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La mine vue des cinq continents

Publié le par REVEL Stephane

L'histoire de la mine ne s'arrête pas aux frontières du Nord- Pas-de-Calais. Elle continue même de s'écrire un peu partout dans le monde. Pour rendre hommage à tous ces « Mineurs d'ici et d'ailleurs », le centre historique minier leur consacre, jusqu'au 5 juin, une expo photos inédite.
CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
« Vingt ans après la fermeture du dernier puits de mine dans la région, les regards ont beaucoup changé sur le charbon », affirme André Dubuc, directeur du centre historique minier de (CHM) de Lewarde. Preuve en est, la célèbre joaillerie Hermès est même allée jusqu'à lui emprunter une gaillette afin de l'utiliser comme support de bijoux de luxe à l'occasion d'une campagne de photo publicitaire. Par ailleurs, de nombreux artistes, dans le monde entier, s'emparent de plus en plus de ce « beau matériau ». Et surtout, s'intéressent à cette communauté d'hommes, et parfois de femmes et d'enfants, qui ont risqué et risquent encore leur vie pour extraire de la terre l'or noir mais aussi un grand nombre de minerais et de pierres précieuses. C'est donc pour leur rendre hommage que le centre historique minier leur consacre sa première exposition temporaire de l'année.
« Mineurs d'ici et d'ailleurs » regroupe pas moins de 206 clichés réalisés par 25 photographes dans 17 pays. Tout est parti de la « rencontre » d'André Dubuc « avec les photographies d'Aleksander Prugar », en janvier 2010, alors qu'il était en déplacement à Zabzre en Pologne. « Quand je les ai vues, je me suis dit qu'il fallait qu'elles viennent ici », lâche le directeur du CHM.
Voilà chose faite. Dès la première salle, on découvre, sur un pan de mur, l'une de ses séries de doubles portraits de mineurs silésiens pris à l'issue de leur remontée, avant et après leur douche. Même lavés, la poussière du charbon cercle toujours leurs yeux, tel un maquillage indélébile. Arkadiusz Gola, quant à lui, s'est davantage intéressé au travail des femmes au fond des fosses polonaises. Devant l'objectif, certaines s'amusent à prendre des attitudes très masculines, d'autres à jouer, au contraire, de leur féminité alors qu'elles sont entourées d'imposantes machines d'extraction. « Je ne leur ai jamais rien imposé. Ce sont elles qui ont choisi l'endroit et l'attitude qu'elles voulaient que je capture », insiste l'artiste.
Privilégiant, lui aussi, la participation et la complicité de ses modèles, Jean-Louis Schoellkopf, a immortalisé les visages des derniers mineurs de La Ricamarie, ville industrielle de Saint-Etienne. Ses portraits, exposés en petits formats et sans cadre, « invitent le regardeur à s'approcher afin de favoriser l'intimité ». Des clichés emprunts d'humanité et dégageant l'intérêt qu'il porte à ce peuple du sous-sol.
Une fraternité transfrontalière
Un « peuple » que Claude Druelle connaît bien. « J'ai été mineur pendant plus de 12 ans à Somain, raconte le pétillant octogénaire. Mais j'ai toujours été passionné par la photo. Du coup, j'ai remplacé Paul Walet, le photographe officiel des houillères du Nord - Pas-de-Calais en 1969 ». Résultat, des portraits d'un grand esthétisme qui, de l'aveu de l'ex-gueule noire, ne reflètent pas tout à fait la réalité du fond. « J'avais des contraintes de la direction car c'était ensuite publié dans le journal Le Relais. Il ne fallait pas qu'apparaissent des fautes de sécurité ou que les hommes aient le visage trop sale ».
À l'inverse, Sebastiao Salgado et Charles Henneghien n'ont pas hésité à montrer les conditions de travail pénibles, voire inhumaines, de certaines exploitations. L'un, en nous entraînant au coeur des mines d'or de la Serra Pelada, au Brésil, l'autre, au Maroc où il a réalisé toute une série de clichés, au cours des années 60 alors qu'il officiait auprès de ces populations en tant que pneumologue. Des témoignages rares qui résonnent comme des cris d'indignation. L'expédition se poursuit jusqu'en Chine, en passant par l'Ukraine, la Bolivie ou encore l'Afghanistan. Autant de regards différents « qui témoignent cependant d'une même attitude de tous les mineurs du monde : une dignité, voire même une certaine fierté », conclut André Dubuc.w

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