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Histoire. Il y a 120 ans, les mineurs cantaliens se sont mis en grève

Publié le par REVEL Stephane

Dans le sillage des mineurs de Decazeville qui dénonçaient, en 1886, l’inégale distribution du produit national alors que les crédits des exploitants explosaient et que les salaires stagnaient, le mouvement allait toucher de nouveaux bassins miniers. À Champagnac-les-Mines, où l’exploitation minière se situait dans l’étroit peloton des entreprises françaises de plus de 500 salariés, la grève s’étendra de la mi-mai à la mi-août 1895. Le plus long conflit social de l’histoire cantalienne.

L'ancienne Haute-Auvergne portait le nom de son volcan depuis cent ans lorsque le Cantal se réveilla. Des grondements sourds en provenance des galeries souterraines résonnent dans le bassin minier de Champagnac.

Depuis l'arrivée du chemin de fer en 1882, avec l'ouverture de la ligne Eygurande-Bort-les-Orgues-Largnac, l'activité de la contrée contraste dans le paysage d'un département demeuré profondément rural. L'exploitation houillère étendue sur plus de 700 hectares, comprend 4 puits, 5.715 m de galeries, 9 machines à vapeur, 5 chevaux à l'intérieur et 8 chevaux à l'extérieur.

La formule du bonheur

Au seuil de « La Belle Époque », alors que des conflits sociaux éclatent un peu partout en France, l'effervescence des « gueules noires » de Champagnac est imminente. Le Cantal où, paradoxalement, le fait syndical s'était à peine dessiné, va connaître le plus long conflit social de toute son histoire. La grève, entourée par un mouvement de solidarité d'une ampleur exceptionnelle salué par Jean Jaurès à la une de La Dépêche de Toulouse aura même un écho national.

« De toutes parts, on se rue à la conquête de la formule du bonheur, alors que les questions sociales n'ont jamais été autant en vogue », écrit Alphonse Aymar. L'auteur aurait bien dévolu aux mineurs un rôle beaucoup plus méritoire que de se lancer dans l'aventure de la grève en déchaînant les passions.

« Une bande de misérables sans entrailles et sans foi »

Le gestionnaire du bureau de bienfaisance de la commune, M. de Lhermite, concevait également que les mineurs se résignent facilement au besoin du pain de chaque jour, malgré la souffrance ou la mort. C'est ainsi que depuis son château qui dominait les puits des mines, il admirait les prolétaires aux sentiments généreux : « Il y a encore du ressort dans ces populations, alors qu'elles sont poussées à la révolte par une bande de misérables sans entrailles et sans foi ».

L'essor du syndicat

À l'opposé, le journal Le Progrès du Cantal imaginait quel aurait été l'étonnement des législateurs de 1789 qui avaient rédigé la déclaration des Droits de l'Homme, si on leur avait dit que, cent ans après sous une République, les Droits de l'Homme seraient à ce point bafoués.

À la fin de l'année 1894 Michel Rondet, secrétaire général de la Fédération des mineurs de France, vient animer une conférence sur la place du marché de Champagnac en présence de 400 mineurs. Plus de la moitié d'entre eux s'inscrivent à l'organisation syndicale. Les élections prochaines des membres de la caisse de secours et de retraite vont constituer un premier test. La liste syndicale obtient une écrasante majorité.

« Le prolétariat du Cantal a l’œil sur nous »

Le syndicat prend vite de l'importance. Les rares partisans du patronat sont furieux. Un groupe d'ouvriers dénonce leur attitude dans la presse locale. Ils traitent de « bande noire » tous ceux qui en font partie.

« Comme s'il y avait une quelconque honte à être noir quand on sort de la mine !, rétorquent les mineurs. N'est-ce pas notre noblesse à nous mineurs, de travailler pour extraire du sol le précieux produit qui devrait nous procurer l'aisance ? S'ils espèrent par là arrêter l'essor du syndicat, ils se trompent, car nous avons décidé d'aller jusqu'au bout ». La décision d'un grand mouvement mûrissait dans les têtes…

Peu avant le 1er mai, au nom de la Chambre syndicale, Cinier lance un appel dans le journal de la Fédération nationale des mineurs pour que le travail soit interrompu aux mines de Champagnac le jour de la Fête internationale du prolétariat. Une première dans le département depuis le premier 1er mai, en 1890. Ce jour-là, L'Avenir du Cantal s'était insurgé contre la revendication des trois-huit, persuadé que « les ouvriers ruraux, honnêtes et intelligents, se moquaient des utopistes ». Les ouvriers cantaliens, dispersés et inorganisés, ne manifestèrent pas. Et le rédacteur de L'Avenir du Cantal est persuadé que cette journée ne laissera aucune trace dans l'histoire.

