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Les dangers des mines

Publié le par REVEL Stephane

Ce texte est tiré de: "Les mondes souterrains" (histoire de F collins, p.97)

Il baptisa sa grotte Great Crystal Cave et, un an plus tard, elle était prête à recevoir les visiteurs.
Mais le succès se fit attendre.
Si la grotte était belle, elle avait le malheur de se trouver en bout de parcours (à plus de 7 km de l'entrée de Mammoth Cave) sur ce qu'on appelait la route des cavernes.
Bien avant d'arriver à Great Crystal, les touristes étaient happés par des rabatteurs qui, souvent, les entraînaient ailleurs.
Collins se dit alors que le seul moyen de battre la concurrence était de découvrir une nouvelle grotte pourvue d'un accès plus proche de la route que toutes les autres.
En janvier 1925, il s'entendit avec trois hommes qui exploitaient des champs sur une hauteur à quelques kilomètres au sud-est de Mammoth Cave : ils l'autorisaient à fouiller leurs terres et lui assuraient le gîte et le couvert, moyennant quoi les bénéfices éventuels seraient partagés moitié-moitié.
Collins commença par explorer un trou qu'il avait déjà repéré sur le terrain de Beesley Doyle et que surplombait un entablement de grès.
Il lui fallut trois semaines de dur labeur pour creuser une tranchée d'accès et dégager le passage qui venait ensuite.
C'était un boyau étroit et pierreux qui se déroulait dans le sol comme un serpentin avec, d'abord, une pente de 4 ou 5 mètres, puis une verticale, puis une pente en sens inverse se terminant par une autre verticale et un étranglement où l'on arrivait difficilement à se glisser.
De là, on repartait dans l'autre sens, la hauteur du boyau se réduisant progressivement à 25 centimètres environ et l'on atteignait un renfoncement où l'on avait à peine la place de se retourner avant de s'engager sur une espèce de toboggan présentant une dénivellation abrupte de près de trois mètres et aboutissant à une niche et à une chatière.
Le drame survint le vendredi 30 janvier, le jour où Collins allait pouvoir pour la première fois franchir cette chatière après avoir fait exploser une charge de dynamite pour l'élargir.
Muni d'une lampe à pétrole et d'un rouleau de corde, il se glissa dans l'étroiture, remarquant au passage le danger que constituaient les pierres branlantes et la terre meuble autour de lui, et ressortit sur une corniche surplombant un puits de près de 20 mètres de profondeur.
Il y descendit en s'aidant de sa corde et en inspecta le fond jusqu'au moment où la flamme de sa lanterne commença à vaciller, signalant qu'il était temps de rebrousser chemin.
Il remonta donc, laissant la corde en place en vue d'une prochaine descente, s'engagea la tête la première dans l'étroit conduit et s'y enfonça en effectuant des mouvements de reptation tout en prenant appui avec ses pieds sur le sol et les parois.
Il se trouvait alors à 35 mètres de l'entrée et à 17 mètres de profondeur.
Avant de commencer à se hisser à travers l'étroiture, il avait poussé sa lanterne devant lui et elle s'était renversé et éteinte.
Les bras collés au corps, il exerça une poussée avec les pieds.
Le droit heurta une grosse pierre qui saillait et la fit tomber sur le gauche coinçant le malheureux.
De son pied libre, il essaya de se dégager mais ne réussi qu'à détacher d'autres pierres et de la terre, de sorte que le pied droit à son tour, fut immobilisé.
Utilisant les muscles de l'abdomen et de ses cuisses, il fit de nouvelles tentatives pour se libérer, mais chacun de ses mouvements aggravait la situation.
L'infortuné Collins se trouvait pris comme dans une camisole de force.
Il cessa de lutter.
Etendu sur le côté gauche à un angle de 45 degrés, la tête dépassant seule de l'étroiture, les deux bras cloués au corps et les deux jambes coincées, il était complètement immobilisé.
Par dessus le marché, il faisait noir comme dans un four et des gouttes lui tombaient sur la joue. Collins était en train de vivre l'un des plus vieux cauchemars qui hantent l'humanité : il était enterré vivant.
Seul dans sa prison humide et frissonnant de froid, il appela au secours jusqu'à en perdre la voix et finit par sombrer dans une somnolence agitée.
L'accident s'était produit aux alentours de midi et il pouvait tirer quelque réconfort du fait que ses associés savaient où il se trouvait.
