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La Nièvre n'ira pas au charbon

Publié le par REVEL Stephane

Le charbon de la Nièvre restera sous terre. Après quatre années de procédure et d’agitation, les actionnaires de la Société d’exploitation des ressources énergétiques du Nivernais (Seren) jettent l’éponge. Dans un courrier daté du 12 avril et remis à Jean-Louis Borloo, ils annoncent leur décision de liquider leur société. Une façon de prendre acte de la décision de rejet du ministre de l’Ecologie annoncée en plein sommet de Copenhague à la fin du mois de décembre. Envolé le projet de mine de charbon et de centrale électrique de la Seren. Parce que "la France vise l’exemplarité en matière de respect de l’environnement", déclare alors Jean-Louis Borloo. Silence radio depuis, n’était-ce pour un arrêté de refus notifié mi-avril à l’entreprise.

Dans sa lettre, François Jaclot, président de la Seren, s’en étonne et dit sa déception. Et de rappeler l’impact positif de l’opération en termes "d’effet de serre, de transfert de technologie, d’emploi et même de balance commerciale". "Nous sommes comme les glaiseux de Provins dont parlait Alain Peyrefitte dans Le Mal français. Victimes du blocage des esprits et des institutions. Nous avons perdu dans l’affaire plus d’un million d’euros en frais d’études et la région est passée à côté d’une chance historique pour se réindustrialiser", déplore l’ancien numéro deux de Suez qui dirige le groupe énergétique AOG depuis Londres. "Nous avons instruit le dossier très sérieusement. La qualité technique des procédés de captation et de séquestration de CO2 présentés nous est apparue encore trop expérimentale. En fermant les dernières mines en 2004, nous avons tourné la page du charbon", indique-t-on au ministère de l’Ecologie.

Le plus grand gisement du pays

Ce revers marque la fin d’un combat acharné. Révélé à l’été 2006, le projet fait aussitôt polémique. L’ancien patron d’Altus (Crédit lyonnais), Jean-François Hénin, qui le porte, a fait fortune dans le pétrole à la tête de Maurel & Prom. La forte hausse des cours du pétrole réveille ses projets miniers dans la région. Le gisement de la Nièvre intéresse aussi Valorca, une entreprise dirigée par le fondateur de la Générale de santé, Daniel Caille. Mais dès le mois de novembre 2006, face à la bronca que soulève l’opération, Hénin se déclare "actionnaire dormant". Originaire de la région et propriétaire d’un troupeau de vaches Salers à Lucenay-lès-Aix, une commune concernée par l’implantation du site, il avait fédéré un groupe d’investisseurs. Il était majoritaire avec 40% du capital détenu via son holding personnel, Pacifico. La Macif avait pris un ticket de 15%, ainsi que la financière Rosario, une société familiale. François Jaclot bouclait le tour de table avec une participation de 5%.

Situé dans le sud-est du département, le gisement est le plus grand du pays, capable d’alimenter une centrale électrique de 1.000 mégawatts. Ses réserves étaient évaluées entre 200 et 300 millions de tonnes de charbon par le Bureau de recherches géologiques et minières lorsqu’il le découvre en 1986. Le calendrier et le montage financier de la Seren laissaient entrevoir une mise en exploitation de la mine dès 2010 et la production d’électricité dans le courant de l’année suivante. Elle devait mobiliser près de 1 milliard d’euros d’investissement et aboutir à la création de 400 emplois. Sur place, une bonne partie de la classe politique a soutenu l’initiative. Mais les opposants, élus Verts en tête, emmenés par le collectif Stop Charbon de la Nièvre, ont gagné la partie.

JDD du 25 avril 2010

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