Circulaire confidentielle

Le 1er mai 1895 annonce une mobilisation exceptionnelle sous l'impulsion du délégué mineur. Le commissaire spécial d'Aurillac relate l'appel paru dans le Rappel social sous le pseudonyme Vindex, que la chambre syndicale fait placarder. Le travail est interrompu le 1 er mai à Champagnac. Une grande réunion est organisée au local habituel, scierie Bonnard et un discours prononcé à propos de la Fête des travailleurs, pour réclamer la journée de 8 heures et la paix universelle. Un cortège se forme pour se rendre au village où une manifestation parcourt les rues.

« Les manifestations devront être dispersées ou réprimées »

« Les travailleurs célébreront dignement la fête internationale du prolétariat », conclut le délégué mineur dans le journal. L'appel de la Chambre syndicale pour que les mineurs s'unissent aux prolétaires du monde entier se veut exemplaire : « Que personne ne manque au rendez-vous en faveur de l'émancipation ouvrière. Le prolétariat du Cantal à l''il sur nous, songeons que nous sommes l'avant-garde du parti socialiste et que rang oblige… »

Le sous-préfet de Mauriac s'adresse au préfet du Cantal, précisant que les ouvriers envisagent de travailler le dimanche suivant à titre de compensation. Une circulaire confidentielle du 24 avril du ministère de l'Intérieur invite le préfet à ne tolérer sous aucun prétexte les manifestations du 1 er mai. « Elles seront rigoureusement interdites, qu'il s'agisse de rassemblements dans la rue ou de marches professionnelles, et devront être dispersées ou réprimées ».

Ce jour-là, à 4 heures du matin, un ruban rouge orné de deux mains entrelacées à la boutonnière, faisant fi de l'interdiction de manifester, les mineurs se réunissent dans les prés et les chemins donnant accès aux galeries avant de former le cortège. Si le lendemain, ils n'ont pas eu à « recourir au drapeau de la grève », et bien que la direction de la mine n'ait pas mis ses menaces à exécution, chacun savait qu'un mouvement important allait se produire.

Serges Mazières

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La Route du feu valorise le patrimoine industriel

Publié le par REVEL Stephane

La Route du feu SaarMoselle fédère dix sites dédiés au patrimoine industriel. Elle valorise autant les cristalleries ou faïenceries que l’industrie lourde du charbon ou de la sidérurgie.

Il n’y a pas que la route des vins pour booster le tourisme en Moselle. C’est ce qu’a bien compris le SaarMoselle Eurodistrict, qui vient d’initier une Route du feu pour développer le tourisme industriel.

« Il s’agit de dix sites qui ont beaucoup marqué notre région de part et d’autre de la frontière. Nous les avons placés sous un même toit de feu ! Dans le charbon comme dans la sidérurgie, on utilise l’énergie thermique. Le lien est créé entre tous ces sites. »

Peter Gillo est le président de SaarMoselle Eurodistrict, cette entité créée en 2010, à cheval sur la frontière en Moselle-Est, pour promouvoir des actions transfrontalières, telles la ligne de bus Moselle-Saar/Saint-Avold/Sarrebruck, ou des événements festifs comme la fête transfrontalière du vélo, etc.

Depuis près de trois ans, celle-ci planchait sur une réalisation concrète autour de la thématique du tourisme industriel. Elle vient d’aboutir au lancement, le week-end dernier, de la Route du feu qui chemine entre dix sites dédiés au patrimoine industriel très riche dans ce coin de Moselle et dans la Sarre voisine. L’événement a choisi pour cadre le musée de la mine de-Wendel à Petite-Rosselle où a été inaugurée dans le même temps l’exposition Le charbon à l’origine de l’Europe ?

