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Decazeville. L'Aveyron derrière les mineurs du Bassin

Publié le par REVEL Stephane

Lorsque les grandes grèves de l'hiver 1961-62 s'engagent, les responsables des Charbonnages de France et du gouvernement pensent que le mouvement va s'éteindre de lui-même et que les « gueules noires » ne pourront « tenir » longtemps. C'est sans compter sur la solidarité du Bassin, une population rompue aux efforts et à l'entraide. Dès le lendemain du lancement de la grève, le mercredi 20 décembre, les ouvriers des UCMD (usines chimiques et métallurgiques de Decazeville) ainsi que ceux de la Vieille Montagne et Vallourec débrayent quelques heures dans la journée pour manifester leur soutien aux mineurs de fond. On saisit très vite que l'argent va manquer aux familles des grévistes et on voit apparaître un formidable élan de générosité, dans les quartiers, les lieux du travail, les associations, etc. Le phénomène se répète jusque dans les villages alentours. Les compagnies musicales et divers intervenants jouent au profit de la lutte.

À côté des versements en numéraire, d'autres amènent de la nourriture pour les mineurs qui restent au fond. Dans la froidure et la grisaille de cet hiver, un système bien structuré se met en place qui récupère les cabas (paniers garnis de victuailles), les redistribuant aux grévistes ou à leurs familles. Le contexte est lourd et tendu, malgré la détermination des forçats de l'or brun, que l'on voit défiler lors des manifestations de grande ampleur, parcourant Decazeville.

Afin d'accentuer les revendications, l'ensemble de l'Aveyron se met en grève générale, le 9 janvier 1962. Les usines sont désertées, les magasins et les écoles fermés, tandis que les agriculteurs barrent les routes. Du jamais vu dans les annales des mouvements ouvriers. C'est bien plus que de la sympathie ou de la compassion, il s'agit de s'unir pour que les gens du Bassin puissent continuer à vivre et travailler au pays. Et l'argent arrive de partout, permettant de résister.

Ce n'est pas tout, les maires du département et le conseil général menacent de démissionner en bloc. « Il serait aberrant que les pouvoirs publics ne se rendent pas compte de la situation », écrit le député Boscary-Monservin. Pourtant, on le sait, rien n'y a fait.

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