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Patrimoine mondial de l’Unesco : la fierté retrouvée du Bassin Minier du Nord-Pas de Calais

Publié le par REVEL Stephane

Dans moins d’une dizaine de jours - entre le 24 juin et le 6 Juillet 2012 - à Saint-Pétersbourg, l’Unesco devrait inscrire sur la liste du patrimoine mondial le seul dossier présenté cette année par la France : le Bassin Minier du Nord-Pas de Calais. De Marles les Mines à Fresnes sur Escaut, en passant par Lens, Waziers, Raismes ou Denain, 109 sites miniers vont être classés et reconnus mondialement, au titre du patrimoine culturel évolutif vivant. Ainsi,  le Bassin Minier du Nord-Pas de Calais va retrouver, légitimement, fierté et reconnaissance. L’évènement sera exceptionnel et mérite, dès à présent, la mobilisation  et le soutien enthousiastes de toute la région.


Un patrimoine culturel évolutif vivant
Cette année, la région Nord-Pas de Calais va vivre deux évènements absolument majeurs à la fois culturels et économiques  : le premier est le classement du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour la première fois au monde, un bassin minier dans son intégralité, va bénéficier de cette reconnaissance. Le second, complémentaire, est l’ouverture du Musée du Louvre-Lens, le 4 décembre 2012, jour oh combien symbolique au cœur de toute une population : celui de la Sainte Barbe, la fêtes des Mineurs. Ainsi, en moins de six mois, le Bassin Minier, et au cœur de celui-ci; la ville de Lens, vont bénéficier d’une reconnaissance mondiale. Mondiale, car tant l’Unesco que Le Louvre sont les appellations et des références connues dans le monde entier et toutes deux convergent dans un même endroit en France : le Bassin Minier du Nord-Pas de Calais.
Qui porte le dossier ? 
L’association Bassin Minier Uni ( BMU ), présidée par Jean François Caron, maire de Loos en Gohelle (62) . Cette année 2012, ce dossier est le seul présenté , très officiellement par la France. Le dossier est soutenu par le Conseil Régional, les deux Conseils Généraux, ainsi que par 8 communautés d’agglomérations et de communes ( soit 160 communes minières regroupant  1,2 million d'habitants) et une vingtaine de Clubs de soutien BMU.
 

Pourquoi le classement du Bassin minier du Nord-Pas de Calais est quasi certain ? 
Parce que le principal cabinet d’experts, le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) mandaté par l’Unesco pour auditer tous les dossiers de candidatures, a émis un avis favorable. Cette recommandation est fondamentale : jamais le vote des pays membres de la commission de l'Unesco n’a été à l’encontre de l’avis de l’Icomos.

Quel est le détail de la recommandation de l’Icomos ? 
Voici le texte de conclusion de la recommandation de l’Icomos.