Dans la grande halle du lavoir Wendel ont été exposées d’imposantes affiches des sites. Accompagnée en musique par la fanfare Baltus Le Lorrain, la manifestation a permis, en outre, au consul de France à Sarrebruck Frédéric Joureau de saluer l’initiative qui permet aux Sarrois de mieux connaître les sites des voisins mosellans et vice-versa.

« Chacun des sites doit profiter des autres pour attirer plus de monde », explique Gérard Bruck, le directeur du musée de la mine. « Ces sites incarnent certes le passé mais ils ont un énorme potentiel touristique », ajoute Peter Gillo. De fait, le visiteur n’aura que l’embarras du choix. A Mettlach en Sarre, chez Villeroy et Boch, il se familiarisera avec l’art de la céramique. Il poursuivra sa route vers Völklingen et l’imposant site sidérurgique de Röchling, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Il finira côté sarrois par le musée du verre et de l’histoire locale du Warndt à Ludweiler avant de passer la frontière vers Petite-Rosselle et le musée de la mine De-Wendel. Il quittera le Bassin houiller pour découvrir le musée de la faïence de Sarreguemines, celui des techniques faïencières au moulin de la Blies, avant de pousser vers le Pays de Bitche sur les routes de l’art verrier à Meisenthal, du cristal à Saint-Louis-lès-Bitche et glissera vers le Bas-Rhin au musée Lalique à Wingen-sur-Moder. Il pourra ensuite revenir par l’autoroute A 4 et découvrir à Smartville les secrets de la fabrication de la Smart. La boucle est bouclée.

« Alors qu’aujourd’hui, chacun de ces sites fonctionne un peu en solo, indépendamment des autres, le voici intégré dans un réseau, un maillage de sites touristiques industriels. Et ça fait toute la différence », assure Peter Gillo. Pour tisser ce lien, du matériel a été mis en œuvre : affiches, calicots invitant à poursuivre son chemin vers les autres références de cette Route du feu. Une brochure est particulièrement destinée aux excursionnistes. Le site internet créé autour de cette route permettra en outre aux visiteurs de dénicher les événements et animations programmés dans les musées. « Il nous reste à compléter cette offre par une proposition en termes d’hébergement et de restauration. On ne pourra découvrir ces sites d’un seul trait. Mais sur un week-end, il sera possible d’en visiter deux ou trois. A terme, on peut envisager de créer un pass de la Route du feu avec des offres privilégiées », prévoit Lukas Köppen, l’un des porte-parole du SaarMoselle Eurodistrict.

En attendant rendez-vous le 23 mai au musée de la mine de-Wendel pour le lancement de Cabanes avec la Cie Carabosse.

Le 05/05/2015 Le Republicain Lorrain

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Un plateau qui a le vent en poupe !

Publié le par REVEL Stephane

Le plateau d’Ally est fin prêt pour sa saison touristique. Pour l’occasion, le moulin de Pargeat s’est même doté de nouvelles ailes !

Le vent a l'habitude de souffler sur le plateau d'Ally. Ce qui peut être un désagrément pour certains devient un avantage pour d'autres. Comme l'association Action Ally 2000. En effet, les cinq moulins sauvegardés et restaurés font la fierté de l'association et de son unique salarié, Sébastien Bénistant. Il se réjouit du patrimoine qu'offre le plateau et il n'est pas le seul : les nombreux moulins et la mine rassemblent chaque année entre 12.000 et 15.000 visiteurs.

Le village d'Ally bénéficie d'un patrimoine qui retrace son histoire durant les XIX e et XX e siècles. La plupart des moulins répartis ici et là sur le plateau ont cessé de tourner durant le XX e siècle, notamment en raison de l'exode rural. Le dernier moulin à avoir fonctionné était celui de la Maison Blanche, en 1956. Restauré en 2009 et devenu le « Moulin à paroles », il est pourvu d'enceintes et de détecteurs qui entraînent les visiteurs dans son histoire. Des bruits de vent ou des sons de la nature se font entendre… D'ailleurs, d'ici cet été, Sébastien Bénistant souhaite actualiser ces histoires contées par ce drôle de moulin.

