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En Inde, des enfants travaillent à la mine pour survivre

Publié le par REVEL Stephane

L'État indien du Meghalaya n'est pas soumis à la loi indienne sur la mine. Les enfants les plus pauvres y travaillent

À 13 ans, Sanjay Chhetri se lève chaque jour avec la même peur : que la mine de charbon où il travaille s'effondre et l'ensevelisse à jamais. Comme des milliers d'enfants dans le nord-est de l'Inde, il gagne sa vie accroupi dans des tunnels si étroits que seuls des enfants peuvent s'y glisser. L'adolescent à la fine ossature est doté de la morphologie adéquate pour travailler dans la lucrative industrie minière de l'État du Meghalaya : l'entrée des galeries, sombres et humides, est bien trop petite pour une corpulence d'adulte.
Sanjay embauche au cœur de la nuit, descend le long d'échelles glissantes avec deux pioches et une minuscule lampe frontale, et s'enfonce dans les profondeurs du sous-sol, à 1 400 mètres sous terre. Il se déplace avec la même précaution qu'à ses débuts, il y a sept mois, de peur de rater un barreau et de tomber cinquante mètres plus bas. Une fois dans la mine, il s'accroupit tant qu'il peut et se glisse dans un trou à rat de 60 centimètres de hauteur, en traînant un wagon vide derrière lui. C'est là que son cauchemar commence : « C'est terrifiant d'imaginer que le plafond tombe sur moi quand je travaille », dit-il.
Douze heures plus tard, il aura empoché 200 roupies (2,80 euros). C'est plus que ce que gagnent ses parents, des manœuvres qui vivent dans la capitale de l'État, Shillong. Le travail des mineurs est pourtant illégal en Inde, avec des différences sur l'âge légal de la majorité en fonction des États. Et la loi sur les mines de 1952 interdit aux entreprises d'employer des jeunes de moins de 18 ans à l'intérieur des mines. Mais le Meghalaya n'est pas soumis à cette loi sur la mine en raison de son statut spécial d'État du nord-est, peuplé de nombreuses tribus, où s'exerce un droit coutumier qui l'emporte sur la législation nationale. Là-bas, n'importe quel propriétaire terrien peut ainsi creuser une mine à sa guise et les lois en vigueur ne l'obligent à aucune mesure de sécurité.
Dans ces mines artisanales, aucune technologie sophistiquée : les mineurs creusent eux-mêmes les galeries avec des pelles et des pioches. Aîné d'une famille de huit enfants, Sanjay a quitté l'école voici deux ans lorsque sa famille ne pouvait plus payer les factures. « C'est un travail très difficile, j'ai du mal à tirer le wagon quand je l'ai rempli de charbon », confie-t-il. Alors qu'il grelotte dans un jean maculé de charbon, chaussé de tongs qui dévoilent des pieds ridés comme s'ils appartenaient à un homme beaucoup plus âgé, il raconte que ses parents lui demandent constamment de rentrer à la maison pour travailler avec eux. Mais il n'est pas encore prêt à quitter la mine. « J'ai besoin d'économiser de l'argent pour retourner à l'école. Mes amis me manquent et je me souviens encore de l'école. J'ai encore mes vieux rêves. »
Le responsable de la mine, Kumar Subba, assure que des enfants comme Sanjay affluent en nombre devant la mine pour se faire embaucher. « Il s'en présente toujours de nouveaux. Ils mentent sur leur âge, disent qu'ils ont 20 ans alors qu'on voit bien sur leur visage qu'ils sont beaucoup, beaucoup plus jeunes. » Surya Limu, au visage poupin, est parmi les dernières recrues de l'équipe de Kumar Subba, dans le village de Rymbai. Il assure avoir 17 ans, et raconte avoir quitté son Népal natal lorsque son père est mort dans l'incendie de leur maison. « Bien sûr j'ai peur, mais qu'est-ce que je peux faire ? J'ai besoin d'argent, comment faire autrement pour rester en vie ? », avoue-t-il.

 

L'Est Eclair mercredi 13 mars 2013

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