Ce soir-là, Beesley Doyle, ne voyant pas rentrer Collins, supposa qu'il était allé passer la nuit chez son voisin, Edward Estes ; mais, le lendemain, lorsque celui-ci lui apprit qu'il ne l'avait pas vu, les deux hommes coururent à la grotte accompagnés de Jewell, le fils d'Estes, alors âgé de 17 ans.
Seul, ce dernier était assez mince pour franchir le premier étranglement du boyau.
Il appela Collins tout en rampant vers le second et entendit une voix faible lui répondre : "Viens par ici, je suis coincé".
Mais Jewell eut peur de s'aventurer plus loin et battit en retraite.
La nouvelle de ce qui était advenu à Floyd Collins se répandit rapidement et son frère Marshall, 28 ans, arriva bientôt sur les lieux.
Il recruta parmi les quelques dizaines de personnes déjà rassemblées à l'entrée de la caverne des volontaires pour organiser le sauvetage, mais lui non plus ne put atteindre le prisonnier. Homer, 22 ans, le plus jeune des cinq frères Collins et celui qui, après Floyd, avait la plus grande expérience des souterrains, arriva tard dans l'après midi.
S'étant dévêtu, il réussit à franchir les deux passages resserrés et à atteindre, au bas du toboggan, l'endroit où Floyd gisait depuis plus de 24 heures, sans eau, sans nourriture et sans lumière. Consterné de le voir dans cette situation, il lui fit ingurgiter du café et des sandwichs et commença le travail effroyablement lent consistant à enlever la terre et les pierres qui recouvraient son frère jusqu'aux épaules.
Le manque d'espace l'obligeait à des manoeuvres acrobatiques pour creuser, remplir un récipient avec les déblais, le passer à une chaîne d'assistants pour qu'ils le vident et se remettre à creuser.
Il peina ainsi toute la nuit et remonta le dimanche à l'aube, complètement épuisé, ayant réussi à dégager son frère jusqu'à mi-corps seulement.
Pendant qu'il récupérait, plusieurs tentatives furent effectuées par d'autres personnes pour faire parvenir à Floyd de la nourriture et des couvertures, mais elles échouèrent à cause de la boue, du manque d'espace et de la terreur que la grotte inspirait à tous.
A un homme qui était arrivé assez près pour l'entendre, Floyd dit : "Me voici prisonnier...prisonnier à vie".
Homer se remit à l'ouvrage le dimanche après-midi vers 17 heures et finit par dégager les mains de son frère.
Elles ne pouvaient toujours pas s'écarter du corps, mais il lui mit dans la gauche une barre de fer pour qu'il essaie de détacher la pierre qui coinçait son pied. Floyd était trop affaibli pour la bouger.
De son côté, Homer s'efforçait avec un ciseau et un marteau de creuser la niche où il se trouvait pour se donner plus d'espace et pouvoir travailler plus à l'aise, mais c'était peine perdue.
En rampant, il remonta à la surface pour se reposer et redescendit après minuit alors que dehors une pluie froide commençait à tomber.
A l'intérieur, il faisait 21°C. Floyd, dont la chaleur corporelle baissait, commençait à divaguer, mêlant dans son délire des chars blancs transportant des anges, des sandwiches de poulet et une assiette de foie aux petits oignons.
De temps en temps, il semblait redevenir lucide. Homer, qui passa là toute la nuit, l'entendit à un moment dire en gémissant : "je t'en prie, ramène-moi à la maison, que j'aille me coucher".
Les journaux de Louisville parlèrent pour la première fois de cette affaire le dimanche.
Le lendemain, 2 février, elle était diffusée dans toute la presse du pays et des journalistes en mal de copie commençaient à se mêler à la foule à l'entrée de la caverne.
L'un des premiers fut William "skeets" Miller, du Courier-Journal's de Louisville.
Il ne payait pas de mine.
C'était un garçon de petite taille (1.65 m, 53 kilos), aux cheveux filasse, qui débutait dans la profession et ne paraissait même pas ses 21 ans.
Il entreprit immédiatement d'arracher des détails à Homer qui venait tout juste de remonter à la surface après une nuit éprouvante passée auprès de son frère et qui se réchauffait auprès d'un feu de camp.
Homer lui dit sèchement : "voici le trou, vous n'avez qu'à descendre et vous rendre compte par vous même".
