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Du plomb pollue encore la haute vallée du Lez

Publié le par REVEL Stephane

Une étude environnementale a été menée entre 2013 et 2015 dans la haute vallée du Lez où le secteur minier de Sentein est classé «zone à grand risque» de contamination par des résidus du plomb. Ce métal, ainsi que du zinc, a, en effet, été extrait de 1848 à 1963. Plusieurs secteurs de Sentein et Bonac-Irazein font l'objet de recommandations.

La mine de Sentein, dans la haute vallée du Lez, fait partie de l'histoire du département et, comme le rappelle le secrétaire général de la préfecture de l'Ariège, Ronan Boillot, «elle a contribué à la richesse» de ce secteur du Couserans. Plomb et zinc ont, entre autres, été extraits de cette mine de montagne de 1848 à 1963, avec une fermeture définitive du site neuf ans plus tard.

Mais aujourd'hui, cette exploitation a laissé des traces, certes invisibles mais bien réelles, dans la vallée. Des résidus de plomb, notamment, ont été retrouvés dans différents secteurs de Sentein et Bonac-Irazein lors d'une étude environnementale menée entre 2013 et 2015 par Geoderis, expert(1) désigné par l'État pour la gestion de l'après-mine sur l'ensemble du territoire national.

Ladite étude, dont les résultats ont été communiqués en début de semaine aux habitants de Sentein, a porté sur l'analyse d'échantillons (588) prélevés sur des secteurs bien définis de quatre communes : Sentein, Bonac-Irazein, Uchentein et Les Bordes-sur-Lez. Des relevés (456) ont également été réalisés directement sur site.

«L'eau du robinet n'est pas polluée», assure Ronan Boillot. Mais la présence de plomb a été constatée à des degrés différents. Certaines de ces zones ne font l'objet d'aucune remarque particulière. Pour d'autres, en revanche, Geoderis établit des «recommandations» de modifications d'usages de ces espaces, qu'il s'agisse de jardins potagers, de zones de pique-nique, de passage d'animaux montant en estive, de chemins de randonnée, ou des cours de l'école de Sentein et du centre de loisirs associé à l'école (Clae) de cette même commune…

Les cours de l'école de Sentein seront refaites avant la rentrée

«Nous allons prendre des mesures fortes pour éviter tout problème», assure le secrétaire général de la préfecture en évoquant une réfection totale des cours d'école, «avant la rentrée», ainsi que l'installation de clôtures interdisant l'accès à certains lieux et l'information des propriétaires et des occupants de ces terrains «à recommandations». Le site de la préfecture de l'Ariège comprend également, depuis ce mercredi, une «Foire aux questions» autour de cette analyse environnementale. «Le but est d'informer en toute transparence mais sans inquiéter», précise Ronan Boileau.

Enfin, l'agence de régionale de santé (ARS), «alors même qu'aucun cas de saturnisme n'a, à ce jour, été constaté», assurent les services de l'État, va lancer, dès le mois de juin, une campagne de dépistage du saturnisme. «Les personnes qui le souhaitent auront trois demi-journées pour venir faire analyser leur sang», indique le délégué territorial de l'ARS, Laurent Poquet. Dans le cas où une plombémie supérieure à la normale serait constatée, des études complémentaires seront menées pour en déterminer la cause avec précision.

(1) Géoderis est un groupement d'intérêt public composé du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et l'institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).

Les zones avec recommandations

Les zones avec recommandations sont les hameaux de «Bentaillou», «Chichoué», «Tartereau», «Rouge», «La Plagne», «Eylie», «Moulin» et le village de Sentein, et ceux de «Bonac», «Esperris» et «Lascoux» sur la commune de Bonac-Irazein.

Geoderis recommande, notamment, de réaménager les deux cours de l'école et du Clae de Sentein et de supprimer l'exposition aux sols extérieurs de sept maisons, de limiter l'exposition aux sols et la consommation des plantes potagères produites

dans 8 jardins potagers, et d'envisager, en cas de fréquentation régulière de jeunes enfants, la mise en place

d'aire de jeux hors zones polluées au droit de 5 résidences. Sans oublier des interdictions d'accès à certains sites dans la haute vallée du Lez.

