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L’ADN de la mine laissé en héritage

Publié le par REVEL Stephane

Un parc-musée témoigne du travail des hommes à 700 mètres sous terre. Il est le dernier témoin d’une mine encore fumante dans la mémoire de la ville mais qui peu à peu s’efface du paysage : le puits Couriot parle sans nostalgie d’une odyssée qui a nourri des vies et donné son visage à Saint-Étienne?; beaucoup de son âme aussi.

Le catalogue « made in » Manufrance. L’épopée européenne des « Verts » de Rocheteau. La renommée jusqu’à Versailles de la manufacture d’armes. La vie au supermarché de la « France Casino ». Jusqu’à la capitale mondiale du design qu’elle est aujourd’hui, Saint-Étienne détient un formidable secret de fabrication pour produire des symboles nationaux.

Pourtant, aux contreforts de la révolution industrielle qui allait embraser le XIXe siècle, il eut été insensé de miser un kopeck sur la cité et ses 20.000 âmes. Certes, depuis Vulcain, la rumeur antique et mythique d’un « or noir », sommeillant au chaud de la terre forézienne, s’était propagée. Et au XIVe siècle, le filon fut authentifié par l’exploration d’étroits boyaux où se contorsionnaient quelques têtes brûlées.

Mais quand l’industrie trouva l’équation pour chauffer au charbon une population grelottante et faire avancer ses machines à vapeur, l’ancêtre des bassins houillers d’Europe fit feu de tout bois.

En 1855, 90.000 habitants colonisaient déjà les coteaux de la ville. La mine en quelques lustres avait forgé le destin stéphanois. Le premier chemin de fer de France venait de déposer ses rails au pied des wagonnets pour mener le charbon jusqu’aux bateaux de la Loire.

Cent cinquante ans et des poussières ont passé : le pétrole a eu la peau de la houille depuis belle lurette, la chlorophylle a noyé les vestiges et reverdi les terrils, l’eau a inondé les galeries. Le puits Couriot, fermé en 1973, fut le seul à échapper aux scellés… pour devenir musée. Son chevalement classé monument historique se dresse à l’ouest, flanqué de deux crassiers assoupis, dans cette « paume de la main qui tient Saint-Étienne en son creux ».

Un étrange mélange de poésie, de graisse et de sueur qui s’accroche aux semelles

Ce lieu singulier et spectaculaire témoigne du travail des hommes en évitant soigneusement de le sanctuariser. Aucune incantation – ni misérabilisme, ni populisme – n’entrave l’exploration libre d’un site qui tire sa magie de sa propre aventure. Les mineurs se seraient simplement absentés. Ils auraient laissé leur vie en l’état, abandonné leur bleu de travail et leur casque au fond des paniers de la « salle des pendus » (*).

Les lampes cabossées, les matricules rivés à la patère, les lavabos culottés par la crasse, les douches à perte de vue, et même les toilettes, laissées « dans leur jus » par le récent aménagement en « taille-douce », chaque fragment de cet étrange mélange de poésie, de graisse et de sueur s’accroche aux semelles quand il n’érafle pas le cœur.

Les salles des machines en imposent dans la confrontation avec le gigantisme de la mine : des engrenages, des câbles et des poulies comme aux Temps modernes de Chaplin. Cet arsenal apportait l’air comprimé aux mineurs, donnait du jus aux machines, assurait le transport souterrain et l’extraction du minerai.

Le « fond », un ascenseur y mène, procurant l’illusion d’une descente à 12 mètres par seconde. À 7 mètres sous la terre, suivant scrupuleusement les pas et les consignes du guide, le visiteur du XXIe siècle se prend de vertige à imaginer les « Gueules noires » travaillant 700 mètres plus bas.

Au « jour », dans les anciennes chaufferies, on n’a pas cherché à remplacer le carreau manquant. Ce lieu hospitalier, tout en chêne bruni, offre un espace muséographique moderne d’une grande charge émotionnelle où les plans-reliefs – l’un datant de l’Exposition universelle de 1889 – les maquettes, les sculptures, les affiches et les cartels résistent à la tentation du numérique, des tablettes tactiles et du QR code.

(*) Dans les cénacles de l’art contemporain, on raffole de cette « galerie » et la Biennale internationale du design y bâtira un nid au prochain printemps.

MINEUR :

Jean Meyer est né en 1925 à Saint-Étienne. À 15 ans, il était à la mine. Il en gravira tous les échelons.« C’est une affaire de famille. Mon grand-père, mon père, mon frère, tous mineurs?! » Jean, ainsi, passe les plus belles heures de son adolescence plusieurs centaines de mètres sous terre, d’abord à accrocher des wagonnets, puis à abattre du charbon au piqueur. « J’ai aimé la mine. Mes grands-parents encore plus que moi, je crois. » On ne devait pas être loin alors de Germinal, publié en 1885. « Le roman de Zola comme le film de Claude Berri, je trouve que c’est exagéré. Nous n’étions ni des martyrs ni des héros. »

Solidarité du « fond »

