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Mémoire de la mine : les avancées sociales (4/6)

Publié le par REVEL Stephane

IL Y A VINGT ANS, LA FIN DU CHARBON

À l'origine des premières grèves, la naissance du... capitalisme. Main dans la main au début de l'exploitation, les ouvriers vont se rebeller contre les patrons dès lors que ces derniers deviendront des actionnaires intéressés. L'histoire de la mine est constellée de luttes massives qui n'empêcheront pas l'inéluctable fermeture mais au moins permettront aux mineurs d'atténuer et surtout de compenser quelque peu la difficulté de leur métier.

« À bas les Parisiens, vive les Mathieu d'Anzin ! » Slogan teinté de nostalgie d'une époque où, au XVIIIe siècle, la famille Mathieu dirigeait les travaux d'exploitation. C'était le temps du respect mutuel entre patrons et ouvriers. Mais au siècle suivant, la Compagnie des mines d'Anzin passe entre les mains d'actionnaires parisiens qui, au nom de la productivité, renvoient les vieux ouvriers, durcissent les conditions de travail et tirent sur les salaires. En 1833 éclate la première émeute, appelée des « quatre sous ». Mais c'est à la fin du XIXe siècle que les revendications se multiplient, impulsées par des figures comme Émile Basly, mineur qui deviendra maire de Lens et député à la faveur de circonscriptions où n'habitent et votent que des mineurs ou presque.

En 1884, Émile Zola assiste à la grande grève d'Anzin qui lui inspirera en partie la trame de Germinal. Quatre ans après sa publication en 1885, il écrira : « Le cadre d'une grève s'est imposé naturellement comme le seul dramatique, le seul qui devait donner aux faits le relief nécessaire. » Les mineurs vont bénéficier d'une législation sociale très en avance. Dès 1850, des sociétés de secours mutuels assurent des aides aux mineurs en cas d'accident ou de blessure. En 1882, Arthur Lamendin crée le premier syndicat de mineurs du Pas-de-Calais, soit deux ans avant la loi Waldeck-Rousseau qui autorise les syndicats. Le 1er novembre 1891, 40 000 mineurs sont en grève. Basly demande un arbitrage du député Clemenceau. À Arras, cinq représentants des ouvriers rencontrent cinq patrons, une solution est trouvée. Et jusqu'en 1914, des conventions vont régulièrement se tenir pour le règlement des conflits et les accords salariaux. Avec cet épisode d'Arras, les conventions collectives sont nées.

L'année précédente, la fonction de délégué à la sécurité des ouvriers mineurs est instituée par la loi. Il est élu par les ouvriers et établit des rapports qu'il remet au préfet. Il est l'ancêtre des CHSCT.

Le travail des femmes est réglementé, celui des enfants de moins de treize ans interdit. Une loi prévoit la réduction à huit heures de travail par jour dès 1906. Et c'est au lendemain de la catastrophe de Courrières qu'est fondé le ministère du Travail.

Viennent ensuite la guerre, la crise et le taylorisme. Le Front populaire est accueilli avec un grand soulagement. Dès le 10 juin 1936, les mineurs obtiennent d'importantes hausses de salaires et la limitation des méthodes de rationalisation. Quand Léon Blum se rend à Lens le 11 octobre, il est acclamé par des milliers de mineurs.

Surviennent la guerre et la Résistance des mineurs. Préparée de longue date par les communistes et résultant de tensions avec l'occupant, une grande grève suivie à son pic par 100 000 mineurs éclate en 1941 en réaction à la dureté des conditions de travail et aux problèmes de rationnement. Les Allemands répriment : plusieurs centaines de personnes sont arrêtées, 270 mineurs sont déportés et 130 ne reviendront pas.

En 1946, le statut du mineur est adopté, les conditions de travail s'améliorent. La silicose est reconnue comme maladie professionnelle, mais elle ne tue pas moins pour autant. Les mineurs sont relativement bien payés mais leur métier reste très dur. Et malgré les mobilisations, notamment la grande grève de 1963, les mineurs ne pourront rien contre la disparition de leur profession.

Cette série, dont le volet de demain est consacré au « brassage humain », est réalisée en collaboration avec le Centre historique minier de Lewarde.

Le statut du mineur

Il est une avancée sociale extraordinaire. En 1945, il faut reconstruire le pays et, pour ce faire, mobiliser les forces vives. Les gaziers et les électriciens, ainsi que les fonctionnaires, arrachent leur statut. En 1946, après deux ans d'âpres négociations, les mineurs aussi. Le statut réglemente toute la profession : rémunérations, durée de travail, hiérarchie, congés payés, exercice du droit syndical, bourses d'études, formation, avantages en nature... De nombreuse dispositions sont ensuite rentrées dans le droit commun. Mais d'autres vont renforcer le particularisme de la profession. Le plus symbolique : l'attribution d'un logement gratuit et du combustible à tous les mineurs, en activité mais aussi retraités, ainsi qu'à leurs veuves. Ainsi, des milliers d'ayants droit continuent d'habiter gratuitement leurs maisons. Au rayon congés payés, ils sont avantagés. Outre les deux semaines légales, le mineur bénéficie de deux semaines supplémentaires après dix ans d'ancienneté. Une ancienneté reconnue, avec une majoration salariale qui peut atteindre 20  % au bout de trente ans. Au fond, l'ouvrier gagne 18 % de plus qu'au jour et s'il doit remonter pour cause d'insuffisance physique, il ne perd pas ses avantages. À la tâche, il peut augmenter son salaire de 60 % et avec tout ça les mineurs sont les « ouvriers les mieux payés de France ».

jeudi 23.12.2010, 05:15 - PAR LAURENT DECOTTE

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