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Aubagne-Aix : des secousses sismiques dans le bassin minier

Publié le par REVEL Stephane

Publié le dimanche 28 mars 2010 à 16H24 La Provence

 

Les vibrations de ces derniers jours seraient dues à la montée des eaux dans les galeries.

 

Il est un peu plus de minuit. Isabelle et son mari sont couchés, quand soudain ils entendent un bruit sourd. "Nous avons senti, en même temps, le lit bouger. On s'est très vite levés, on a ouvert les portes pour pouvoir sortir rapidement". Prudent, le couple reste éveillé encore une heure "en cas de nouvelle secousse". "C'est vrai qu'on a eu un peu peur, car ça ne ressemblait pas aux secousses causées par la mine"."On a senti un bruit sourd qui venait du sol, ajoute Christine. Encore secoués par la catastrophe d'Haïti, on est sorti rapidement sur la terrasse". Le lendemain, on ne parlait plus que de "l'incident" dans les rues de Saint-Savourin.

D'autres secousses ont suivi depuis dix jours, de faible magnitude, "entre 0 et 1 sur l'échelle de Richter", précise Karim Ben Slimane, directeur adjoint du département de prévention et sécurité minière au sein du Bureau de recherches géologique minières (BRGM). Ce département, depuis que Charbonnage de France a renoncé à sa concession, a été missionné par l'État pour surveiller le secteur de Saint-Savournin, Cadolive, Peypin, Mimet et Fuveau : "Le principal risque est l'affaissement", précise le scientifique. Sur chacun de ces points, des capteurs sismiques sur trois niveaux (deux en profondeur, un en surface) ont été installés, pour une surveillance effective tous les jours 24h/24.

Les secousses ressenties par les habitants du secteur de Saint-Savournin à Mimet "ne présentent aucun risque, insiste Karim Ben Slimane, et n'ont généré aucun dommage, seulement des désagréments". Au temps de l'exploitation de la mine, les secousses pouvaient être de 2 ou 3 sur l'échelle de Richter. "Nos capteurs ont enregistré ces secousses depuis plusieurs semaines, il s'avère que leur origine n'est pas liée au secteur sous surveillance, mais vient d'une zone plus au nord à 2 ou 3 kilomètres. Là aussi aucun risque d'affaissement n'est à craindre".

Pompage

Les scientifiques vérifient actuellement l'hypothèse selon laquelle ces secousses sont provoquées par la montée des eaux dans les anciennes galeries minières. "Avec l'arrêt de l'exploitation, l'eau a cessé d'être pompée. Elle retrouve désormais sa place naturelle et envahit les galeries. La raison des secousses tient surtout au sous-sol de ce secteur. Au-dessus de la couche de charbon se trouve une bande de calcaire qui, avec la présence de l'eau, libère une énergie, faisant bouger les blocs. Cela cessera lorsque le niveau de l'eau sera stabilisé", explique Karim Ben Slimane. Une eau venant des nappes phréatiques, dont les épisodes pluvieux de cet hiver ont peut-être accéléré la montée. "C'était juste une question de temps, sans ces pluies on aurait connu le même phénomène dans quelques mois", assure encore l'expert.

Pour que cette eau conserve un niveau constant, elle devra être pompée depuis le Puit Gérard à Mimet, puis évacuée dans la Méditerranée (dans les bassins de la Joliette à Marseille) par la fameuse galerie de la mer, construite au XIXe siècle et qui, pendant des décennies, a permis de maintenir la mine au sec. La pompe est en cours d'installation, et devrait fonctionner à la fin de l'année. Les faibles secousses devraient de toute évidence persister toute l'année 2010. Pas de quoi affoler les habitants du secteur, surtout pas Marcel, 86 ans et ancien mineur: " Ici on a l'habitude, on sait que le dessous est creux, c'est comme ça dans tout le bassin minier, de temps en temps ça craque !"

Monique REYNIER et Marjorie MOLY

 

Le maire de mimet a demandé au préfet de "le tenir informé"

La fin soudaine de l'exploitation de la mine dans le bassin gardannais, en janvier 2003, s'était traduite par un arrêt du pompage de l'eau de ruissellement dans les milliers de kilomètres de galeries souterraines. Cet "ennoyage" -c'est le terme technique- laisse donc l'eau progressivement reprendre ses droits dans le sous-sol du bassin minier.

Si cet envahissement naturel est moins rapide qu'envisagé lors des simulations de 2003, il progresse constamment et on estime aujourd'hui que l'eau se trouve à -500 mètres (la "surverse" de la galerie de la mer est environ 300 mètres plus haut). Et après avoir englouti les galeries les plus profondes, le niveau grimpe vers les plus anciennes c'est-à-dire les plus proches de la surface. Celles-là mêmes qui étaient soutenues par des étais en bois. Et c'est précisément ce bois qui pourrit, à cause de son immersion et qui cause des effondrements de galeries. Ces "foudroyages", fréquents et bien connus des mineurs, ont provoqué d'importants affaissements, notamment dans le Nord, où des maisons se sont effondrées. Pas de tel risque, a priori, dans le bassin gardannais qui n'a pas la même structure.

Principe de précaution

Mais les brèves secousses de ces derniers jours n'en sont pas moins réelles. Notamment à Mimet où c'est le maire, Georges Cristiani, qui a écrit le 17 mars au préfet pour l'informer de "secousses à caractère sismique fréquemment ressenties" et lui demander de le "tenir informé afin d'en informer ses administrés". De son piton rocheux dominant le bassin minier, la commune est en effet aux premières loges et se sent particulièrement concernée.

Pour le maire, pas question évidemment de "céder à un quelconque affolement" car il ne s'agit-là que de phénomènes bien connus, parfaitement intégrés à la culture minière. Mais pas question non plus de baisser le niveau de vigilance. En 2003, dès l'arrêt de l'exploitation du charbon, le conseil municipal de Mimet avait émis un "avis favorable l'arrêt définitif des exploitations minières de HBCM". Mais les élus mimétains, au nom du "principe de précaution", avaient également émis des réserves, demandant au préfet une vigilance particulière: "Les conséquences de l'arrêt des travaux miniers, particulièrement sur l'instabilité des sols et les risques éventuels qui peuvent en résulter, notamment pour la stabilité des édifices publics et privés, devraient être communiqués à la commune par l'établissement d'une cartographie comprenant des zonages précis", stipulait la délibération.

Nicolas REY

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