Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Au temps de la mine…

Publié le par REVEL Stephane

De même qu'il y a aujourd'hui les « docu-fictions », ces documentaires qui comblent les trous de l'Histoire par l'imagination, il faudrait parler de « roman documentaire ». Philippe Lemaire, grand reporter à France 3, auteur de nombreux romans, s'est attaché à nous faire revivre une époque pas si lointaine, le monde de la mine. Et pour ce faire, notre Ardennais a décidé de choisir Saint-Etienne qui n'est pas simplement la ville des Verts ou de Manufrance, mais fut aussi l'un des premiers bassins miniers de France. Rappelez-vous Bernard Lavilliers et sa chanson fétiche Saint-Etienne dans son premier disque célèbre, Le Stéphanois.

« On n'est pas d'un pays mais on est d'une ville
Où la rue artérielle limite le décor
Les cheminées d'usines hululent à la mort
La lampe du gardien rigole de mon style
La misère écrasant son mégot sur mon cœur
A laissé dans mon sang la trace indélébile
Qui a le même son et la même couleur
Que la suie du crassier du charbon inutile. »
Saint-Etienne donc, mais pas seulement. L'auteur, qui avoue avoir effectué de nombreux séjours dans la capitale du Forez, consulté les archives départementales et rencontré des mineurs, pousse même le vice à choisir le cadre de Côte-Chaude, l'un des quartiers les plus populaires de Saint-Etienne avec Terre-Noire et Tarentaize.
L'unité de lieu, c'est donc la mine. L'unité de temps : 1936, juste avant le front populaire qui apparaît néanmoins en fin de roman. L'unité d'action : Côte Chaude. Si tous les ingrédients du documentaire sont réunis (reconstitution du décor, des habits, du langage, des publicités de l'époque), Lemaire n'oublie pas l'histoire. Comme aujourd'hui, il y a le problème de l'immigration en filigrane. Le héros est un Polonais nommé Waldeck en situation irrégulière (on ne dit pas encore un sans-papier), qui débarque à Saint-Etienne. Accueilli bras ouvert par Lucien Gardel, un vieux mineur en retraite, il pénètre le monde de la mine. Si je dis un « monde », c'est que la mine est véritablement un monde en miniature. De nombreuses nationalités sont présentes : Français bien sûr, mais aussi Italiens, Polonais, Arabes. Monde encore, mais souterrain car on est dans le monde des ténèbres, presque dans les Enfers que décrivaient les anciens Grecs. Comme dans tout roman populaire, Philippe Lemaire ajoute une histoire sentimentale pour faire le liant. Au total un monde bien moins noir que chez Zola, un monde où les mots amour, solidarité, fierté même ont un sens. Finalement, à la lecture de ce roman qui n'est pas à l'eau de rose loin s'en faut, on ressort avec une conviction : en 1936, malgré les conditions extrêmement dures du travail, les mineurs gardaient en eux la foi, et l'envie de se battre pour un monde meilleur. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui où la compétition forcenée, l'individualisme et la précarité règnent en maître. A nous faire regretter cette période… un comble !
Bruno Testa
Rue de la Côte-Chaude, Philippe Lemaire, Calmann-Lévy.

Commenter cet article