Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Louis Delbassée, mineur gréviste en 1941, quatre ans de camp en Allemagne

Publié le par REVEL Stephane

Fin mai et début juin 1941. La grande grève des mineurs du Nord - Pas-de-Calais. Louis Delbassée en était. Cet habitant de Bouvignies était à l'époque mineur à la fosse Bernard, près de Douai. Gréviste, sous l'Occupation. Il fallait oser. Louis Delbassée connut la déportation. Quatre ans de camp. À son retour, il pesait 44 kilos. Jeudi, il était au musée de la Résistance, à Bondues, et a livré son témoignage à des lycéens.

 

PAR PHILIPPE LEROUX

lambersart@lavoixdunord.fr

« Travaille plus, tu gagneras plus. » On pense à qui vous savez, à l'Élysée. Eh bien, non. C'était en 1941. Et c'était la réponse des Allemands à des mineurs en grève qui voulaient du ravitaillement supplémentaire. Le propos est rapporté par l'un de ces mineurs, Louis Delbassée. Il prit part à la grande grève de 1941 qui débuta fin mai dans le Pas-de-Calais et se propagea dans le Nord. Lui travaillait à la fosse Bernard de Frais-Marais, un hameau de Douai. Était-il conscient du danger qu'il courait, en pleine Occupation ? « Crever pour crever, qu'est-ce qu'on risquait ? Vous savez, quand on voit ses frères et soeurs qui n'ont pas assez à manger... », répond le par ailleurs ancien résistant.

Il avait 20 ans à l'époque, il en a maintenant 91, Louis. Il a souvent témoigné sur cette grande grève et sur les quatre ans qu'il passa dans un camp au nord de Berlin, quatre ans à tenter de survivre plus que d'y vivre. En raison de son âge, il ne le fait plus que très rarement. aujourd'hui. Comme jeudi au musée de la Résistance de Bondues, devant des élèves d'un lycée professionnel de Tourcoing (lire ci-dessous).

Cauchemars

Les souvenirs sont terriblement précis. Et une fois de plus quand il les évoque, les nuits suivantes seront peuplée de cauchemars. Ils avaient été quatre cents mineurs à être arrêtés par les Allemands au moment de la grève. Deux cent quarante-quatre, dont lui-même, seront déportés à Oranienbourg-Sachshausen, en Allemagne.

Dans la petite salle de projection du musée de la Résistance, les lycéens sont attentifs. Louis Delbassée a pris place sur l'estrade. Les traits du visage, le regard s'animent. Il se rappelle l'arrivée au camp : « On a pris une douche, on nous a mis la boule à zéro, on a eu un habit de bagnard, avec des vêtements dans un tissu qui grattait. La soupe était claire, on voyait le fond du bidon. » Il se rappelle les travaux forcés, le réveil à 3 heures 30, les maladies, les brimades, les exécutions, la chambre à gaz, les cadavres empilés, le four crématoire... De la solidarité aussi entre les internés de multiples nationalités dans ce camp prévu pour dix mille hommes et où ils furent jusqu'à trente-cinq mille.

« La marche de la mort »

Et puis il parle de la « marche de la mort ». La guerre allait être perdue, il ne fallait pas laisser de témoins : « Ils nous ont évacués le 20 avril 1945. On marchait jusqu'à quinze heures par jour. Il y avait des dizaines de morts chaque jour. Quand quelqu'un tombait, on le relevait et on prenait des coups de crosse sur la gueule. Avant de partir, ils nous avaient donné un pain et une boîte de conserve. On se mettait par dix, et on se partageait la ration de l'un de nous. On refaisait la même chose le lendemain, avec une autre ration. J'avais appris qu'il ne fallait surtout pas avaler le pain, mais le sucer, pour le faire durer et avoir une chance de tenir. » Le 2 mai, les gardiens avaient disparu. Les déportés étaient seuls, libres. Parmi eux, sur les deux cent quarante-quatre mineurs, cent quarante et un étaient morts au cours de ces quatre ans. •

 

samedi 25.02.2012, 05:26  - La Voix du Nord

Commenter cet article