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Nicole Balens parle de la mine et du charbon avec le coeur de ceux du Trieu

Publié le par REVEL Stephane

De « son » Trieu, quartier de Fresnes-sur-Escaut où elle est née, Nicole Balens pourrait parler des heures. C'est elle qui, avec plusieurs associations, porte la première fête de la découverte du charbon, programmée samedi prochain, huit ans avant le tricentenaire de cet événement, « Parce qu'il faut laisser une trace de cette histoire, sans attendre plus longtemps ».

 

PAR MARTINE KACZMAREK

valenciennes@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

Nicole Balens a d'abord peur d'oublier, de se tromper en racontant une anecdote. Humilité de ceux qui, pourtant, savent. Elle sait, oui, cette petite dame pétillante de 72 ans, toute l'importance du charbon et de la mine pour Fresnes-sur-Escaut. Cette histoire, elle a envie de la partager, de la faire (re) vivre. Car c'est bien là, sur les bords de l'Escaut, que tout a commencé en France : le 3 février 1720, après dix-huit mois de recherche, des ouvriers trouvaient une veine de charbon, au Trieu, le quartier de Nicole Balens. « C'était dans l'enclos de Colard, rue Jacques-Renard, précise cette dernière. La plupart des autres puits ont ensuite été trouvés dans les champs et il n'y a plus de traces qui les indiquent. Mais d'autres petites plaques, dans les rues du quartier, permettent de situer qu'on y a trouvé du charbon ». Nicole Balens a son truc a elle pour retrouver les puits : « Il y a toujours un petit sentier à proximité. Je pense aux hommes qui les ont créés, qui y passaient ». Pas nostalgique, juste respectueuse de ceux qui ont façonné l'économie d'alors devenue patrimoine. Ce patrimoine que Fresnes valorisera samedi prochain, grâce à la volonté de Nicole Balens qui a su fédérer des associations. Dès 17 h, des lectures animées seront proposées, avant une soirée mêlant musiques et briquet du mineur. Le tout, au Trieu, bien sûr. À un coup de cholette de l'enclos Colard. « Il ne fallait pas attendre 2020 pour faire quelque chose. Les souvenirs peuvent filer si vite. Or, nous avons un devoir de mémoire ».

Témoignages

Férue de généalogie, Nicole Balens a découvert que plusieurs de ses ancêtres avaient travaillé dans les mines. D'autres non, d'autant que le Trieu était plus un quartier rural que minier. Mais c'est la fibre qui parle, chez Nicole, les images des hommes aux visages noircis par le charbon, rentrant chez eux, cassés en deux mais... heureux : « Quand j'étais enfant, un vieux mineur venait à la maison. Il se mettait en tailleur et racontait les événements du jour. Je l'écoutais avec attention. Les gens ne parlaient jamais de la mine comme d'une misère. Leur travail, ils en étaient fiers. Ils ne le vivaient pas comme une exploitation ». Difficile à comprendre avec notre regard d'aujourd'hui, pourtant ce que raconte Nicole résonne dans tout le bassin minier. D'ailleurs, Nicole l'a entendu souvent lorsqu'avec le comité du Bassin minier - Unesco elle a écouté les paroles d'anciens mineurs recueillies pour être gravées dans l'avenir. Tous ces témoignages se sont mêlés à sa sensibilité, aux anecdotes échangées avec Josette Comans, Émile Pécou, à l'origine de l'association Les Amis du vieux Fresnes, et tous ceux qu'elle a côtoyés au café de la Carotte, l'un des plus anciens de Fresnes qu'elle a tenu pendant quinze ans.

Alors, l'ancienne dactylo a un jour décidé de tout écrire, pour ses enfants, en mêlant savoir, ressenti, douleurs aussi avec la fermeture du dernier puits de la ville, le 26 avril 1974. Et puis des images : celle des Italiens faisant danser les filles dans les bals pour oublier la mine celle des Polonais et des Marocains, les courageux du petit matin au fond jusqu'à la claque de la silicose. Tout cela, samedi prochain, Nicole Balens en parlera. Pour que l'on n'oublie pas. •

 

La Voix Du Nord le 12/02/2012

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