Le métier était dur, le risque, permanent, et pourtant… justement : « On trouvait une solidarité “au fond”, une amitié, un attachement qui n’existaient pas ailleurs. C’est le danger qui l’imposait. Quand on dépend des autres, que la négligence de l’un peut vous tuer tous, il n’y a plus ni couleur, ni religion, ni querelle politique. » Il pourrait énumérer tous les accidents. Mais en retient deux qui l’ont durablement frappé : « 53 morts dans une mine voisine, en 1950. Sur les lieux, on a retrouvé un briquet… En 1968, un de mes gars a été aspiré par le puits. On est allé chercher ses morceaux 700 mètres plus bas. »

À cette époque, Jean Meyer est chef d’exploitation. « J’avais réussi l’école d’ingénieur des Mines, en 1949 » – il abattait du charbon le matin et étudiait l’après-midi. À Couriot puis à Pigeot, le dernier puits de la Loire, le mineur stéphanois, revenu au pays après une carrière en Lorraine, a préparé « la conversion ».

« Il n’y a pas eu de licenciements dans les mines. On avait anticipé les fermetures des années 1970 et 1980. On n’embauchait plus depuis 1963. Quand ils ne sont pas partis à la retraite, pour beaucoup, tous pratiquement ont retrouvé un emploi, mutés en Lorraine ou en Provence. »

« Bien sûr qu’on ressent un drôle de pincement au cœur, le dernier jour?! Mais bon, on se dit que si Saint-Étienne s’est développé, c’est grâce au charbon. Ce fut la plus grosse industrie du bassin. Elle a donné de l’emploi au pays, la métallurgie s’est greffée dessus, Casino est venu nourrir les gens et le football leur offrir du loisir. » Maintenant, il reste ce Parc-Musée de la mine, qu’il a beaucoup soutenu : « 55.000 visiteurs par an, c’est autant que le musée d’Art moderne », dit-il, fièrement.

Nathalie Van Praagh

nathalie.vanpraagh@centrefrance.com

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Lewarde : avec «Mine et mineurs», le livre numérique fait son entrée au CHM

Publié le par REVEL Stephane

Si tu ne vas pas au Centre historique minier de Lewarde, le CHM viendra à toi ! En collaboration avec Nord Compo, et avec l’appui de Pictanovo, il vient en effet d’éditer le premier livre numérique sur la mine. Et espère ainsi attirer vers lui un public encore plus large, grâce à l’usage des fameuses tablettes.

« On a déshabillé le livre. On a gardé du contenu, on en a retiré. Et de cette page blanche, on est arrivé à ça. » a expliqué mardi matin, Arnaud Lecompte, responsable du développement numérique chez Nord Compo, lors du lancement de l’ouvrage numérisé Mines et mineurs, au CHM de Lewarde.

Le projet aura mis deux ans à aboutir. Une synthèse de 270 ans d’histoire technique et humaine de la mine en Nord – Pas-de-Calais.

Et pour Jeanine Marquaille, présidente du musée, « C’est un moment important dans la vie du CHM. Car les techniques numériques ont pris une grande place dans notre quotidien. » Elle espére également que ce livre sera « Le vecteur d’une expansion de nos visites, car il est destiné à la jeunesse. »

Pour ce faire, le musée a donc fait appel à des professionnels. En l’occurrence ceux de Nord Compo, afin de mener à bien ce projet de quelque 80 000 euros, financé à parts égales par les deux partenaires, et qui a obtenu une aide de 20 000 euros de la part de PictaNovo (ex CRRAV, le Centre régional de ressources audiovisuelles).

Comme le signale Karine Sprimont, coresponsable de l’opération, il n’y avait pas d’encyclopédie sur les recherches menées ici, et certaines publications sur la mine sont aujourd’hui épuisées. D’où l’importance de ce travail d’édition et de compilation de documents. Avis partagé par Robert De Meulemeester, président de Nord Compo, pour qui cet ouvrage va permettre, grâce à la tablette ou aux smartphones, de partager ce patrimoine, ce « trésor » avec un plus large public.

Christophe Chailloux, de PictaNovo, a lui évoqué un projet « transmédias ». Et Arnaud Lecompte, une « expérience innovante de lecture. »

Virginie Debrabant, responsable des archives du CHM, et Sébastien Seigniez (de Nord Compo), a effectué une démonstration (voir également ci-dessous) des fonctionnalités proposées, détaillant au passage le contenu de l’ouvrage.

Répondant ensuite aux questions de la salle, les intervenants ont indiqué que l’ouvrage était d’ores et déjà disponible au téléchargement, au prix unitaire de 14,90euros. Et que ce n’était pas un produit fermé. Il est évolutif. S’il n’est pas, pour l’instant, doté d’un moteur de recherche, rien n’empêche de l’envisager pour plus tard. Pas question, par contre, d’y faire soi-même des ajouts, comme on annoterait un ouvrage papier. La technique n’est, semble-t-il, pas encore au point. Par contre l’éditeur aura, lui, la possibilité de l’améliorer. Et les acheteurs, par téléchargement, pourront bénéficier de ces ajouts.

