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Bolivie: la "Montagne d'argent" de Potosi s'affaisse mais brille encore

Publié le par REVEL Stephane

POTOSI (Bolivie) - Un des plus grands gisements d'argent au monde, le "Cerro Rico" dans le sud de la Bolivie, montre d'inquiétants signes d'affaissement après cinq siècles d'exploitation, mais ses réserves attirent encore les convoitises, au risque de provoquer une catastrophe.
Le cône parfait du Cerro se dresse à 4.800 m d'altitude, dominant Potosi (4.060 m), une ville déshéritée de 160.000 habitants, nostalgique de l'époque où elle était la plus riche des Amériques, dans les années 1500-1600.
Au prix du sacrifice de milliers d'Indiens condamnés au travail forcé, elle produisait alors pour la couronne d'Espagne "assez d'argent pour bâtir un pont de Potosi jusqu'en Espagne", disait-on.
Les vestiges de cette époque, l'architecture coloniale, la maison de la monnaie, ont valu à la ville d'être classée au Patrimoine mondial de l'Unesco.
Aussi imposant qu'il soit, le Cerro Rico ou "Sumaj Urqu" en quechua (montagne majestueuse), n'en est pas moins un gruyère percé de 600 mines, dont 120 en activité. Mines d'argent surtout, mais aussi de zinc, d'étain, de plomb, creusées de façon anarchique au fil des siècles.
"Elle est comme un sablier cédant petit à petit", décrit Celestino Condori, président du Comité civique de Potosi (Comcipo), collectif local qui milite pour réguler l'activité minière et préserver "la montagne majestueuse".
En surface, ses flancs présentent les traces d'une dizaine de glissements de terrain et d'effondrements récents. C'est sans compter ceux qui se sont produits à l'intérieur, dans les 90 km de galeries, et pas forcément recensés.
La préservation du Cerro était une des revendications majeures de la grève générale qui a paralysé Potosi pendant trois semaines en août et bloqué plus d'une centaine de touristes étrangers. Après le conflit, l'Etat a promis une étude.
Mais l'attitude des autorités irrite de plus en plus le monde minier local, surtout lorsqu'il voit le président Evo Morales accueillir en héros le mineur bolivien Carlos Mamani, l'un des 33 miraculés sauvés la semaine dernière d'une mine au Chili.
"Quand on parle d'affaissement du Cerro, que nos vies sont en danger, que fait le gouvernement '", demande Julio Quinones, président des PME minières de la région, la Fedecomin. "Quand ce type d'accident ou un éboulement survient à Potosi ou en Bolivie, le président ne s'est jamais mobilisé".
Selon le syndicat FSTMB, la Bolivie connaît trois accidents miniers plus ou moins grave par semaine. Depuis 2009, 21 mineurs sont morts au Cerro Rico, où coexistent des unités minières de toute taille, employant 12.000 travailleurs, dont une centaine d'enfants exerçant en toute illégalité.
Un inspecteur du travail de Potosi, Ricardo Laures, a affirmé à la radio Fides qu'à Potosi, seuls 60% des accidents miniers étaient rapportés. Dans certains cas, les employeurs signent un pacte de silence avec les familles en échange de compensations monétaires.
"On parle de préservation (du Cerro) mais le plus difficile est de faire comprendre aux mineurs eux-mêmes qu'ils risquent leur vie en travaillant dans ces mines", explique Celestino Condori.
En cinq siècles, le Cerro a été exploité sur "huit niveaux (de 30 m de profondeur environ chacun), mais on estime qu'il y a encore des richesses sur 10 niveaux de plus", calcule Arnulfo Gutierrez, le secrétaire des Mines au gouvernement provincial de Potosi.
"Le Cerro est immense, et sa richesse incalculable", dit-il. Sans une prise de conscience, la fin de l'activité minière sur la "montagne majestueuse" n'est donc pas pour bientôt.

L'Express 22 octobre 2010

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