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1957. L'étain retrouve bonne mine

Publié le par REVEL Stephane

La présence de l'étain en Bretagne, du nord jusqu'à l'embouchure de laLoire, remonte àl'Antiquité. Le centre en est également pourvu. Abandonnée au fil du temps, l'industrie a retrouvé une seconde jeunesse àSaint-Renan en1957.

Trois noms de lieux émergent de l'histoire de l'étain en Armorique aux XIXe et XXe siècles. Il s'agit de Nozay (Loire-inférieure), Pénestin (Morbihan) et Saint-Renan (Finistère). Suite à la découverte d'anciennes fouilles attestant d'un bassin sédimentaire près d'Abbaretz dans le canton de Nozay, une compagnie nantaise d'exploitation minière s'y installe en 1920. D'emblée les résultats s'avèrent prometteurs puisque, dès la première année, vingt-deux tonnes sont extraites. La société emploiera environ 300 personnes au plus fort de son activité. Néanmoins celle-ci devra s'arrêter faute de capitaux. À son emplacement, aujourd'hui, se trouvent un étang fréquenté par les amateurs de ski nautique ainsi qu'un terril appelé « Mine d'Abbaretz ».
Étain is money
L'aventure contemporaine de Pénestin, dans l'estuaire de la Vilaine, commence, elle, de façon anecdotique que rapportent des scientifiques de l'époque. En grève du fait d'un litige survenu avec l'administration, deux ouvriers anglais employés à la mine d'étain de Piriac (Loire-inférieure) décident de travailler ailleurs pour leur propre compte. Les voilà donc qui entreprennent, en 1850, de fouiller à Pénestin un filon abandonné et autrefois exploité pour son étain aurifère. Si ce n'est la fortune, du moins cela laisse-t-il augurer de profits consistants. Jusqu'au jour où le maire, Bauceret, ayant eu connaissance de la nouvelle, se rend sur place pour s'assurer de la réalité qui lui saute aux yeux : les Anglais sont en possession de 22 caisses pesant chacune une trentaine de kilos. En toute illégalité bien sûr puisqu'extraites du domaine public. Informé à son tour, le préfet Boulage, conciliant, admet la bonne foi des pillards mais charge le premier magistrat de la commune de mettre un terme à leur piochage.
Le bon filon
Dans le même temps, il demande au service des Mines d'étudier la richesse effective du gisement. Il apparaît alors que ce dernier était, jadis, très productif et que d'importants tonnages ont été transportés par la Vilaine à destination des îles Scilly. Ce qui explique l'appellation « Mine d'or » donnée à une plage voisine et l'origine bretonne du nom de la commune : Pen Staen. La réouverture du gisement de l'Aber-Ildut, à Saint-Renan, s'effectue en 1957 à l'initiative de M. Moussu, ingénieur du Bureau des Recherches Géologiques et Minières, et de Charles Pavot, fils d'un industriel de l'algue établi au Conquet et à Landunvez. Quelque temps auparavant, le conseiller général du canton, Paul Larreur, avait émis sérieusement l'idée que le sous-sol de la région contenait de l'étain. Commencent donc des travaux d'investigations dont le succès dépasse les espérances. Avec une moyenne de 750 grammes d'étain au mètre-cube, le filon se révèle comme l'un des meilleurs du monde. L'histoire rapporte d'ailleurs que plusieurs siècles avant J.C., ce minerai était exploité dans les parages.
Une carrière... brève
À trois millénaires d'intervalle, l'extraction est, cette fois, entreprise par la Compagnie Minière de Saint-Renan, associée à des partenaires financiers et industriels. L'affaire, il est vrai, nécessite de lourds investissements. Nous sommes en 1960 et un million de francs ont déjà été dépensés pour l'exploration durant les trois années précédentes. Mais pas en pure perte, heureusement. À ses débuts, le chantier présente l'aspect d'une mine à ciel ouvert. Une lance à haute pression désagrège à une dizaine de mètres de profondeur les sédiments avant leur passage en laverie. Deux dragues installées sur des plans d'eau la remplaceront ultérieurement. L'étain récupéré est traité en Angleterre ou en Espagne, selon la demande et les conditions financières. Au faîte de son activité, l'entreprise emploie 130 ouvriers travaillant nuit et jour. Hélas, le gisement n'est pas inépuisable. C'est ainsi que quinze ans seulement après les premiers forages, c'est-à-dire en 1975, l'entreprise doit plier bagages et licencier en totalité son personnel. Six mille tonnes auront tout de même été extraites représentant les deux tiers de métal pur et la coquette somme de 51 millions. Sans compter les 500.000 mètres-cubes de sable de haute qualité résultant des lavages qui ont trouvé preneur pour différents travaux. Toutes choses qui ont valu à Saint-Renan le titre de capitale européenne de l'étain et de posséder aujourd'hui une rue ainsi qu'un musée commémorant cette épopée.
De la navale à la géologie
Écologiste avant même que le mot ne passe dans le langage courant, Charles Pavot, l'un des deux inventeurs de la mine de Saint-Renan, avait certifié lors de la fermeture du chantier que le terrain serait remis dans son état initial. Promesse tenue. À l'emplacement des excavations se trouvent à présent cinq grands lacs, propriétés de la commune, dont l'un, appelé Ty-Colo, est utilisé par les pratiquants de ski nautique. Élevé dans un milieu industriel spécialisé dans le traitement des algues, cet ingénieux personnage diplômé de Sup-Élec choisit après ses études d'embrasser la carrière des armes. Il entre donc à l'École Navale. Mais voilà qu'une sérieuse maladie vient contrarier ses vues. De sorte que, une fois guéri, il décide, en 1948, de prendre en main les usines de son père au décès de celui-ci. Sans enthousiasme, persuadé que ce métier n'offrait que peu de perspectives d'avenir. Sceptique, il l'était d'autant plus que l'énergie atomique présentait alors des opportunités dans la recherche de l'uranium. Et c'est ainsi qu'équipé d'un compteur Geiger il se retrouva... géologue. Pour en savoir plus «L'âge de l'étain s'ouvre à Saint-Renan» par Yves Cariou (Hors-série Le Télégramme, 1999). «Saint-Renan capitale européenne de l'étain» par Pierre Pailler (éditions Chautemps Saint-Thonan, 1989). Maison du patrimoine et Musée d'histoire locale : 16 rue Saint-Mathieu - 29250 Saint-Renan. «Mine de la Villeder à Pénestin», article de Durocher in Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan (1878). «Exploitation des gisements d'étain de Bretagne par le commandant Houssemaine» in Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan (1940). «Quartz en Bretagne» par L. Chauris in «Minéraux et fossiles» (numéros 353, 354 et 355, parus en 2006).

