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Le récit de la journée où Françoise a perdu son mari, victime de la mine

Publié le par REVEL Stephane

|  COMMÉMORATION DE LA CATASTROPHE MINIÈRE DE LIÉVIN |

Le 27 décembre 1974, un coup de grisou se produit à 6 h 30 dans la mine de la fosse n°3 de Lens, à Liévin. Une catastrophe minière qui emporte 42 hommes. Françoise Obert raconte ce jour noir où elle a perdu son mari, Henri.

 

PAR STEEVEN DEMORA

 

lens@info-artois.fr

C'était il y a 37 ans. Pourtant, cette journée du 27 décembre 1974, Françoise peut encore la raconter en détail. « C'était un vendredi. Je me suis réveillée à 8 heures, puis les enfants se sont levés. » À 9 heures, elle quitte la maison de la rue Sainte-Émilie à Liévin pour se rendre chez sa belle-soeur. « J'allais prendre ma mobylette, et à ce moment-là, la voisine est sortie et m'a dit : "Il ne faut pas partir, il y a eu une catastrophe à la fosse 3". » Sur le coup, Françoise ne s'inquiète pas davantage pour Henri, son mari : « Il devait être au 4 de Lens. Peut-être que je n'avais pas fait attention, qu'il avait dit au voisin qu'il avait changé. Je suis donc parti voir à la grille de la fosse 3. »

Attente

Autour de la grille de la fosse Saint-Amé, elle a la confirmation qu'un accident a eu lieu. Elle attend, là, avec d'autres femmes, mais les informations ne filtrent pas. « Les secours étaient sur place, mais nous n'avons eu aucun renseignement. » Vers 10 h 30, Françoise, âgée alors de 28 ans, voit son père arriver sur le site. La nouvelle se répand, un coup de grisou, plusieurs blessés, et peut-être même des morts, là, sous leurs pieds. Françoise s'inquiète. La journée va être longue. Elle multiplie les allers-retours entre la fosse et le domicile. Chez elle, les trois enfants du couple, qui s'était marié dix ans auparavant, attendent sagement. Véronique, 10 ans, surveille sa petite soeur Christelle, 5 ans et son petit frère, 3 ans. « Elle avait trouvé une occupation. à l'heure du midi, elle démontait le sapin de Noël.

 » Françoise se souvient aussi que sa plus grande fille avait « fait cuire des pommes de terre, pour papa, quand il rentrera... » D'habitude, c'est vers 14 heures qu'Henri revient du travail. Il n'est toujours pas là. Les allers-retours se poursuivent, et les renseignements sont toujours aussi parcimonieux. « À 18 h 15, on m'a dit de retourner à la maison. Quelques membres de la famille étaient là, ils étaient peut-être plus conscients du drame que moi. J'ai fait du café. À 19 h 15, je commençais à trouver le temps long. » Françoise ressort donc de chez elle. C'est à ce moment qu'elle aperçoit le garde des mines venu lui annoncer la mauvaise nouvelle. Sa voisine la prend dans les bras et lui dit ces mots qui résonnent encore dans sa tête : « Il faut avoir du courage Françoise. » Sur le site, la grille s'ouvre enfin. Françoise est emmenée au lavabo, là où les cercueils sont exposés. « Je ne pensais qu'à chercher celui avec le nom de mon mari. Je n'ai pas réalisé tout de suite. Lorsqu'on m'a dit qu'il avait été remonté par les secours, je m'étais dit qu'il s'en était sorti... » Comme 41 autres mineurs, Henri Obert est mort ce 27 décembre 1974, au fond du trou, fosse Saint-Amé. Il allait avoir 33 ans. « Un homme qui aimait son métier, sa vie de famille et qui était passionné par la chasse », se rappelle aujourd'hui sa veuve. « Il disait tout le temps : "Je ne veux pas mourir au fond de la fosse. Je veux mourir avec le ciel au-dessus de ma tête". » •

La cérémonie commémorative se déroulera aujourd'hui, à 11 h 30, place Saint-Amé.

 

mardi 27.12.2011, 05:14  - La Voix du Nord

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