«  L’ICOMOS reconnait la valeur universelle exceptionnelle des paysages culturels évolutifs vivants  apportés par les 109 éléments formant le bien en série du Bassin minier du Nord-Pas de Calais, ainsi que sa place exceptionnelle dans l’histoire événementielle et sociale du monde de la mine.
Recommandations concernant l’inscription :  L’ICOMOS recommande que le Bassin minier du Nord- Pas de Calais, France, soit inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en tant que paysage culturel sur la base des critères (ii), (iv) et (vi).
Déclaration de valeur universelle exceptionnelle recommandée  .  Brève synthèse
Le Bassin minier du Nord-Pas de Calais correspond à la partie française du filon charbonnier du Nord-Ouest européen. Au sein d’une plaine largement ouverte, il s’étend sur environ 120 km, traversant les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. Il présente un paysage culturel évolutif vivant exceptionnel par sa continuité et son homogénéité. Il donne un exemple important et bien conservé des charbonnages et de l’urbanisme qui lui est associé, au cours de deux siècles d’exploitation intensive de la houille, de la fin du XVIIIe siècle au dernier tiers du XXe siècle, par des méthodes industrielles réunissant un grand nombre d’ouvriers. Cette succession de paysages résultant d’une quasi mono-industrie extractive comprend : des éléments physiques et géographiques (terrils, terres agricoles, étangs d’affaissement minier, bois), un patrimoine industriel minier (carreaux de fosses, bâtiments industriels résiduels, chevalements), des vestiges des équipements de transports dit cavaliers (canaux, chemin de fer, convoyeurs), un habitat ouvrier et un urbanisme caractéristique (corons, cités-jardins, habitat pavillonnaire, immeubles locatifs), des éléments monumentaux et architecturaux témoins de la vie sociale (églises, écoles, châteaux des dirigeants, sièges sociaux des compagnies, locaux du syndicalisme ouvrier, gares, hôtels de ville, hôpitaux et centres de soins, salles des fêtes, équipements sportifs), enfin des lieux de mémoire et de  célébration de l’histoire du Bassin et de ses mineurs.
Critère (ii) : Le Bassin minier du Nord-Pas de Calais témoigne de manière exceptionnelle des échanges d’idées et d’influences à propos des méthodes d’exploitation des filons charbonniers souterrains, de la conception de l’habitat ouvrier et de l’urbanisme, ainsi que des migrations humaines internationales qui ont accompagné l’industrialisation de l’Europe.
Critère (iv) : Les paysages miniers évolutifs et vivants du Bassin du Nord-Pas de Calais offrent un exemple éminent du développement à grande échelle de la mine de houille, aux XIXe et XXe siècles, par les grandes compagnies industrielles et leurs masses ouvrières. Il s’agit d’un espace structuré par un urbanisme, des constructions industrielles spécifiques et les reliquats physiques de cette exploitation (terrils, affaissements).
Critère (vi) : Les événements sociaux, techniques et culturels associés à l’histoire du Bassin minier eurent une portée internationale. Ils illustrent de manière unique et exceptionnelle la dangerosité du travail de la mine et l’histoire de ses grandes catastrophes (Courrières). Ils témoignent de l’évolution des conditions sociales et techniques de l’exploitation des houillères. Ils représentent un lieu symbolique majeur de la condition ouvrière et de ses solidarités, des années 1850 à 1990. Ils témoignent de la diffusion des idéaux du syndicalisme ouvrier et du socialisme. 
Intégrité :  La diversité et le nombre des éléments constitutifs du bien, ainsi que les multiples facettes complémentaires de ses paysages, expriment un bon niveau d’intégrité, tant technique, territoriale, qu’architecturale et urbaine. L’intégrité du témoignage des industries associées à l’histoire de l’exploitation houillère est cependant plus faible. Les conditions d’intégrité un peu inégales des éléments matériels permettent cependant une expression convenable des valeurs économiques et sociales du bien. L’intégrité peut également se lire d’une manière satisfaisante à trois échelles différentes : celle de l’objet technique ou du bâtiment, celle intermédiaire de la fosse d’exploitation, de la cité ou du territoire local, enfin celle plus vaste des paysages et des horizons rencontrés par le visiteur.
Authenticité : L’authenticité du bien est à considérer au niveau de ses 109 éléments constitutifs et au niveau de chacun des paysages associés. Grâce à une sélection rigoureuse de ces éléments, les conditions d’authenticité sont généralement bonnes. Elles souffrent cependant de lacunes ponctuelles dans l’habitat, qu’il conviendra d’améliorer, et de possibles menaces sur le paysage dues au développement économique.
Mesures de gestion et de protection : Au sein d’un arsenal juridique, règlementaire et territorial complexe, la législation des monuments historiques forme un ensemble cohérent qui, avec la protection concertée des paysages culturels, forme le pivot de la protection. Cette complexité a cependant un double mérite : aucun des aspects de la protection n’est négligé et elle s’applique continument, tant aux éléments du bien qu’à la zone tampon.
L’ensemble des dispositions est rassemblé dans une Charte patrimoniale du Bassin minier uni, qui engage l’ensemble des partenaires publics et privés du bien.  
Le bien, formé de 109 sites, dispose d’un système de gestion effectif et d’une organisation technique transversale, la Mission Bassin minier, à l’origine d’un inventaire et d’une sélection des composantes du bien et des paysages associés de haute tenue. Toutefois, la mise en place de l’autorité politique transversale Conférence des territoires doit être confirmée et institutionnalisée ; les ressources financières et humaines affectées à la conservation du bien et de ses paysages doivent être pérennisées.
Le Plan de gestion et la Charte du patrimoine tentent de rassembler dans un ensemble cohérent les nombreux textes réglementaires, les nombreux dispositifs régionaux d’interventions et les plans sectoriels qui concernent la gestion du bien en série et sa conservation.
L’ICOMOS recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :  

- L’ensemble réglementaire de protection rassemblé dans la Charte du patrimoine étant très complexe, en faire une rédaction la plus compréhensible possible par les acteurs de terrain afin de la rendre applicable ; 
- Intégrer au Plan de gestion un programme récapitulatif des actions de conservation envisagées à court et moyen terme, sur l’ensemble du bien en série, avec des informations sur leur consolidation financière et le calendrier de mise en oeuvre ;
- Confirmer la promulgation de la Conférence des territoires en tant qu’autorité politique transversale faîtière de la gestion et d’indiquer ses liens institutionnels et techniques avec la Mission Bassin minier et l’Association Bassin minier ;
- Conduire rapidement une enquête approfondie sur les personnels travaillant à la conservation et à la gestion du bien et sur leurs qualifications, afin de planifier une politique tant des ressources humaines que des besoins de formation ;
- Planifier les actions de suivi et mettre en place les nouveaux indicateurs annoncés ».

Ce texte officiel est extrait du rapport de l’ICOMOS déposé en avril 2012

Est-ce le seul avis d’experts ? 
Non. L’ICOMOS tient compte de l’avis, consultatif, de l
’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui évalue les candidatures des sites naturels. Rappelons que le dossier du Bassin Minier du Nord Pas de calais ne concoure pas dans la catégorie des sites naturels, ou des sites mixtes, mais dans celle des sites culturels, et dans ce cas précis, des sites du patrimoine culturel évolutif. Ces derniers jours, certains titre de presse en France avaient, un peu vite, évoqué deux avis "contradictoires" concernant le dossier du Bassin Minier du Nord-Pas de Calais : il n’en est rien. Même si, effectivement, l’UICN a émis un avis très nuancé, c’est la recommandation de l’ICOMOS qui sera prépondérante compte tenu de la catégorie dans laquelle concoure le dossier français. 
Francis Dudzinski. L’Eco du Nord. Samedi, 16 Juin 2012

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