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D’une tranche à l’autre

Publié le par REVEL Stephane

Robert Parize est le dernier Montcellien à avoir travaillé à Lucy et Lucy II. À 89 ans, ses souvenirs sont mêlés d’histoire, de technique et de nostalgie.

J’aime encore bien parler de cette époque avec les copains, mais quand je me tourne je me rends compte qu’il n’y a plus personne. » Robert Parize a travaillé 40 ans à Montceau pour et à l’extérieur de la mine. C’est à l’ancien port, alors qu’il n’avait qu’une vingtaine d’années, qu’il a commencé. « Je faisais un peu de tout. J’ai été entre autres, aiguilleur. »

En 1948, Robert Parize est intégré au sein de Lucy. « J’étais chauffeur de chaudières. Je m’assurai de la bonne combustion, du nettoyage. Je vérifiais l’alimentation en eau, en charbon… » À la simple évocation de la centrale, la voix de cet homme âgé de 89 ans, s’anime de passion et il devient alors intarissable sur le sujet, que ce soit sur la technique ou l’histoire. « Quand j’ai commencé, c’était la fin de la première centrale. Nous étions à la basse pression. »

Quelque temps plus tard, les bâtiments ont été agrandis et toutes les chaudières remplacées. C’est le début de la deuxième tranche. « Avec Lucy II, on est passé à la haute pression. Le travail était plus facile. Nous avions un panneau de commande pour pouvoir surveiller les chaudières. » Même si la pénibilité était réduite, il ajoute néanmoins : « On ne regardait pas notre temps. La centrale tournait jour et nuit, en permanence des feux continus. Je n’avais pas de vie de famille. Les dimanches, les jours de fêtes, tous mes noëls, je les passais là-bas. » D’ailleurs, il se souvient : « Ça arrivait, alors que j’avais fini, que l’on me demande de rester pour nettoyer une chaudière. Alors je restais. » Il avoue même : « Des fois je faisais jusqu’à 16 heures, j’ai même fait 24 heures. »

Bien qu’il ai t travaillé 40 ans pour la mine, il confie : « Je ne suis jamais descendu. Je ne voulais pas. » Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir les mêmes maladies que les autres. « Lucy, c’était pénible, il y avait la chaleur, la poussière, j’ai eu la silicose. Avec Lucy II ça a été l’amiante. Il y en avait partout des chaudières jusqu’aux gants et aux bottes. »

Quoi qu’il en soit, ses souvenirs restent teintés de nostalgie. « Lorsque l’on a détruit Lucy II, ça a été un désastre moral pour moi. » Le temps passé avec ses collègues avait créé des liens. « Il y avait une très bonne camaraderie. Chacun prenait ses responsabilités. » Et non sans un certain constat de fatalité, il conclut : « Et maintenant je suis le dernier. »

Quand Lucy III a été mise en service, il travaillait encore. « On est resté dans les bâtiments de Lucy. On ne faisait plus que de la vapeur pour le chauffage urbain. » C’est finalement en 1981 qu’il prend sa retraite.

Pour lui ce passé est révolu et l’avenir de la centrale plus que compromis. « Maintenant qu’il n’y a plus de charbon, c’est mort. » Alors de l’époque où l’activité minière agitait la ville de Jules Chagot, même bien avant sa naissance, il a collecté plus de deux mille photographies. Et s’il éprouve quelques difficultés à restituer chacune d’elles, dans le paysage urbain actuel, sa mémoire reste infaillible quant à leur histoire.

le 17/06/2013 à 05:00 | Thomas Borjon Le Journal de Saone et Loire

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