Denis Slagmulder

La Depeche

Publié le 05/05/2016

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Lensois: lorsque les mines étaient allemandes…

Publié le par REVEL Stephane

L’université populaire de Mineurs du monde propose trois fois l’an des conférences. Ce jeudi, à la faculté des sciences Jean-Perrin, Yves le Maner est venu disserter sur le bassin minier dans la Grande Guerre devant une grosse centaine de personnes. Retour sur un pan de notre histoire.

Tout commence par l’exécution du plan Schlieffen qui fait déborder l’armée allemande par le Nord. La neutralité belge est violée, la première armée résiste comme elle peut mais cède du terrain…

Une bonne partie du bassin minier est perdue dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, et les puits de mine sont à portée de la terrible artillerie lourde allemande : on travaille de nuit, c’est moins risqué.

Les villes paient des rançons aux occupants

Les Allemands, eux, se servent : malheur aux vaincus, dit le proverbe. Ils n’ont pas tant besoin de charbon, qu’ils produisent abondamment, mais en extraient pour alimenter les industries locales, textiles et métallurgiques, qui elles sont vitales, et on envoie les machines outre Rhin. D’ailleurs, les Charbonnages paient leur rançon à l’occupant, et les villes aussi : Carvin devra verser 150000 francs or en novembre 1915, 180000 quelques mois plus tard.

Des loisirs sont organisés pour la Deutsches Heer, pendant que les Français creusent les tranchées. La police de campagne allemande arrête à tour de bras, comme le mineur liévinois Paul Buissière qui élève des pigeons. Le peu d’aide humanitaire envoyée par le futur président américain Hoover prend fin en 1917 lorsque son pays entre en guerre. Les femmes doivent se prostituer pour nourrir leurs enfants, dont beaucoup sont issus de l’occupant.

Derniers civils contraints

de fuir à pied

Enfin, le 15 octobre 1918, les Anglais libèrent le bassin minier lors d’un assaut concerté avec la France. Encore une fois, cela provoque de terribles souffrances parmi les derniers civils, contraints de fuir à pied, mélangés aux troupes allemandes en retraite.

Ce qu’il reste de la région… Tout devient un champ de ruines fumantes. Il faudra tout reconstruire, et cela coûtera cher. Mais alors que chacun sera soulagé par la victoire, on en est persuadé : l’Allemagne paiera.

Lens au cœur du «tourisme du désastre»

Lorsque le 15 octobre 1918 les Anglais libèrent le bassin minier, les destructions sont effroyables. L’opération Alberich prévoit la destruction de près de 300 villages du Nord et du Pas-de-Calais. Les arbres fruitiers sont coupés, les puits empoisonnés. Les usines et les infrastructures comme les ponts et les routes sont mis à bas.

Dans le département, on compte 103 chevalements dynamités sur 107, tout est noyé sur parfois 600 mètres de profondeur. Il ne reste rien ; il faudra plusieurs années pour relancer la production : la France déjà très endettée devra importer son charbon de Pologne.

Quant aux villes, les tirs d’artillerie de part et d’autre ont suffi à les souffler comme des maisons d’allumettes. Il ne reste que trente-trois maisons debout sur les 8000 de la Société des mines de Lens. Il faudra attendre 1926 pour que la ville retrouve ses 35000 âmes, dont 14 000 étrangers, polonais pour la plupart, qui finiront de rebâtir la ville deux ans plus tard.

L’ampleur des destructions, paradoxalement, crée un « tourisme du désastre » : on vient de Paris, de New-York et de Londres pour prendre des photos qui feront le tour du monde.

Les diplomates du Congrès de Versailles viennent eux-mêmes constater cet anéantissement historique. Ces images marquent le monde entier, jusqu’au Japon contemporain où elles ont inspiré le troisième volet de Memories, de Koji Morimoto.