Quatre autres moulins ont également été restaurés : ceux de Montrome et de la Meunière (aménagés en gîtes depuis le début des années 2000), du Calvaire, avec sa grande baie vitrée offrant une vue panoramique sur le plateau, « à 80 km à la ronde » et de Pargeat.

Sébastien propose des visites guidées à l'intérieur de ce dernier. Des visites qui replongent le visiteur dans la vie des meuniers et permettent de découvrir leur travail, mais aussi le fonctionnement du mécanisme, très ingénieux, du moulin… Un vrai retour dans le passé à travers les anecdotes et les connaissances passionnantes de Sébastien, lui-même passionné. Le visiteur pourra même apprendre l'origine de l'expression « entrer comme dans un moulin » ! « Nos visites durent quarante-cinq minutes. Quand on dit ça aux visiteurs, ils regardent le moulin et se demandent ce qu'ils vont faire pendant trois quarts d'heure dans un petit moulin comme celui-ci… Et en sortant, ils regardent leurs montres et se disent qu'en effet, il faut bien tout ce temps ! » sourit l'animateur. Ce moulin a connu quelques restaurations : une première en 1974, puis une deuxième en 2003 et, enfin, une troisième, il y a quelques jours, qui a permis de changer ses ailes.

Comme le vent est l'une des principales ressources du plateau d'Ally, l'activité chars à voile connaît un succès croissant. L'association en loue quatre. « Le plus marrant, c'est quand il faut tourner avec, car on risque de se casser la figure ! » sourit Sébastien. Une activité ludique qui amuse les petits comme les grands. Enfin, pour pouvoir repartir avec un souvenir d'Ally, des ateliers « Show de vent », destinés à fabriquer des cerfs-volants sont également organisés.

Le vent peut aussi mener les visiteurs vers le parc éolien d'Ally-Merc'ur, qui comprend pas moins de vingt-six machines et permet d'apprendre et d'échanger sur les énergies renouvelables « S'il n'y avait pas eu de moulins avant, il n'y aurait pas d'éoliennes aujourd'hui. C'est une suite logique » explique Sébastien.

L'association propose également de s'enfoncer sous terre pour une visite des anciennes mines d'antimoine de La Rodde (lire par ailleurs), restaurée à la fin du XX e siècle.

Visites. Les moulins d'Ally et la mine de La Rodde sont ouverts aux visites depuis ce vendredi. Renseignements sur www.ally43.fr

Allison Aubry
brioude@centrefrance.com

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Dans le Maine-et-Loire, le retour de la ruée vers l'or

Publié le par REVEL Stephane

Une société privée a obtenu un permis pour rechercher de l'or autour de Saint-Pierre-Montlimart, un village des Mauges, où le précieux métal a été exploité de 1905 à 1952.

Ils sont trois, en gilet rouge, dans un champ de fleurs de lin. Le premier, GPS en main, plante un petit repère en plastique orange tous les 10 mètres, sur deux lignes de 150 mètres de long. Armé d'une foreuse à essence, le deuxième creuse consciencieusement un trou de 60 cm de profondeur et de 8 cm de diamètre sous chaque repère. Le troisième prélève, dans chaque trou, un échantillon de terre qu'il glisse dans un sac plastique étiqueté. Couleur, composition, métaux... Chaque prélèvement est décrit avec soin dans un petit carnet.

Intriguées, les vaches de la Rouillère observent attentivement ces coups d'épingle dans le sol de ce pré qui surplombe le village de Saint-Pierre-Montlimart (Maine-et-Loire), coincé entre Angers, Nantes et Cholet. "Là, on cherche à récupérer l'horizon B. Cela correspond au début de la décomposition des roches du dessous", explique Jérôme Gouin, 33 ans, en essuyant la sueur qui perle sur son front, en cette chaude matinée d'avril. Derrière ce jargon mystérieux et ce travail de fourmi se cache un métier légendaire : Jérôme Gouin, Guillaume Raoult et Maxime Picault sont des chercheurs d'or ! Géologues, ils sont employés par la filiale française de la société minière australienne Variscan.