Miller releva immédiatement le défi, à sa propre surprise comme à celle de Homer. "Je pense, devait-il expliquer plus tard, que j'aurais eu honte de reculer".
Ayant enfilé une combinaison, il s'engagea dans le boyau en se contorsionnant et, après avoir franchi le second étranglement, il se sentit subitement glisser tête la première sur plusieurs mètres et alla heurter en fin de course une "masse humide" qui bougeait et gémissait.
C'était Floyd.
S'efforçant de maîtriser sa panique, Miller remonta péniblement le toboggan et se laissa glisser de nouveau, cette fois les pieds devant. Il remarquait que dés qu'il cédait à la peur, il "s'enflait comme un crapaud et se bloquait".
Ayant soulevé le morceau de toile d'emballage que Homer avait placé sur le visage de son frère pour le protéger de l'eau qui tombait goutte à goutte, il entendit Floyd lui demander d'une voix faible de le remettre en place et quand il voulut allumer une lanterne, Floyd dit que la lumière lui blessait la vue.
Sidéré par l'horreur de la situation, il s'engagea sur le long et pénible chemin du retour.
Dans son journal, il écrivit : "Je ne voyais aucun moyen de le libérer.
Le nourrir ne pouvait que prolonger son agonie.
Chaque heure qui passait le rendait moins apte à s'aider lui-même".
Parce qu'il s'était mis à la place de Floyd et avait ressenti ce qu'il ressentait, Miller, de simple témoin journaliste, était devenu un participant actif dans le drame qui se jouait et ses articles allaient lui valoir le prix Pulitzer.
Le lendemain, l'histoire de Collins était à la première page des journaux dans tout le pays.
Photographes et cameramen se bousculaient au milieu de la foule grandissante qui se pressait dans la clairière boueuse aux abords de la grotte baptisée Sand Cave par le presse.
La situation de cet homme que l'on pouvait toucher et réconforter mais qu'on ne pouvait pas délivrer semblait avoir remué, au tréfonds de chacun, des sentiments d'horreur et de pitié qui faisaient ressortir chez les gens le meilleur et le pire.
En attendant, l'opération de sauvetage s'enlisait dans les discussions et les récriminations.
Une tentative de débloquer Floyd au moyen d'une corde attachée à un harnais passé autour de sa poitrine n'eut d'autre résultat que de lui infliger une douleur insupportable.
On continua de creuser avec l'énergie du désespoir autour du prisonnier et on parvint ainsi à le dégager jusqu'aux genoux mais il ne pouvait toujours pas bouger.
Un des plus actifs dans ce travail avait été Johnny Gerald, un ami de Floyd qui l'avait souvent accompagné dans ses explorations.
L'offre d'un groupe de tailleurs de pierres de tailler la roche autour de Floyd fut rejetée, de même qu'une proposition de creuser un puits pour arriver jusqu'à lui.
Le mardi après-midi, skeets Miller retourna sous terre et creusa autour de Floyd jusqu'à dégager ses genoux et ses mollets. Floyd était lucide et d'humeur communicative.
Il lui dit : "j'ai pensé ce matin : voilà quatre jours que je suis ici et je ne suis pas plus avancé qu'au premier jour.
Comment tout cela finira-t-il ? Je ne veux pas y penser.
J'ai déjà eu l'occasion d'affronter la mort et elle ne me fait pas peur ; mais c'est si long".
La pierre qui le clouait au sol n'était plus maintenant qu'à quelques centimètres. Miller et Robert Burdon, un pompier de Louisville, décidèrent alors de tenter de la soulever en se servant d'un cric d'automobile et d'un levier.
Le journaliste redescendit sous terre, plaça le levier contre la pierre et cala le cric à vis contre le plafond incliné.
Comme il était trop court, on lui fit parvenir des tronçons de bois pour remplir l'espace entre la poignée du levier et le cric.
Puis il commença à tourner lentement la vis. Le levier bougea. "continue, ça vient", lui cria Floyd mais après quelques tours, les bois glissèrent.
Miller recommença et, de nouveau, les tronçons se séparèrent. "Tu vas y arriver", lui disait Floyd pour l'encourager.
Il s'obstina pendant une heure, ajustant et réajustant les pièces de bois et le cric et multipliant les efforts pour déplacer la pierre, mais rien n'y faisait.
