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Témoignage - MINES. Les mineurs de fond se souviennent de leur dernière remontée du puits Darcy, le 30 avril 1992.

Publié le par REVEL Stephane

Il y a 20 ans jour pour jour, le dernier puits d’extraction minière fermait définitivement. Deux décennies plus tard, les anciens mineurs se souviennent de leur ultime remontée.

Le dernier jour, je me souviens, personne ne parlait. Il y avait un sentiment de malaise ambiant », raconte Henri Nowacki, 63 ans et toute une carrière passée à la mine. Cette dernière descente au puits Darcy le 20 juillet 1992 s’est déroulée vers 10 heures. « Nous étions quatre pour cette dernière descente », se souvient-il. Trois mois après la fin de l’exploitation du charbon -30 avril 1992-, les mineurs finissaient leurs travaux de démantèlement. « Je me souviens bien de ce dernier jour, nous avons bossé sans cœur, comme des robots. » Pour cet habitant des Gautherets, comme pour beaucoup d’autres mineurs, la fermeture de la mine demeure empreinte d’amertume. « Ma mère m’a dit que c’était une bonne chose : je ne lui ai pas parlé durant trois ans », affirme-t-il, catégorique.

Déclin dans les années 60

Fils d’un père mineur entré dans le métier à l’âge de 13 ans, Henri Nowacki fixe le déclin de l’industrie minière dans les années 60. « Dès 1964, année de mon apprentissage, on m’a demandé ce que je faisais là. On m’a incité à me reconvertir et l’on m’a même proposé d’aller à Michelin ! » Une opportunité refusée. Mineur à l’avancement, Henri a chopé la fibre du métier. Il se souvient de l’ambiance, de la solidarité entre collègues, d’un métier appris dès l’âge de 14 ans à l’école de la mine située à Montceau, vers la 9 e avenue.

Une dernière galerie nommée « Germinal »

« Darcy était le plus grand puits, avec 800 mètres de profondeur. Toutes les galeries avaient des noms de femme ! » sourit-il. Le puits de Rozelay avait lui des galeries aux « noms d’hommes et d’animaux ». La température ambiante de Rozelay était beaucoup basse : « Je m’enrhumais toujours là-bas ». La dernière galerie creusée au puits Darcy a pris le nom de « Germinal ». Un clin d’œil au film sorti en 1992 qu’il a refusé de voir. Henri Nowacki a été reclassé dans un service de jour et a géré les appels téléphoniques de tous les services jusqu’en 1994. Mais vingt ans après, les souvenirs du fond sont loin d’être enfouis.

La fermeture des mines n’était pas justifiée, il restait du charbon à extraire. En 1981, François Mitterrand a promis la production de 30 millions de tonnes de charbon. Mais en 1984, les ministres communistes sont partis du gouvernement. Cela a eu une incidence sur l’exploitation minière car les directeurs de Charbonnage de France étaient nommés par l’État. Je me souviens qu’en 1989, un vaste plan social à Darcy a généré la perte de 80 % de l’effectif. En 1994, seule la CGT a refusé d’adhérer au Pacte Charbonnier -voir ci-dessus- : c’était comme signer notre arrêt de mort.

Ancien mineur

le 02/05/2012 à 05:00 par Camille Roux

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