"On sait qu'il reste potentiellement quelque chose"

S'ils sont ici, c'est grâce à Arnaud Montebourg. En février 2014, le ministre du Redressement productif a accordé un permis exclusif de recherche minier à leur entreprise, sur une zone qui regroupe 33 communes autour de Saint-Pierre-Montlimart. Valable cinq ans, ce permis "or et argent" est le second accordé en France métropolitaine depuis vingt ans. Il n'autorise pas Variscan à ouvrir une mine, mais simplement à évaluer les ressources minières du sous-sol. "C’est un peu comme un diagnostic de médecin avant une opération", compare Michel Bonnemaison, le directeur général de la société. Un éventuel permis d'exploitation ne sera accordé que dans un second temps.

Ce n'est pas un hasard si cette société, fondée à Orléans (Loiret) par d'anciens du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), a choisi ce petit village de 3 400 habitants. Dans ce coin des Mauges, on creuse le sol à la recherche de l'or depuis l'époque gallo-romaine, en 205 après Jésus-Christ ! De 1905 à 1952, la société des mines de la Bellière y a même extrait 10,4 tonnes de métal précieux, avant de faire faillite. "Ici comme pour les autres permis obtenus en France [Merléac dans les Côtes d'Armor, et Tennie dans la Sarthe], nous nous sommes concentrés sur d'anciens gisements pour minimiser les risques d'échec, justifie Jérôme Gouin. On sait qu’il reste potentiellement quelque chose. Notre travail est d’évaluer si cela peut aboutir à une mine."

De premiers résultats "intéressants"

A l'œuvre depuis mai 2014, l'équipe de Variscan reste discrète sur le fruit de ses recherches. "Les premiers résultats sont intéressants, mais ils demandent à être confirmés", élude Jérôme Gouin. Le rapport d'activité 2014 constate en effet "la présence de grains d'or visibles" dans les quartz prélevés à Saint-Pierre-Montlimart. De premiers sondages carottés, à plusieurs centaines de mètres de profondeur, sont prévus cet été pour affiner ces premières observations.

En attendant, l'entreprise fait tout pour mettre la population locale de son côté. Tous les propriétaires sont prévenus avant les prélèvements, et les trous sont rebouchés avec soin pour éviter que les vaches ne se cassent une patte. Sans doute échaudée par ses difficultés dans la Sarthe, où les habitants refusent toute exploration, Variscan s'est offert les services du Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE) Loire Anjou. Chargé d'organiser le débat pour 3 000 euros par an, cette association, dont le budget annuel est de 800 000 euros, a encadré plusieurs rencontres avec les élus, et deux réunions publiques. La première s'est tenue en septembre 2013, avant même l'obtention du permis. "Ils ont le droit d'y aller comme des bourrins, mais ils ne veulent pas", résume Olivier Gabory, 49 ans, responsable du CPIE.

"J'espère que vous allez enrichir le pays"

Pour le moment, cette stratégie fonctionne. Le seul opposant présent à la première réunion publique vient d'une commune qui n'est pas concernée par le permis. La centaine d'emplois maximum évoquée par Variscan séduit les élus. Les habitants du coin, eux, sont partagés entre indifférence et enthousiasme. "Ce projet m'indiffère", avoue Jean-Marc, l'agriculteur propriétaire du champ où travaillent les géologues de Variscan. "Si je suis exproprié, tant pis, que voulez-vous y faire ?" glisse-t-il, avant d'inviter les "cosmonautes" de Variscan à prendre l'apéro. Autour d'un verre de rouge, Gérard, son voisin, encourage les trois géologues. "J'espère que vous allez enrichir le pays, lance cet ancien foreur-artificier. Les berlingots d'or que vous allez sortir, ça nous rapportera toujours plus que l'agriculture."

Aux premières loges de la mésaventure sarthoise, Maxime Picault estime que le passé minier du village explique en partie ce bon accueil. "Ici, la seule mine qu'ils ont vue dans leur vie, ce n'était pas dans un James Bond !" sourit le jeune homme de 26 ans. "La mine nous a profondément marqués localement, reconnaît le maire, Serge Piou. C'était le début de l'industrialisation de Saint-Pierre". "La population a une vraie envie que l’histoire de l’or se poursuive", assure Olivier Gabory.

