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Un film pour ausculter le coeur des mineurs

Publié le par REVEL Stephane

De 1978 à 1984, Pierre Gurgand et ses stagiaires de l'Inep se sont immergés dans la vie des mineurs et ont recueilli leurs témoignages...

Les travailleurs du fond ont aimé la mine autant qu'ils l'ont détestée. C'est cette relation viscérale que raconte « Flacky et ses camarades », un film poignant projeté ce dimanche,
jour de Sainte Barbe, au centre historique minier de Lewarde.


CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
Il y a sept ans, Aaron Sievers a exhumé un trésor inestimable : des centaines d'heures de rushes tournés en 16 mm entre Lens, Liévin, Sallaumines et Houdain, de 1978 à 1984. « Ces images ont été filmées par des stagiaires de Pierre Gurgand qui, à l'époque, formait des étudiants de l'Institut national d'éducation populaire (Inep) au cinéma, explique le jeune réalisateur de l'association marseillaise Film Flamme.
Ils ont quitté Paris pour s'installer, pendant plusieurs années, dans un coron du bassin minier afin d'être au coeur de la vie ouvrière. » Une fois sur place, la petite équipe entre rapidement en contact avec les mineurs, les suit dans leur quotidien.
Devant la caméra, les gueules noires se livrent sans fausse pudeur sur leur labeur au fond, leurs combats contre l'occupant allemand durant la guerre, leur engagement syndical, leur vie au sein de la cité. Et sur cette relation, oscillant entre amour et rejet, qu'ils entretiennent avec la mine. « Je l'ai aimée comme on aime une maîtresse car elle vous meurtrit autant qu'elle vous apporte des joies », confie l'un d'eux. Des témoignages parfois drôles, souvent émouvants et même poétiques. Et des paroles d'autant plus fortes et pleines de sens qu'à cette époque, l'épopée charbonnière touche à sa fin, rythmée par la démolition des chevalets, semblables à des « chevaux de fer ».
De ce matériau brut, Aaron Sievers en a tiré, au terme d'un long travail de prise de notes et de sélection, un film d'1 h 45. « Mon but n'était pas de réinventer une histoire, ni de créer mon propre discours, mais de rester au plus près de l'esprit de cette aventure. » Pas question pour lui de couper les plans réalisés à l'époque. « J'ai mis des séquences bout à bout, comme on imbrique les pièces d'un puzzle et simplement créé une bande son qui n'existait pas. » Cette authenticité transparaît également dans l'imperfection des images en noir et blanc réalisées par l'équipe d'amateurs. « On perçoit leurs hésitations, des tremblements de temps à autre et les plans ne sont pas toujours nets, mais c'est ce qui amène une sensibilité supplémentaire. » Flacky et ses camarades aurait pu être un énième film sur l'histoire de la mine. Il est bien plus que ça. Il raconte avec force comment cette mono-industrie a façonné un territoire et sa population. Et rappelle que, si cette page est définitivement tournée aujourd'hui, elle n'en reste pas moins gravée dans les mémoires.

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