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Carcassonne. La mémoire de la mine foulée aux pieds

Publié le par REVEL Stephane

Vandalisé à de multiples reprises, le puits Castan, à Villanière, renfermait des informations connues des autorités mais pas du grand public, notamment sur les risques de maladies et les dangers encourus par les mineurs.

Depuis la fermeture de la Mine d'or de Salsigne (MOS), les installations du puits Castan, à Villanière, sont la cible de visites avec effraction, de dégradations et de vols. La dernière s'est produite il y a une quinzaine de jours. «Elle a été suivie d'un dépôt de plainte auprès de la gendarmerie de Cuxac-Cabardès, raconte Francis Bels, président de la communauté de communes du Haut-Cabardès, propriétaire du site, en raison d'une altercation entre un agent de la communauté qui était là pour son travail et une personne entrée de façon illégale».

Francis Bels se dit abasourdi par les intrusions successives dont le puits Castan est la cible depuis plusieurs mois. «C'est comme si les gens forçaient la porte d'un lieu où ils sont chez eux. Nous avons beau grillager le périmètre, mettre des cadenas aux portails, murer les bâtiments, les cloisons sont régulièrement attaquées à la masse, les clôtures arrachées, et tout ce qui peut être récupéré disparaît, y compris les fils électriques», rapporte le président de la communauté de communes.

Le vandalisme infligé à ce site privé, ouvert malgré lui aux visiteurs passant aux abords, explique les révélations de «LaDépêche du Midi» dans son édition du 14 février, après réception de documents transmis à notre intention par un promeneur.

Des documents connus de l'administration

Ce début de semaine, des illustrations photographiques des lieux ont été envoyées à notre rédaction, confirmant le saccage dans les anciens locaux du puits.

Sur le contenu des documents trouvés sur place, le directeur des archives départementales de l'Aude, Sylvie Caucanas, a écrit au préfet de l'Aude, le 14 février dernier, un courrier qui confirme, lui aussi, l'état d'abandon (N.D.L.R. : le 14 février est aussi le jour de parution de notre enquête dans les colonnes de La Dépêche du Midi). Ce fonctionnaire territorial explique avoir délégué sur place, le 6 décembre 2012, deux agents afin de récupérer les archives en accord avec la direction de la communauté de communes du Haut Cabardès, et après avoir, elle-même, été alertée de cette déshérence par Jean-Claude Capera, ancien maire de Limousis. Cette opération s'est prolongée jusqu'à la première quinzaine du mois de janvier. «…les archives ont été rassemblées pour destruction» dans les locaux de la communauté de communes, écrit la directrice des archives départementales. Elle précise plus loin que les papiers oubliés «ne présentaient pas d'intérêt historique dans la mesure où les archives départementales de l'Aude conservent l'ensemble du fonds des Mines de Salsigne et celui des délégués mineurs…» sur la période de 1929 à 2004.

Ceci laisse supposer que les archives découvertes dans les locaux dévastés du puits Castan sont des photocopies des originaux. Des doubles qui, faute d'intérêt pour les pouvoirs publics qui en avaient connaissance depuis longtemps, en ont pour le grand public, parce qu'ils révèlent au grand jour une vérité cachée des années durant sur les maladies et les périlleuses conditions de travail des mineurs.


La production aux dépens de la sécurité

Nous publions ci-après quelques passages d'un rapport de fin d'année, signé du délégué mineur de la MOS, au directeur régional de la MOS le 12 février 1996, concernant la sécurité et l'hygiène des ouvriers mineurs :

- «…En 1995, il y a eu 61 déclarations d'accidents dont 27 accidents avec arrêt…»

- «…Un autre point noir, c'est le nombre de journées perdues pour maladie (1560 journées), soit un taux moyen de 3,25 % pour l'année…»

- «…Je demande à la direction de chercher à savoir pourquoi il y a tant de malades…».

«…Malgré l'avis du CE et CHSCT, la Direction s'entête à faire le «forcing»… On a frôlé la catastrophe plusieurs fois. Il ne faut pas jouer avec la sécurité !».

- «…La Direction a fait son choix : la production d'abord !».

- «…Le nettoyage des engins… il n'y a pas d'aire de lavage pour que l'on puisse récupérer ces produits qui sont éparpillés un peu partout».

 

Christian Aniort

 

Le 20/02/2013 La Depeche

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