de Buxières-les-mines et de Saint-Hilaire ont aujourd'hui disparu mais certains de leurs stigmates sont encore visibles dans le bocage bourbonnais, où la nature a repris ses droits.

Un record français avec vingt tonnes de charbon par heure et par ouvrier

Ils sont descendus jusqu'à 250 mètres de profondeur. Les mineurs de Buxières-les-mines et de Saint-Hilaire étaient des milliers à travailler pendant une époque d'or aujourd'hui révolue. C'est à partir de la seconde moitié du XIX e siècle, en pleine révolution industrielle et sous le Second empire, que les premiers puits apparaissent dans le bocage bourbonnais.

Dans les premiers temps, ce sont essentiellement les schistes bitumineux (roche racine du pétrole) que les hommes retirent des puits. Le charbon, ils s'en servent pour chauffer les appareils de distillation qui fournissent l'huile d'éclairage.

L'arrivée du pétrole depuis les États-Unis, à partir de 1910, fait s'écrouler l'exploitation du schiste bitumineux.

« Après 1914, l'exploitation de charbon est devenue la principale activité des mines. C'est un charbon dur, de moyenne qualité et pratiquement pas lavable. Heureusement pour les mineurs, le bassin d'Aumance est un espace où les conditions d'extraction sont favorables. C'est ainsi que pendant la Première Guerre mondiale, la production de charbon ne cesse de croître pour atteindre, en 1918, 172.000 tonnes. Après ce boom et malgré un sursaut dû à la crise en Angleterre, la production ira en décroissant jusqu'en 1939 », explique l'historien et géologue, Pierre Debriette.

Dans les années 1960, les mineurs du bassin d'Aumance décrochent un record français d'exploitation avec vingt tonnes de charbon par heure et par ouvrier. « Pour l'époque, c'était un chiffre démentiel. Personne n'a cru les mineurs pourtant grâce à l'évolution des techniques, notamment avec des engins motorisés, les mineurs ont pu accomplir des miracles ».

Une mine à ciel ouvert jusqu'en 2001

Les dernières heures minières du bassin d'Aumance ont été marquées par d'énormes phases de licenciements et par les fermetures des différentes mines de la région. Un coup de massue pour les "gueules noires".

« L'exploitation souterraine de Buxières-les-mines a pris fin entre juillet et août 1993. En suite, les hommes ont travaillé dans des mines à ciel ouvert et ce jusqu'en 2001. C'est alors la dernière mine de charbon du Massif central qui ferme ses portes », détaille Pierre Debriette.

Cette mine ouverte a été transformée, en 2007, en plan d'eau avec la participation de l'association "les gueules noires". L'étang communal de la Chassagne est entouré par des points d'informations parlant de l'ancienne zone minière.

Quand on se promène dans le village qui compte aujourd'hui moins de mille habitants, on aperçoit les logements construits pour les mineurs durant la seconde guerre mondiale. On distingue aussi l'ancienne maison du directeur de la mine de Saint-Hilaire qui a été la première maison de la commune à être électrifiée le 11 avril 1919. Les restes d'un âge légendaire.

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