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Faut-il rouvrir des mines en France ?

Publié le par REVEL Stephane

Un rapport parlementaire reste sceptique sur l'ouverture de nouveaux sites.

Après trente ans d'oubli, la mine refait surface en France. Deux députés, Michel Havard (UMP) et Christophe Bouillon (PS), ont ouvert aujourd'hui ce chantier délicat en présentant leur rapport sur la gestion durable des matières premières minérales. Quelques jours auparavant, la France avait poussé ce sujet au menu du G20. Avant la fin de l'année, l'industrie prendra position lors des négociations finales du Comité des métaux stratégiques (Comes) installé en début d'année. En parallèle, le gouvernement réfléchit à la refonte du code minier écrit au début du XIXsiècle.

La question minière a retrouvé l'oreille de l'Etat suite à la flambée des cours des matières premières et des tensions diplomatiques autour des terres rares (« Les Echos » du 12 avril 2011). L'enjeu : une sécurisation de l'approvisionnement des industriels du pays. C'est dans ce contexte que le Comes doit remettre à jour l'inventaire des ressources françaises, vieux de 30 ans, afin d'identifier des filons inconnus, à grande profondeur ou en milieu sous-marin.

Sur cette perspective d'une relance de la filière, les deux députés restent prudents, rappelant l'hostilité des populations due au passif minier : « De toutes les activités industrielles, l'extraction minière a l'un des impacts les plus négatifs sur l'environnement », écrivent-ils. Les dégâts occasionnés par les mines, surtout à ciel ouvert, sont connus : déforestation, perte de surfaces agricoles, atteinte à la biodiversité, pollution sonore dûe aux explosifs, poussières dégagées, forte consommation d'eau et d'énergie, pollution des eaux. Côté social, les conditions de travail seraient aujourd'hui quasiment inacceptables par les populations en Europe. En témoigne le projet de mine de charbon dans la Nièvre, enterré par le gouvernement en 2009 sous la contestation locale, ou l'actuelle polémique autour des gaz de schiste. On ne compte plus en France qu'une poignée de mines actives, quelques-unes dans les hydrocarbures, dans le sel gemme, un peu de bauxite, de l'or en Guyane et du nickel en Nouvelle Calédonie.

Cela condamne-t-il pour autant cette activité ? Michel Havard a retiré de sa visite de la mine suédoise de cuivre souterraine de la société Boliden, à Skellefteå, la conviction qu'il est possible de rendre cette activité industrielle aussi acceptable que les autres. En particulier dans les zones européennes peu peuplées comme en Estonie où l'extraction a redémarré. Parmi les bonnes pratiques envisageables, l'exploitation souterraine pour limiter les dégâts en surface, des horaires allégés et la protection forte des mineurs.

La société Variscan-Mines, fondée par Jack Testard sur capitaux australiens, fait partie de la dizaine de sociétés d'exploration qui ont survécu au déclin du secteur en France et qui misent sur une relance de l'activité. Comme ses concurrentes, elle dépose à nouveau, auprès de l'Etat, des demandes de permis d'exploration sur de petits gisements. « Il existe en métropole des opportunités pour les métaux de base et les métaux stratégiques. Et les besoins sont immenses : rien que pour le cuivre, l'humanité va en consommer d'ici à 2050 l'équivalent de ce qu'elle a utilisé jusqu'à présent », avance Jack Testard. Une autre conviction l'anime : montrer qu'il est possible de concilier industrie minière et développement durable. « Il n'est plus possible d'opérer comme avant », reconnaît-il.

Le député Michel Havard voit toutefois deux conditions supplémentaires pour convaincre les populations. La fiscalité minière actuelle attribue aux conseils généraux les retombées financières d'une exploitation. Il faudrait intéresser directement les riverains. Juridiquement, l'affaire des gaz de schiste a par ailleurs rappelé que les permis d'exploration valaient quasiment permis d'exploitation. Pour le parlementaire, il faut donner à l'administration les moyens de pouvoir stopper un projet en cas de problème. Le rapport sur la révision du droit minier, que l'avocat Arnaud Gossement vient de livrer au gouvernement, va dans le même sens d'une convergence avec le droit de l'environnement et d'une démocratie locale. En pleines négociations, Catherine Tissot-Colle, président de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux, préfère botter en touche.Tout au plus se borne-t-elle à indiquer que la relance de la mine n'est pas l'objectif majeur. L'industrie minérale française compte surtout de grands groupes, impliqués en aval de l'extraction.

MATTHIEU QUIRET

Les Echos le 08/11/2011

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