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POUR OU CONTRE UNE REGLEMENTATION La chasse aux trésors dans le massif du Mont-Blanc

Publié le par REVEL Stephane

Les amateurs les appellent des cailloux.

Mais fluorites et quartz fumés prennent

une valeur attirant toujours plus de "cueilleurs". Jusqu'à 250 000 € pièce ! Craignant la fuite

de ce patrimoine et l'interdiction de l'activité

par l'État, Chamonix a institué une réglementation locale. Encore peu dissuasive...

Antoine CHANDELLIER

Ambiance face nord, début août, dans le téléphérique des Grands Montets. Aux aurores, ils sont 22 cristalliers serrés dans la benne. Direction l'altitude 3 000. "Il y a 20 ans, c'était le nombre maxi de personnes qui allaient aux cailloux pour tout le massif du Mont-Blanc", s'indigne un ancien. Et certains de se fusiller du regard, comme Lee Van Cleef contemplait "amoureusement" Eli Wallach. C'est à qui dégainera le premier dans le dernier coin repéré : contrefort du Nant-Blanc ou bassin d'Argentière ?

Beaucoup le disent : l'ambiance a changé. Pillage de fours exhumés par le voisin, espionnage, chutes de pierres suspectes et comportements peu fair-play... Bien avant que l'alpinisme existe, les cristalliers, comme les chasseurs de chamois, étaient seuls à fréquenter ce repère des esprits maléfiques. Puis l'or blanc s'est avéré plus profitable que le rite séculaire de la cueillette de ces minéraux étincelants, fluorites roses, quartz fumés et épidotes, devenue l'apanage d'une poignée de guides et paysans, en terrains escarpés.

Mais depuis peu, la carte postale pittoresque jaunit. Voilà que les cristalliers sont devenus plus nombreux et la concurrence, internationale, s'est installée à mesure que la valeur des pièces a prospéré et que d'autres massifs se fermaient à la pratique. "Tu peux plus faire une recherche sereine. Il n'y a plus de respect", déplore Philippe Cardis, amateur de longue date. Et la commune de Chamonix, son maire, Eric Fournier, en tête, lui-même cristallier, enrage à l'idée de voir ces trésors, que recèle son sol, garnir les étals des collectionneurs étrangers et faire monter les enchères aux bourses de Tucson (Arizona) ou Sainte-Marie-aux-Mines (Vosges). C'est la fuite des cristaux...

En Italie c'est interdit, et en Suisse réglementé

L'ambiance "course au trésor" a incité le maire de Chamonix à prendre un arrêté municipal à l'été 2008. Chaque cueilleur doit désormais signer une charte de bonne conduite et déclarer ses trouvailles.

"Il s'agit de gérer ce patrimoine communal comme on gère une société de chasse", explique-t-il. Il en va de la "moralisation de l'activité", estime Pierre Bavuz, président du club de minéralogie local. Car le maire sait qu'elle ne tient qu'à une mince prise qui le retient au-dessus d'un précipice juridique. "Il faut une autorégulation sinon c'est l'administration qui va s'en mêler", estime Fournier.

Depuis 1930, le massif du Mont-Blanc est soumis à la loi sur les sites classés et le ramassage des cristaux n'est toléré qu'à titre dérogatoire par une directive ministérielle. En Italie c'est interdit, et en Suisse réglementé. "Mais n'importe qui peut attaquer cette directive, elle ne tient pas", estiment certains. Le milieu retient son souffle.

Un an après, la montagne est autant convoitée. Officiellement 70 cristalliers se sont fait connaître en mairie. D'autres sont passés entre les mailles. La population de chercheurs atteindrait une centaine d'individus. Et certains locaux de remettre en cause la réglementation : "Il y a eu un battage avec cette charte, qui a attiré du monde. Il y a eu un effet buzz. Être cristallier c'est une tradition. Pas un titre qu'on décroche en signant un papier. On nous embête pour trois cailloux et on accepte des remontées mécaniques qui défigurent la montagne", estime Philippe Cardis. Fournier reconnaît les accès de tension estivaux. "Mais c'est la médiatisation excessive de certaines trouvailles qui fait croire qu'on peut gagner de l'argent avec les cristaux. Je ne vois pas en quoi ce code générerait une attraction supplémentaire." Et d'annoncer une seconde série de mesures, l'été prochain, pour faire respecter son arrêté : "La phase de contrôle et de sanction."

Bientôt une police des cristaux ? Le club local peut se porter partie civile pour atteinte à la protection de la nature. L'un de ses membres s'agace : "Certains jouent la politique du pire visant une interdiction pour, après, y aller à leur guise." Bref, faire fuir la concurrence pour préserver leur petite mine d'or. Ou plutôt leur jardin des secrets.

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