Orpaillage et souvenirs

S'il ne reste plus grand-chose de la mine de la Bellière, dont le site est occupé par le fabricant de chaussures Eram, le passé minier est bien présent. Il y a ces aurières gallo-romaines, qui creusent de grands fossés dans le paysage. Ce restaurant, Le Mine d'or, au 2 rue des Mines d'or. Ou encore ce bois, inconstructible à cause des galeries, et qui coupe le bourg en deux.

Mais l'histoire minière de Saint-Pierre-Montlimart reste surtout ancrée dans les mémoires. Né en 1931, Joseph Brevet a écrit un livre, Une mine d'or en Anjou, paru en 2003. Cet historien amateur garde un souvenir précis "des vieux mineurs assis sur leur banc devant le pas de leur porte", qui "toussaient et crachaient à cause de la silicose". Il se souvient aussi du "bruit des pilons broyeurs, qu'on entendait jusqu'à dix kilomètres à la ronde", de la "poussière d'un tas de sables extraits de la mine qu'on appelait le Mont blanc", et des 30 cafés installés dans la rue du Petit-Montrevault pour étancher la soif des mineurs venus d'un peu partout en Europe.

A Saint-Pierre-Montlimart, l'or n'appartient pas seulement au passé. Raphaël Rethoré, 73 ans, professeur de biologie à la retraite, est l'un des orpailleurs amateurs du village. Armé d'un tamis et d'une batée, il pratique de temps en temps l'orpaillage dans les cours d'eau de la commune. "On ramasse la terre au fond avec la pelle, on la passe au tamis, et ensuite, avec un mouvement rotatif, on procède à la séparation. S'il y a de l'or, il reste au fond, explique-t-il, les deux pieds dans le ruisseau. Cette technique n'a pas changé depuis le temps de la ruée vers l'or aux Etats-Unis !" Ses sorties ne sont pas toujours couronnées de succès, mais il nous assure, photo à l'appui, que l'un de ses amis a trouvé, une fois, une pépite d'un demi-centimètre.

Des inquiétudes pour l'environnement

Il subsiste malgré tout quelques réticences. Très intéressé par les résultats de la phase d'exploration, Raphaël Rethoré doute cependant du modèle de mine propre, entièrement souterraine avec une faible emprise à la surface, vendu par Variscan. "Au pied de l'ancienne mine, il y a un ruisseau où toute vie animale et végétale avait disparu pendant des années. L'or, c'est beau, mais il faut pour l'extraire des produits pas très attirants : mercure, cyanure, acide sulfurique", rappelle-t-il.

Chez Variscan, Guillaume Raoult réplique qu'il faut "s'intéresser aux mines d'aujourd'hui, pas à celles d'il y a cinquante ans". "Regardez la téléphonie, il y a trente ans, on composait le numéro avec une petite roulette... Les techniques minières ont évolué de la même manière", développe le géologue. "C’est sans doute vrai, mais est-ce qu’on a vraiment résolu les problèmes de pollution ? J’ai des doutes", rétorque Raphaël Rethoré.

Un projet plein d'inconnues

Ce n'est pas la seule inconnue du projet. Si la mine ouvre, elle ne sera pas exploitée par la petite entreprise orléanaise de huit salariés. La maison mère, basée en Australie, est une entreprise junior : elle cherche des filons pour les revendre à une major, qui se chargera de l'exploitation. Dans les Mauges, une grande multinationale canadienne ou australienne pourrait donc succéder aux sympathiques géologues orléanais, et s'affranchir des engagements pris par ces derniers.

A la CPIE, Olivier Gabory aimerait profiter des années de recherche pour écrire avec la population des Mauges "un livre blanc" à l'attention de la prochaine entreprise, pour qu'elle tienne compte des exigences et des craintes des riverains. "L'or, c'est deux mille ans d'histoire ici, cela nous appartient", martèle-t-il. Le maire, qui espère que l'entreprise retenue aura "la même démarche que Variscan", avertit : "Il ne faudra pas qu'on nous tourne le dos."

urtout, le projet peut s'arrêter du jour au lendemain. Fin 2015, l'entreprise saura si elle peut continuer ses recherches, ou si elle doit les abandonner. "S'il n'y a pas de suite, ce sera une déception, reconnaît le maire, Serge Piou. Mais, au moins, nous saurons si le minerai sous nos pieds est valable ou pas. On sera allé jusqu'au bout."

France TV Info le 25 avril 2015

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