Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Gaz de mine : une future ressource pour la Wallonie ?

Publié le par REVEL Stephane

Le grisou, encore présent en grandes quantités dans les anciennes mines de charbon, intéresse de plus en plus les producteurs d’énergie. Aux Etats-Unis, mais aussi en France, il est déjà exploité à l’échelle industrielle et pourrait aussi l’être un jour en Wallonie. Mieux encore: l’exploitation du gaz de mine peut se combiner à la séquestration de CO2 dans le sous-sol.

Le grisou n’est rien d’autre que du méthane, emprisonné de manière diffuse dans le charbon, dont il partage les origines. Tous deux sont le produit de la décomposition de matières organiques, il y a plusieurs millions d’années. Redouté des mineurs, toujours placés sous la menace du «coup de grisou», le gaz de mine apparaît aujourd’hui comme une nouvelle ressource prometteuse. Avec le gaz de schiste, que l’on trouve piégé dans certaines roches, le gaz de mine fait partie des gaz «non conventionnels», qui intéressent beaucoup les producteurs d’énergie.

Jusque dans un passé récent, leur coût d’extraction décourageait l’exploitation mais, depuis quelques années, la hausse des prix de l’énergie améliore les perspectives de rentabilité. Les réserves mondiales sont difficiles à évaluer, mais à coup sûr très importantes: peut-être entre 60 et 250% des réserves de gaz conventionnel, selon Petroleum Economist. Aux Etats-Unis, la production de gaz non conventionnels a atteint 142 milliards de m3 en 2009 (dont 54 milliards de m3 pour le gaz de mine), soit environ 22% de la consommation américaine de gaz naturel.

Potentiel wallon

Comme d’autres régions minières, la Wallonie offre de réelles perspectives d’exploitation du grisou, principalement dans le Hainaut, qui présente un terrain favorable. Différentes études convergent pour évaluer ces réserves entre 40 et 80 millions de m3 récupérables par km2, voire plus, en fonction des incertitudes géologiques et techniques. Des chiffres qui peuvent paraître impressionnants, mais qu’il convient de relativiser, en les comparant à la consommation belge de gaz naturel: 18 milliards de m3 par an.

Dans le bassin du Nord-Pas-de- Calais tout proche, le grisou est exploité de manière industrielle depuis les années 1980 par la société Gazonor, qui extrait environ 80 millions de m3 de gaz par an sur trois sites. Début 2008, Gazonor a été rachetée par le groupe European Gas Limited (EGL) avec le soutien de Transcor, filiale de la Compagnie Nationale à Portefeuille (CNP) d’Albert Frère. Ensemble, les mêmes partenaires ont monté une joint-venture qui s’est portée candidate pour deux permis d’exploitation en Hainaut, couvrant environ 500 km2. Au total, les réserves pourraient se chiffrer en dizaines de milliards de m3.

De là à l’exploitation industrielle, il y a encore de la marge et beaucoup d’incertitudes. Dans quelle mesure les réserves seront-elles accessibles, en fonction de quelles techniques et à quel coût? L’exploitation sera-t-elle rentable à long terme? Et comment le projet sera-t-il reçu par le public? Les investisseurs espéraient, semble-t-il, bénéficier de «certificats verts» pour le grisou hennuyer. La CWaPE (Commission wallonne pour l’énergie) a toutefois estimé que le gaz de mine ne pouvait être considéré comme une énergie verte: c’est une ressource fossile, disponible en quantités finies.

Extraire du méthane pour stocker du CO2


Et cependant, selon certains experts, le gaz de mine offre de véritables atouts écologiques. D’une part, la combustion du méthane rejette moins de CO2 que celle du pétrole ou du charbon — mais cet avantage est fonction de la méthode d’extraction, plus ou moins énergivore, voire polluante (lire l’encadré). D’autre part, la récupération du méthane pourrait se combiner avec l’injection et la séquestration de CO2 dans le sous-sol. En quelque sorte, il s’agit de remplacer un gaz par un autre. Cela se pratique déjà dans certaines exploitations gazières ou pétrolières: le CO2 y est utilisé comme gaz propulseur pour faire remonter les hydrocarbures. Ainsi, plus de 10 millions de tonnes de CO2 ont déjà été enfouies dans le champ de gaz du Sleipner, au large de la Norvège. Coup double: l’exploitation de l’énergie va de pair avec une limitation de l’empreinte carbone. Le potentiel de séquestration est actuellement étudié par un projet belgo-néerlandais, le PSS-CCS, auquel participe Jean-Marc Baele, ingénieur civil en mines-géologie de l’université de Mons. Ce groupe évalue les capacités de stockage dans le Hainaut à 500 millions de tonnes de CO2 (et autant dans le bassin de la Campine).

«C’est une piste à explorer, estime Jean-Marc Baele. Ce n’est certainement pas suffisant pour absorber toutes nos émissions industrielles, mais cela pourrait être un élément important pour limiter les excédents, qui risquent de coûter très cher à nos industries. Je suis conscient que ce n’est pas une solution durable — cela revient à cacher la poussière sous le tapis — mais ce pourrait être une bonne solution de transition, en attendant que les énergies vertes soient davantage développées.» Il plaide pour la poursuite des recherches: «Nous avons besoin de données objectives, or nous n’avons pas de vision claire des ressources de notre sous-sol. Contrairement à d’autres pays européens, nous n’avons toujours pas réalisé d’essai pilote sur le terrain.» Cependant, la Région Wallonne semble se diriger vers une interdiction du stockage industriel de CO2, qui ne semble pas non plus entrer dans les projets de Transcor et EGL.

EMMANUEL ROBERT

mercredi 28 septembre 2011 à 18h25 Trends.BE

Commenter cet article