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L'émotion des anciens mineurs, 40 ans après

Publié le par REVEL Stephane

Le 13 juillet, cela faisait 40 ans jour pour jour que les machines de la fosse Delloye rendaient leur dernier souffle, que les hommes « remontaient » pour la dernière fois. L'occasion pour une quinzaine d'anciens mineurs de revenir sur les lieux, au centre minier de Lewarde.


« Oui, j'étais là, j'ai arrêté les machines. » Jean Sztor, 84 ans, était machiniste à la fosse Delloye. Ce 13 juillet 1971, quand tout s'est éteint ici, il s'en souvient bien. Tous s'en souviennent. Avec une émotion non feinte, parfois dissimulée derrière une bonne dose d'humour.
Ce travail, le charbon, le fond, le bruit, c'était « du travail de forçat. C'était terrible. Je me demande comment j'ai réussi à survivre , s'émeut Marcel Domise. Malgré tout on l'aimait, ce boulot. Il fallait produire pour le pays. » Et les discussions entre anciens collègues de s'animer. Plus le travail est dur, plus l'entente est fraternelle et éternelle... Chacun y va de sa petite anecdote. L'un évoque ce cheval qui « nous a sauvé la vie, au fond », un autre raconte l'infirmerie - « On n'aimait pas ça, l'infirmerie ».


Parce qu'elle est là, la magie de ces retrouvailles, dans les lieux authentiques, dans ce centre historique minier construit sur la fosse Delloye. Une reconstitution à l'identique de leur histoire, de leur vie de mineur. « C'est merveilleux ce qu'ils ont fait ici. On y conserve la grande vérité du Nord - Pas-de-Calais. » Dario Pilia, 80 ans, a été guide ici après sa carrière au fond et dès l'ouverture du centre en 1984. D'autres sont revenus sur les lieux, certes, mais épisodiquement. Didier était technicien et n'a visiblement pas remis les pieds sur la fosse Delloye depuis sa transformation en centre historique. Il s'arrête devant la « cage » qui les emmenait au fond il y a 40 ans : « Ça me rappelle des choses. Ça fait comme si j'étais encore là. Je vois ce que j'ai fait. » Une pause dans la salle des pendus, où sont encore accrochés les vêtements des mineurs. Armand tire sur une corde pour faire descendre un ensemble combinaison, casque, lampe. Même geste qu'avant. Mais ce qui avait commencé comme une blague se transforme vite en émotion. Le souvenir. C'est les larmes aux yeux que l'ex-mineur raccroche la corde.
Virginie Debrabant, directrice des archives au centre de Lewarde, est elle aussi bouleversée et émue par ces retrouvailles hors du commun, hors du temps.
Alors à la fin de la visite, une décision s'impose : « Renouveler cette opération chaque 13 juillet. » Rendez-vous est pris pour 2012. Pour encore mieux combler l'objectif du musée : « Porter haut la mémoire de la mine. »

 

15 juillet 2011 - BÉRANGÈRE BARRET Nord Eclair

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