A la fin, comme il n'en pouvait plus, Floyd lui dit d'aller se reposer.
La mort dans l'âme, Miller partit après avoir placé sur la poitrine de Floyd, pour lui procurer un peu de chaleur, une ampoule électrique enveloppée dans de la toile d'emballage.
Peu après son retour à la surface, le mercredi à 1 heure du matin, deux mineurs s'introduisirent en rampant dans le boyau et revinrent en disant que le plafond au haut du toboggan avait commencé à se fissurer.
D'autres personnes qui étaient allées vérifier revinrent avec une nouvelle encore plus consternante : le plafond s'était effondré et il n'était plus possible d'atteindre Floyd, même si la lumière de la lampe qu'on lui avait laissée était encore visible à travers les interstices de l'éboulis.
Quand Miller retourna à la grotte vers 10 heures, il voulut aller se rendre compte par lui-même.
Accompagné par un mineur, il descendit jusqu'à l'obstruction et appela Floyd. "Viens donc, lui répondit celui-ci, je suis dégagé".
Etait-ce possible? Miller se dit qu'après tout l'éboulement avait peut-être déplacé la pierre qui immobilisait Floyd.
Il lui demanda: "Es-tu sûr?"
La réponse fut: "Viens donc en bas et tu verras".
Comme Floyd ne savait rien du nouvel obstacle, Miller, ne voulant pas le mettre au courant, se contenta de déclarer: "Ce n'est pas possible pour l'instant".
Puis, se rappelant qu'il avait laissé une bouteille de lait dans une fente près de la tête de Floyd, il lui demanda s'il pouvait l'atteindre. Il y eut un long silence puis vint la réponse: "Non, je n'y arrive pas".
Manifestement, il avait menti pour inciter les sauveteurs à poursuivre leurs efforts. "Tu n'es donc pas dégagé", conclut Miller.
Floyd convint avec mauvaise grâce:"Non, je ne le suis pas".
Le journaliste remonta à la surface, trés abattu, et, dans l'après-midi, ce fut au tour de Johnnie Gerald de descendre.
Floyd l'entendit qui discutait avec quelqu'un de la possibilité de consolider le plafond et d'évacuer les décombres. "Pourquoi est-ce que personne ne vient à moi?", s'écria-t-il. Gerald l'informa alors de ce qui s'était passé et le malheureux ne put réprimer ses sanglots.
A l'initiative de Gerald, plusieurs personnes essayèrent d'étayer le plafond à l'aide de madriers pendant que lui-même déblayait l'amas de terre et de pierres pour rouvrir le passage.
Les choses semblaient en bonne voie quand, à 10 h 30 du soir, Gerald, revenant à la charge, constata à son grand désarroi qu'un nouvel éboulement s'était produit par dessus le premier.
Il appela Floyd qui, dans son délire, lui répondit:"Fichez-moi la paix, je suis rentré me coucher et je vais dormir".
Quelques minutes plus tard, une grosse pierre se détacha du plafond et heurta le dos de Gerald.
Trés secoué, il remonta à la surface et dit à un compagnon: "Je n'en peux plus; je suis à bout de nerfs".
La situation de Floyd était plus désespérée que jamais.
On ne pouvait même plus le ravitailler.
Quelques heures plus tard, un autre poids léger, un mineur du nom de Roy Hyde, tenta de frayer un chemin à travers la nouvelle obstruction, mais en vain. "Tiens bon, on arrive", cria-t-il à l'adresse du prisonnier qui lui répondit d'une voix dolente: "C'est trop long".
Le lendemain, jeudi, il y eut un fait nouveau.
Le gouverneur du Kentucky, William Fields, qui avait déjà envoyé un détachement de la garde nationale à Sand Cave, chargea son adjoint, Henry Denhardt, de prendre personnellement le commandement des opérations.
Aussitôt celui-ci ordonna que l'on commence à creuser un puits.
On calcula qu'il fallait creuser sur une profondeur de 17 mètres pour pouvoir atteindre Floyd.
Pour éviter de provoquer de nouveaux éboulements, il fut décidé de ne pas recourir aux explosifs et de se servir uniquement de pelles et de pioches.
Ordre fut donné de ne laisser pénétrer personne dans la grotte.
Les travaux commencèrent le jour même dans l'après-midi.
