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La fin des mineurs en France

Publié le par REVEL Stephane

Le dernier mineur de France va remonter du puits en 2004

Vendredi, en fermant la mine de la Houve, la France fera une croix sur son charbon. Une croix de Lorraine.

On y est, tout est presque poussière, souvenirs, crassier. Tout est classé. Vendredi, en fin de journée, la dernière tonne de charbon extraite du sol français sera remontée du puits de la Houve. Elle aura paradé sa noirceur sur le tapis roulant de Porcelette devant 2 500 invités. Suivie par l’ultime équipe de jour portant à bout de bras la statue de Sainte-Barbe qui nichait dans son alcôve à 500 mètres sous terre. Et voilà. Terminus, tout le monde remonte.Ainsi s’achèvera une longue aventure industrielle qui aura duré trois siècles ou peu s’en faut. Le Nord – Pas de Calais avait ouvert les veines de la terre au temps de Germinal. La Lorraine, terminal de cette saga, referme la dernière faille.

Depuis l’automne dernier et les derniers jours de Merlebach, les Houillères de Lorraine préparaient l’ultime jour de l’ultime puits. La Houve a eu le redoutable honneur de clore une histoire souterraine qui s’achève à Creutzwald, pays de Moselle, terre de Lorraine : « Toutes les industries savent qu’elles sont mortelles. Nous, nous savions la date », commentent, dignement, les hommes des entrailles.

Car tout le monde était prévenu là-bas. Tout le monde savait, depuis dix ans, que le Plan charbonnier, signé en 1994 avait programmé la fin du charbon français. Trop cher, trop difficile à extraire, trop dangereux, trop profond. De plein gré, les mineurs ont signé l’arrêt de mort de leur métier. Dans les vallées de Moselle, aujourd’hui, on trouve des retraités de 42 ans qui doivent se réinventer une seconde vie.

« Ça fait quoi ? Un vide, un grand vide à combler », lâchent ces hommes qui ont tapé dedans jusqu’au dernier jour avec, en tête, l’idée que « depuis des générations, on a tous tété la même mère qui n’a plus de lait à nous offrir aujourd’hui ». Là-bas, la cokerie qui emploie encore 600 personnes vient d’être cédée à un groupe allemand. Les Houillères vendent tout ce qui peut l’être : les logements, 300 km de voies ferrées, les chevalets. Mais pas les souvenirs : un musée va ouvrir au bord de la frontière allemande et tout le monde est d’accord là-dessus : « On prendra le temps et on se donnera les moyens de faire notre deuil. »

Le week-end prochain, après l’intense moment de la dernière remontée et un spectacle donné par les mineurs eux-mêmes vendredi soir, le puits de la Houve ouvrira ses grilles aux gens du pays. On viendra en famille, le dimanche, déambuler là où des anciens ou des pères ont travaillé dur et dignement. On viendra respirer cette odeur du travail qui traîne encore dans les couloirs et la salle des pendus où ne s’accrocheront plus les bleus.

Vendredi, la dernière douche réunira le dernier carré des costauds du fond. Ils feront comme ils font à chaque fois : ils chanteront des chants qui viennent du fond des âges. Ils se frotteront mutuellement le dos car les mineurs, en surface, comme au fond, ont porté un monde où la solidarité épaule, où la camaraderie était la loi. Où chacun faisait en sorte que tout le monde remonte vivant.

Puis, à 900 mètres sous la terre, les nappes de Lorraine vont envahir doucement les boyaux. A raison de 20 m3 par mois, la Houve va se remplir en deux ans. En 2006, et pour la fin des temps, un lac souterrain se sera formé dans les galeries du courage…

François SIMON Ouest France

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