Claude Péridy 9 janvier 2011

À quoi ça sert ?

Depuis l'Antiquité, l'étain constitue, avec l'or et l'argent, l'un des minerais les plus recherchés de la planète. Dans ses mémoires, Jules César lui-même a décrit l'exploitation de mines en Grande-Bretagne. Par ordre d'importance, les principaux pays producteurs sont la Malaisie, la Bolivie, les Indes néerlandaises, la Thaïlande, etc. Le commerce du métal est centralisé à Londres. Il entre dans les alliages nobles pour fabriquer des objets d'art, tuyaux d'orgue, cloches et canons de l'artillerie à poudre. Mais la plus grande partie est utilisée dans l'étamage de tôles de fer, du cuivre des câbles électriques et la confection de feuilles minces dont on entoure certaines denrées alimentaires, encore qu'il soit de plus en plus remplacé par l'aluminium en raison de sa cherté.
Des visiteurs du monde entier
Comme aux premiers temps de la monnaie, on en trouve encore de nos jours dans certaines pièces d'euros. La production de Saint-Renan, dénommée capitale européenne de l'étain, a suscité dans ses fastes années un tel intérêt que des chefs d'entreprises minières du monde entier se sont déplacés pour visiter les installations. Notre photo : c'est dans ces fûts qu'était récupéré et transporté le minerai.

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