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Trente ans qu'ils « creusent la culture minière »

Publié le par REVEL Stephane

Le centre historique minier de Lewarde, mémoire vivante d'une industrie qui a façonné notre région et ses esprits,fête ses 30 ans. Trente ans de succès. Ex-mineur et directeur tentent d'expliquer cette réussite.

On lui demande de nous emmener dans le lieu qu'il préfère au sein du musée. Ce sera la « salle des pendus » que Daniel Franck appelle comme il l'a toujours fait la « salle de bains ». L'occasion pour l'ancien mineur de conter une première anecdote : « Nous les mineurs, on n'a jamais dit "salle des pendus" pour cet endroit stratégique, où on se retrouvait le matin et le soir pour se changer et se doucher... Ce sont les journalistes qui, s'intéressant à la mine au lendemain de la catastrophe de Courrières en 1906, ont trouvé que les vêtements suspendus au plafond ressemblaient à des pendus.... » Il y est souvent entré dans cette reproduction à l'identique de la « Salle des pendus » du centre historique minier de Lewarde : après avoir quitté « le fond », le charbon, en 1990, il est devenu guide ici. Mais l'émotion est toujours intacte. « C'est tellement de souvenirs...
Quand je suis arrivé dans cette salle pour la première fois, j'avais 14 ans, je commençais comme galibot. Les gars ici m'ont accueilli... Mais ce fut une étape difficile, il fallait quitter les vêtements civils et enfiler ceux du mineur... » C'était l'endroit où on se retrouvait après les sombres fonds aussi, où on préparait « l'après » : les retrouvailles à l'estaminet, le retour dans les cités minières... Le soutien.

 

« Le fond de la mine, on savait que c'était dangereux. Mais cette solidarité, cette camaraderie... Ce lien entre mineurs était irremplaçable. J'ai essayé de quitter la mine en 1971. J'y suis retourné deux-trois ans après, ça me manquait trop. » Pour lui, c'est la difficulté du métier qui menait cette solidarité. Une entraide qui manque cruellement aujourd'hui, dans le milieu du travail, dans la société, et qui, selon Daniel Franck, explique une partie du succès du musée de Lewarde.
André Dubuc, à la tête du musée depuis 1990, livre la même analyse. Lui qui se souvient que « dans les années 1990, peu de personnes croyaient à la pérennité d'un lieu dédié au monde de la mine », souligne les « 150 000 visiteurs » annuels. « Je me pose souvent cette question : pourquoi après trente ans d'existence du musée, il y a toujours un intérêt du public pour cette culture minière ? » Il amorce une piste de réponse : « La mine était le fer de lance de la culture ouvrière. Or aujourd'hui, il y a un engouement pour cette culture. Depuis quelque temps, les visiteurs posent beaucoup de questions sur les valeurs des travailleurs dans les mines, sur la vie dans les cités minières, ces portes toujours ouvertes, ces échanges. Ils s'interrogent aussi, dans cette période de crise, sur les questions tournant autour du courage, du lien social que crée le travail... » Il pousse la réflexion : « Quelles sont les valeurs que l'on perd quand on perd son travail ?... » « Quand on leur dit charbon, ils pensent barbecue » Autre raison du succès, selon Daniel Franck : l'anticipation. La compagnie des Houillères a en effet commencé à conserver son histoire très tôt.

« Avant 1982 et l'ouverture du centre de Lewarde, alors que je travaillais encore à la mine, on a su que la compagnie commençait à archiver et tout regrouper sur la fosse Delloye. On s'est dit tiens, ils vont ouvrir un musée là-bas... » L'ancien mineur ne trouvait pas cette idée juste « bien, mais vraiment géniale ! C'est un outil formidable. Perdurer la mémoire du mineur, du travail qu'on a fait... » Sa mémoire à lui, comme celle des quelques ex-mineurs qui témoignent ici, est aussi une valeur ajoutée du musée. Si depuis cette année les anciens mineurs ne guident plus les visites des galeries, assurées par des médiateurs du musée, ils proposent encore de livrer leur histoire par le biais de témoignages en fin de visite. Pour ceux qui le souhaitent. Les enfants sont friands de ces histoires. « Je leur en apprends, des choses, s'exclame Daniel Franck. Imaginez un peu... Quand on leur dit charbon, les jeunes pensent seulement barbecue. Ils ne savent pas que pour nous, à l'époque des mines, on fabriquait plus de 600 produits à partir de cette matière qu'on ramenait du fond. Le charbon, c'était les centrales électriques, la SNCF, le plastique... »

 

Publié le mardi 26 juin 2012 à 06h00 - BÉRANGÈRE BARRETNord Eclair

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