PUBLIÉ LE 24/04/2016

La Voix du Nord

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L'âge d'or de Moutiers : la belle époque des Trente Glorieuses

Publié le par REVEL Stephane

Une floraison d’enseignes commerciales, l’engouement pour la vie associative, de grandes familles dans les cités où la jeunesse portait haut les couleurs du Cercle sportif municipal… Ces images caractérisent en partie l’âge d’or moustérien.

Roger Zannetti est un témoin précieux de l’âge d’or de la commune de Moutiers, où il est né le 1eravril 1938. « Je suis l’aîné d’un foyer de trois garçons, avec Régis et Alain. Après la guerre, j’ai le sentiment d’avoir vraiment vécu l’époque des Trente Glorieuses. En comptant les bistrots, les commerces de toutes tailles, les petits artisans, le village comprenait au moins 45 commerces. »

Cette floraison d’enseignes remonte à l’Entre-deux-Guerres, lorsque Moutiers recueille les dividendes de sa concession minière. L’extraction du minerai de fer remonte à 1903. De 341 habitants à la fin du XIXe siècle, la démographie culminera à 2 426 habitants. En 1928, la mine atteint un pic avec 1 163 employés ! On répertorie 22 débits de boissons. Le bistrot n’est pas uniquement un café. C’est aussi un lieu de rencontres, de réunions, d’informations, de fêtes comme les bals, puisqu’on danse un peu partout chaque semaine.

Roger Zannetti met en exergue ce bouillonnement. « C’était une époque de grosses familles, avec des tablées de 8, 9, 10 personnes par foyer. A l’exemple des familles Ubaldi, Ipavec, Braccini, Pochetat, dans notre cité. La vie était très différente. On peut parler de pays en osmose, avec des gens contents de se retrouver, de s’asseoir ensemble sur les bancs des trottoirs de chaque cité. Quand Madame Ubaldi faisait des beignets, rue Paul-Labbé, il y en avait une bassine, tout le quartier se rassemblait ! »

Dans son analyse, Josy Fossati, boucher-charcutier et traiteur réputé, rejoint le garagiste. Le président de l’association AHM (Art, Histoire, Mémoire) s’apprête avec ses membres à présenter une exposition de 2 000 photos, au mois de juin, sur ce riche passé.

Avec la société Gare la Mine, la société minière a lancé sur les rails une pratique sportive intense, relayée en 1946 par le Cercle sportif municipal. Boules, tennis de table, football, basket, judo, boxe, gymnastique… De multiples sections tenaient le haut du pavé. « Moutiers a même connu quelques brillants coureurs cyclistes : Legaillard, Bernécoli, Pezzota… Faute de moyens de transport, il fallait se rendre à vélo disputer les courses », glisse Roger Zannetti, enthousiaste en évoquant aussi une autre passion. « Quand nous étions gosses, on se retrouvait tous les jours sur le plateau pour taper dans le ballon. Il y avait des matches acharnés et interminables, la Goulotte contre Moutiers-Bas. »

Moutiers, c’était aussi une kyrielle d’associations, parfois très anciennes, ou nées avec l’air du temps. Le corps des sapeurs-pompiers, créé en 1904 par Joseph Réblé, directeur de la mine et maire. Les Anciens combattants. L’Harmonie, devenue la Moustérienne. Les scouts et louveteaux. Le Couarail qui précéda la fondation d’AHM, la MJC Moutiers-Animation, le Foyer des anciens… Quant à la salle des fêtes de la mine, remontant à 1913, elle fut reconvertie en cinéma, Le Rallye, en 1964. Le grand écran y régna dix ans avant de fermer ses portes sur La Grande Vadrouille , puis d’accueillir des œuvres du sculpteur du fer, Amilcar Zannoni. La mine se limitait à 41 personnes lors de sa fermeture, le 31 décembre 1980.

Le Republicain Lorrain le 17/04/2016

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