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Le Boulonnais, un territoire remarquable au plan géologique

Publié le par REVEL Stephane

Comme chaque été, des visites guidées de carrières boulonnaises sont proposées aux touristes. L'occasion pour nous de braquer les feux sur la géologie du Boulonnais, passionnante à étudier. Interview de Jean-Pierre Geib, directeur adjoint du Parc naturel régional des caps et marais d'Opale, pour un premier volet consacré aux caractéristiques de la boutonnière du Boulonnais.

PAR EMMANUELLE DUPEUX

boulogne@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

 > Peut-on dire que la géologie du Boulonnais est remarquable ?

« Le Boulonnais est une structure géologique à part. C'est l'extrémité d'une grande boutonnière appelée ainsi à cause de sa forme en amande - qui commence dans le Kent, en Angleterre, traverse le détroit et se termine par le Boulonnais, à Lottinghen (derrière Desvres). C'est une sorte d'échancrure dans la surface de la terre (...) liée à une érosion particulière de certaines couches géologiques, en l'occurrence de craie. Des couches plus anciennes sont apparues, datant du jurassique (150 millions d'années, ère secondaire. NDLR, l'époque du Gris-Nez *). Il y a aussi des couches encore plus anciennes qui, dans la région de Marquise, font le bassin carrier. (...) On retrouve la même structure topographique côté anglais. »  > Cette boutonnière est délimitée par un coteau... « Oui, d'où qu'on vienne, pour se rendre vers Boulogne, on franchit un coteau. En venant de Montreuil, il se trouve à Samer ; en venant de Lille il est à Escoeuilles ; en venant de Calais, à Saint-Inglevert... Ce relief en forme d'amande qui fait tout le tour du Boulonnais est cette couche de craie qui a disparu. Tout ça fait un paysage particulier. De tous les côtés du Boulonnais, on peut surplomber l'ensemble de la boutonnière. Voilà pourquoi on dit qu'il y a un bas Boulonnais (on parle même de fosse boulonnaise) et un haut Boulonnais, qui en fait le tour. »  > Ce relief a d'ailleurs une incidence sur la météo... « Le vent dominant, de sud-ouest, ramène l'humidité vers le coteau contre lequel elle vient buter. D'où l'expression de "pot de chambre" pour les environs de Desvres où on note les plus fortes précipitations. On a 600 mm de pluie par an autour de Boulogne et 1000 mm à Desvres ! »  > Il influe aussi sur les cultures ?

« On a de grandes terres de culture derrière la "cuesta", sur le plateau qui borde le Boulonnais car la craie est restée et a formé avec le temps de bons limons et de bonnes terres pour des cultures de grands champs. En plus, cette couche de craie est pleine d'eau (c'est une zone aquifère) et elle alimente la plus grande partie du Nord-Pas-de-Calais en eau potable. Par exemple Calais, une partie du Dunkerquois, une partie de Lille.... »  > La géologie a même une influence sur les villages et chemins !

« Tous ceux qui se sont développés sur le haut Boulonnais sont fort groupés car ils s'étaient réunis autour de puits où il fallait chercher l'eau à plus de 100 mètres de profondeur. Autour, on a des prairies bocagères pour les vaches et autour encore, de grands champs. C'est le cas par exemple à Senlecques.

À l'intérieur du Boulonnais, on est par contre sur les terrains du jurassique : surtout des argiles et des grès. L'élevage et le bocage boulonnais s'y sont développés car les terres y sont de mauvaises qualités... Dans les argiles l'eau ne s'infiltre pas bien, il y a de petites sources partout... On a donc un habitat dispersé et beaucoup de chemins qui, pour la plus grande partie, ont au bout du compte été largement macadamisés. On a donc très peu de chemins de randonnée dans cette partie. C'est très difficile d'en créer. »  > Une autre particularité à souligner ?

« Oui, elle concerne les zones boisées. Quand César est arrivé dans le Boulonnais (54 avant J.C.), il y avait de la forêt partout. On a défriché ensuite au fur et à mesure (souvent les abbayes). Les forêts qui restent - celles de Desvres, de Boulogne, d'Ecault, de Neufchâtel-Hardelot - sont toutes situées sur certaines zones précises. Les zones d'affleurement du crétacé inférieur (de 146 à 140 M d'années), caractérisées par des terrains sableux et pas intéressants au niveau agricole. » •  

(*) Le Blanc Nez est lui, l'expression du crétacée (autour 90 millions d'années).

 

La voix du Nord le

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