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Une mine d'archives à gérer

Publié le par REVEL Stephane

Le grand-père de Virginie Debrabant a passé sa vie au fond de la mine. Elle, sa vie, elle la passe dans son fonds d'archives, au Centre historique minier de Lewarde qui cache au creux de son ventre pas moins de 15 000 objets.

Un archiviste peut-il rêver mieux qu'un stock de pièces conservées avant même la fin de l'histoire ? Avant 1982 et la création du centre historique minier de Lewarde, plusieurs années donc avant l'arrêt des mines dans la région en 1990, la compagnie des Houillères avait commencé un travail d'archivage de ses données.
Dès 1973, elle eut le pressentiment que la culture minière serait un ancrage mémoriel pour le Nord-Pas-de-Calais du futur. Résultat : le musée conserve une collection de 15 000 objets, 12 000 machines, 15 000 plans et 300 000 photos... De quoi nourrir un fonds d'archives exceptionnel. Une mémoire gérée par Virginie Debrabant, archiviste en chef du centre historique minier.

« Les mines,
laboratoire social »

Elle ouvre d'abord les portes de la salle de lecture. Seul endroit des archives ouvert au public. Un public hétéroclite, d'ailleurs.
« Nous avons ici une centaine de chercheurs qui viennent régulièrement consulter les livres, les données qui sont à leur disposition. Des étudiants de tous niveaux et de tous pays aussi. La semaine dernière, nous avions une étudiante venue des États-Unis. Elle faisait un zoom, dans son mémoire, sur la réquisition des chevaux des mines durant la guerre. Elle a trouvé ici ce qu'il lui fallait... Nous avons aussi des particuliers, passionnés d'histoire locale ou habitants de cités minières qui veulent connaître le passé de leur maison... » Des spécialistes de disciplines extrêmement diverses peuvent être intéressés par cette mémoire : « L'économie, le droit... Les mines furent un véritable laboratoire social, les grandes lois de la fin du XIXe siècle sont nées dans les mines. L'ethnologie, la géologie... Mais aussi le sport : les compagnies minières avaient développé les associations sportives. » Virginie Debrabant laisse vibrer sa passion quand elle ressort des plans de puits, explique le fonctionnement d'un ascenseur ou déplie une affiche vantant les vacances à La Napoule, entreposée dans la « salle de tri, le premier lieu de stockage ». Elle se dirige vers les sous-sols.
Effleure les armoires coulissantes. « Nous avons ici 2 500 m linéaires d'archives... » Toute cette mémoire commune, Virginie Debrabant pourrait la faire sienne. Si elle a commencé à travailler au Centre historique minier en 2000, forte d'une spécialisation en archives d'entreprise, son histoire y a commencé bien avant. « Je suis originaire de Roost-Warendin. Je suis petite-fille et arrière-petite-fille de mineurs d'origine polonaise... » Pas étonnant que ces mémoires, elle veuille les faire vivre. Alors, pas question de laisser dormir ces trésors ou de ne les réserver qu'aux chercheurs. Au gré des expositions temporaires, les fonds sont retournés, triés, rendus à la lumière selon les thèmes du moment. Pour Des machines et des hommes, ouverte au public depuis avant-hier, Virginie Debrabant a ressorti tous les objets, outils, plans retraçant l'évolution technique que connurent les mines de la région. Mais l'équipe de Lewarde est même allée plus loin, en reconstituant de toutes pièces, à partir de plans découverts dans le fonds d'archives, une « esclitte » : « C'est un contenant en chêne, qui reposait sur des patins et qu'on traînait et poussait au fond », explique l'archiviste. À l'inverse, certains objets mystérieux, retrouvés intacts, trouvent leur explication dans ce fonds... « À partir de l'objet qu'on récupère dans le parc à matériel, on va aux archives et on retrouve le sens de l'objet...

 

BÉRANGÈRE BARRET Publié le dimanche 01 juillet 2012 Nord Eclair

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