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L'ultime mine du Nord narrée à ses enfants

Publié le par REVEL Stephane

C'est à Roost-Warendin, près de Douai, qu'aurait dû être tirée la dernière gaillette, mais des difficultés d'exploitation du chantier ne lui ont pas laissé cet honneur. Le 26 octobre 1990, moins de deux mois avant Oignies, la fosse de l'Escarpelle a fermé. Paul Bar en a été une figure, délégué syndical si charismatique qu'il a été fait chevalier de la Légion d'honneur. ...

D'avis partagés, peu de mineurs parlaient de leur métier. Mais Paul, lui, est si intarissable que ses quatre enfants pourraient sans nul doute travailler au fond si demain on rouvrait les puits. Il leur a raconté son travail, quand il a été « méneux d'quévaux », ses dix ans de marteau-piqueur quand il avait des bras comme ça. Il tape sur la table en bois. Véronique et Jean-Paul, ses « tiots » de 40 et 46 ans sourient tendrement. « On ne l'a pas beaucoup vu. Entre la mine, son travail de délégué et ses activités associatives. »

Il a tant fait qu'il a une salle à son nom « d'sin vivant ». « Moi, ce dont je me souviens le plus, c'est sa grève de 1985 », raconte sa fille.

Des valeurs

Paul et quatre « camarades » sont restés une semaine au fond « in plein courant d'air » pour bloquer le puits avant de passer une semaine sous la tente. « On voulait qu'ils réapprofondissent, on aurait eu 15 ou 20 ans de boulot. Au final, on a gagné cinq ans. » Véronique avait 15 ans. « On l'appelait au téléphone, quand il était au fond. » Une lutte dont ses camarades parlent comme si c'était hier. « En sortant, on a découpé les boutons de la veste de Paul », raconte Serge.

Il sort un porte-clefs avec un de ces boutons accroché. « Te t'souviens ça Paul ? » Ses yeux bleus pétillent.

À cette époque, Serge n'a que 25 ans mais il dit avoir appris toutes les valeurs qui l'ont fait au fond : solidarité, non au racisme, travail. Des mots qui reviennent aussi dans la bouche des enfants de Paul. « C'est tout ça que notre père nous a inculqué », se félicite Jean-Paul, « fier » de son père mineur.

Les treize petits-enfants de l'ancienne « gueule noire » - « il se lavait sur le carreau, mais quand il rentrait, le tour de ses yeux était encore noir » - aussi en connaissent long sur la mine. Suffit de rentrer chez papy Paul. Une maison de cité qui a tout du musée avec ses photos, ses statues, des bibelots et même son autel. « Ici, le mineur, c'est un peu Bouddha, des fois mon père allume des bougies pour leur rendre hommage », plaisante Véronique. Paul regrette que ce soit fermé. « Avec la mécanisation, c'était devenu de l'ouate. Il n'y avait quasiment plus de poussière. J'ai deux fils, si l'fosse elle avait pas fermé, ils auraient travaillé au fond. »

dimanche 19.12.2010, 05:17 - L. D. La Voix du Nord

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