Une équipe de volontaires, parmi lesquels beaucoup de mineurs, commença à creuser à six mètres de l'entrée de la grotte un puits de 3,25 mètres carrés de section.
Le lendemain, ils avaient atteint une profondeur de trois mètres, mais la terre qui se détachait continuellement des parois et tombait au fond ralentissait le travail.
Samedi, on en était à six mètres de profondeur ; dimanche à midi, on avait à peine dépassé les sept mètres.
Le public était régulièrement informé par les journaux et la radio de ce qui apparaissait désormais comme une des plus grandes histoires à sensation de la décennie.
La foule des badauds, contenue par une barrière de barbelés, grossissait chaque jour.
Dimanche, ils étaient plus de dix mille. "On se serait cru à la foire, écrivait le New York Times.
Vendeurs de saucisses chaudes, marchands de pommes ou de limonade, faiseurs de sandwichs et saltimbanques se disputaient le client".
Le père de Floyd, Lee, un homme de 65 ans, allait des uns aux autres, distribuant des réclames pour Great Crystal Cave, la grotte familiale.
Des tentes plantées sur le terrain boueux abritaient une infirmerie de fortune, une cantine pour les sauveteurs et diverses autres installations.
Il y eut deux jours de pluie et une journée de neige.
Les volontaires travaillèrent d'arrache-pied et, le mercredi 11, le puits dont les parois boueuses avaient été renforcées atteignait une profondeur de 13 mètres.
Le vendredi 13, deux hommes qui creusaient à la cote -15 signalèrent avec émotion qu'ils avaient entendu tousser.
Dans la nuit, la cote -16 était atteinte et, avec la menace constante d'un éboulement soudain, le puits était devenu presqu'aussi dangereux que la grotte elle-même.
La tension devenait intolérable.
Depuis deux jours déjà les journaux prédisaient l'imminence du dénouement.
Le samedi 14, deux semaines après que Jewell Estes eut découvert ce qui était arrivé à Floyd, on atteignit enfin la cote -17 et l'on commença à creuser latéralement en direction de l'endroit où gisait la victime. Etayant au fur et à mesure de leur progression, les sauveteurs travaillèrent toute la nuit du samedi, puis la journée et la nuit du dimanche.
Lundi après-midi, leur tunnel avait 3,70 mètres de longueur.
A 13 h 30 retentit au bout du tunnel un cri qui électrisa tout le monde: "Nous y sommes!"
Le volontaire Albert Marshall élargit aux dimensions d'un homme de petite taille l'ouverture qu'il venait de dégager.
Ed Brenner qui travaillait à ses côtés se proposa pour s'y introduire pendant qu'on le retiendrait par les pieds.
Il promena le faisceau de sa lampe dans le noir et aperçut à deux mètres sous lui la tête d'un homme.
Il la considéra un instant puis demanda qu'on le tire au-dehors. "Mort", annonça-t-il laconiquement.
Le corps de Floyd, de nouveau enterré jusqu'aux épaules, était étroitement coincé sous une pierre qui lui comprimait la poitrine.
De l'eau gouttait sur sa joue.
Il avait un oeil à demi ouvert.
La dépouille ne put être retirée.
Le lendemain, alors que tous les journaux annonçaient la mort de Floyd, un coroner assisté d'un jury descendit dans le puits pour la confirmer et un médecin établit qu'elle ne remontait pas à plus de trois jours.
Il estima qu'elle était due à l'inanition autant qu'au froid, comme le laissait supposer l'aspect profondément émacié du cadavre.
Le pasteur prononçant l'éloge funèbre dit que le défunt avait été un amoureux des cavernes "qui voyait dans leurs formations géantes et leur décor fantastique la main du seigneur".
Deux mois plus tard, une petite équipe de mineurs engagée par Homer collins élargit le puits creusé par les sauveteurs et ramena à la surface le corps de Floyd et la pierre qui l'avait tué.
On avait parlé au début d'un bloc de sept tonnes; en fait, il s'agissait d'une pierre ayant la forme d'un gigot d'agneau et pesant 12 kilos.
En 1927, Lee Collins vendit Great Crystal Cave ---la grotte que son fils avait découverte---à un dentiste de la région.
Le nouveau propriétaire exposa le corps de Floyd dans un cercueil à couvercle de verre placé à l'intérieur de la grande salle---initiative macabre qui se révéla des plus rentable (...)

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