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Les coûteuses mines d'uranium de l'ex-RDA

Publié le par REVEL Stephane

Environnement. L'Allemagne aura déboursé 6,5 milliards d'euros pour les réhabiliter.

Dans les années d'après-guerre, la RDA asservie a fourni à l'URSS près de 240 000 tonnes d'uranium. La réunification venue, le gouvernement fédéral s'est attelé au plus complexe projet de réhabilitation environnemental d'une région aussi vaste que le département de la Gironde.
Quand Moscou se décide enfin, en 1945, à se doter d'un armement nucléaire, experts et scientifiques, cornaqués par la police de Beria, vont trouver dans le sud de l'Allemagne, en Saxe et Thuringe désormais sous régime d'occupation, les filons dont on va extraire l'uranium qui manque à l'Urss.
Vu l'avance prise par les Américains, l'urgence commande de faire vite. Sous le nom de Wismut SMDA, des puits sont ouverts à tour de bras, 37 en quelques années. La main-d'œuvre explose, monte à 130 000 personnes grâce à des dizaines de milliers de réfugiés exilés, arrivés là par les suites de la guerre ou revenus au pays, qui cherchent à recommencer une existence.
On recrute de force des milliers d'individus jusqu'au début des années 50. Dans le même temps, 70 000 d'entre eux, selon les estimations, prennent la fuite et courent se réfugier en Allemagne de l'Ouest (la frontière interallemande est encore ouverte).
Certes, les mineurs de Wismut bénéficient de meilleurs salaires et de bons d'alimentation, mais ils le paient cher.
Au fond, peu de ventilation et extraction à sec. Les poumons se remplissent de poussière de pierraille, avec des particules de radon radioactives ou des gaz d'explosion toxiques.
Selon des statistiques très approximatives, on compte entre 52 000 et 90 000 personnes qui souffrent de silicose, 3 000 d'un cancer du poumon. La poussière quotidienne tue plus que les ondes radioactives. Les accidents, parfois très graves, sont fréquents. La moindre rébellion est punie de goulag.
Par la suite, aucun secteur industriel est-allemand n'est à ce point aux petits soins avec ceux qu'il emploie.
Un témoin de l'époque : « Nous avions des rations supplémentaires de fruits, des endroits pour passer les vacances, même des autos et des logements. On pouvait tout acheter, ces denrées pour lesquelles les gens dans le reste du pays devaient faire de longues queues. L'exemple a contrario de ce qui ne devait pas exister dans une république dite démocratique. » Lorsqu'à la réunification, en 1991, les experts ouest-allemands arrivent dans la région, ils n'imaginent pas le désastre. Pendant 36 ans, ces régions ont été éventrées, creusées, labourées avec des lieux d'extraction parfois à la porte des jardins des maisons. Impliquant jusqu'à la disparition de hameaux et villages.
L'« héritage » est lourd : abattre 3 700 édifices sur les sites, sécuriser 1 400 km de boyaux, 311 millions de mètres cubes de dépôts sur 48 haldes, 160 millions de mètres cubes de boues radioactives.
La décision est prise : réhabilitation du territoire et santé des populations locales ne peuvent être garanties que si l'on fait totalement et définitivement table rase. En l'espace de vingt ans, les puits sont étayés puis noyés, les infrastructures détruites, les bassins de décantation décontaminés et protégés.
Des travaux gigantesques. On redessine des collines, des forêts, des lacs, des cours d'eau, on adoucit les terrils, de l'activité minière ancienne il ne reste plus aujourd'hui, en surface, la plus petite trace.
Wismut Ag va réussir son énorme pari. L'opération aujourd'hui pratiquement achevée, les contrôles se poursuivront longtemps au sol et en profondeur, mais il en aura coûté 6,5 milliards d'euros au contribuable allemand.
La Russie a refusé d'y prendre part.

Robert Fiess

Publié le mercredi 02 novembre 2011 L'Ardennais

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