Pas une copie conforme du livre

Comme ont pu le démontrer Virginie Debrabant (responsable des archives du CHM) et Sébastien Seigniez (de Nord Compo), ce livre numérique n’est pas, comme d’autres, une copie conforme du modèle papier.

Contrairement à ce qui a pu exister, ou existe encore ailleurs, pour nombre d’ouvrages, ici, tout le contenu a été trié, remis en ordre afin de le rendre le plus accessible possible.

Cela donne des pages où la partie gauche est consacrée au sommaire et à la chronologie, la droite aux illustrations et le centre à un texte déroulant.

Tout en sachant que l’on peut aussi ne pas suivre l’intégralité du menu, mais passer directement au chapitre qui vous intéresse.

Ils sont au nombre de six. Il y est notamment question, avec là des sous-chapitres, des 20 ans qu’aura duré ici l’exploitation charbonnière. On y parle aussi des mineurs « hommes, femmes, enfants patrons et même animaux ! Car les chevaux avaient eux aussi, un livret de mineur ». Et bien sûr de la façon dont s’est formé le charbon, du patrimoine classé par l’UNESCO, et des activités du Centre historique minier de Lewarde.

Des livres que l’on va même pouvoir offrir ! En cette période où les fêtes de fin d’années approchent à grands pas, voici une intéressante idée de cadeau.

Et puis, grâce à ce livre, le Centre historique minier de Lewarde espère aussi continuer à valoriser l’impressionnant patrimoine historique qui est conservé ici : plusieurs kilomètres d’archives, qui ont encore bien des informations à livrer, et quelque 15 000 objets répertoriés.

« Mine et mineurs », téléchargeable sur l’App Store (I OS) au prix de 14,90 €.

Publié le 04/12/2014

J.-F. GUYBERT

La Voix Du Nord

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Saint-Etienne : des nouveaux espaces d’exposition au musée de la Mine

Publié le par REVEL Stephane

Patrimoine. Les collections qui dormaient dans les réserves du musée seront exposées dans 1 000 m² entièrement restaurés. Ils ouvrent au public mercredi soir.

Mercredi, ce sont 1 000 nouveaux mètres carrés d’exposition qui seront inaugurés au musée de la Mine. 1 000 m² de deux bâtiments du site, les anciennes chaufferie et lampisterie, auparavant fermés au public. Et, cette fois, les deux bâtiments n’ont pas été uniquement restaurés à l’identique. Ils ont été aménagés selon une muséographie réfléchie et moderne.

Dans l’ancienne chaufferie, une succession de grandes boîtes en bois a été construite, posées à même le sol. Les visiteurs les traverseront une à une, dans une ambiance qui rappelle celle de la mine grâce à des revêtements de bois foncé, et un éclairage très subtil apporté par des vitrines rétro-éclairées. Là, sur plus de 600 m², s’étendent « Six siècles d’aventure minière », racontant l’aventure houillère et ses liens avec le développement du territoire stéphanois, résumé sur un mur audiovisuel animé de 20 m de long. Avec une pièce majeure : un plan-relief du bassin de plus de 10 m2 présenté à l’Exposition universelle de 1889 à la tour Eiffel.

Dans un plus petit espace se concentre « La Grande Aventure de Couriot » sur le développement du puits stéphanois, avec notamment un théâtre animé. Enfin, dans l’ancienne première lampisterie, c’est « La Figure du mineur » qui est mise en avant. Et notamment sa transformation progressive, du mineur du Germinal de Zola, qui travaille dans des conditions exécrables, à celui devenu, soixante ans plus tard, « le premier ouvrier de France » et la grande figure du monde du travail.

Ces nouveaux espaces seront inaugurés la veille de la Sainte-Barbe (patronne des mineurs), mercredi soir. Puis le musée sera ouvert à tous gratuitement jusqu’au dimanche 7 décembre. Et, samedi soir, le site sera le théâtre de la grande fête populaire organisée chaque année par la Ville de Saint-Etienne.

> Parc-musée de la Mine, 3 bd Franchet-d’Espérey, 42 000 Saint-Etienne. Tel. 04 77 43 83 23.

Mercredi 3 décembre

Soirée inaugurale de 20 h 30 à 22 h 30. Entrée libre. Les 3 000 premiers visiteurs se verront remettre un jeton de la mine, comme celui que possédait chaque mineur.

Du 4 au 7 décembre

Visites sur mesure des nouveaux espaces d’exposition les matins, visites libres les après-midi, avec la présence des guides et médiateurs du musée (la galerie de mine sera de ce fait fermée). Durant quatre jours, se dérouleront des petits concerts, et la Guinguette d’hiver proposera boissons chaudes et petite restauration.

Samedi 6 décembre

Défilé de la Sainte-Barbe avec rassemblement place Jean-Jaurès à 18 h 30, départ en fanfare du cortège vers le puits Couriot à 19 heures, feu d’artifice et illumination du chevalement à 19 h 30, et brioches et vin blanc dans le parc à 20 heures.

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