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Saint-Paulet-de-Caisson : Le vieil homme et la mine

Publié le par REVEL Stephane

Saint-Paulet-de-Caisson, cité minière ? Une blague ? Pas le moins du monde. Si aujourd’hui, ces décénnies de l’histoire du village semblent s’être volatilisées dans les oubliettes des mémoires, il n’en demeure pas moins que les mines de lignites ont rythmé le quotidien de plusieurs centaines de Saint-Paulétois pendant des lustres. Aujourd’hui, de ce passé économique glorieux ne reste qu’une plaque apposée au coin d’une rue, un wagonnet qui fait office de pot pour fleurs et une vitrine dans les locaux du musée. Parmi ces mineurs, Raymond Bardera, les 84 ans flamboyant, la lampe de mineur tatouée au fer rouge dans le cœur.

"Les gueules noires, c’était ma vie"

Il est le seul du “fond” encore à même de témoigner. Les autres sont au cimetière ou affaiblis par la maladie. Et c’est avec passion que le vieil homme se bat au quotidien pour que cette tranche d’histoire Saint-Paulétoise perdure. "Il y a tant de fils et de petits-fils de mineurs sur le village, mais il semblerait que tout le monde s’en désintéresse. Quand on ne sera plus...", s’interroge-t-il les yeux ouverts. La voix se brise. Impuissante. Pourtant "la mine, elle en a fait vivre des familles ici !" Un métier rude et éreintant. Dangereux aussi. Le bon vieux temps pourtant. Celui où on arrivait dès potron-minet pour prendre son poste. Où l’on descendait au fond, lampe vissée sur le crâne, casse-croûte dans la poche accompagné par le "pourillon", le chef d’équipe de ceux du fond. Les galeries de lignite dans lesquelles on détachait le charbon "à quatre pattes". Où l’on riait des pitreries des uns et des autres quand l’humidité et le froid rongeaient les os. Où même les pauses déjeuner en compagnie "des énormes rats tout noirs" étaient des moments bénis. "C’était dur mais nous étions les uns les autres très unis. La mine, on l’aimait. Moi je la connais depuis petit garçon. Mon père était mineur de fond à côté d’Uzès. Il m’emmenait souvent avec lui. Les gueules noires, c’était ma vie."

Après le démantèlement, il devient concierge des anciens bureaux

À tel point que lorsque le démantèlement définitif de la mine de Saint-Paulet, appartenant à la société SLBG (Société de lignite de Barjac et du Gard) a été effectif en septembre 1963, on a proposé à Raymond de devenir le concierge des anciens bureaux de la mine. Cinquante ans, plus tard, c’est devenu sa maison. Sa cuisine, placée dans l’ancien bureau de l’ingénieur, le salon à l’ancien poste du directeur. "J’ai toujours son bureau et son armoire. J’ai même le coffre-fort des bureaux de Pont-Saint-Esprit", montre d’un vaste geste l’octogénaire. Des livres de comptes de l’époque, aussi. Des relevés de collectes pour les veuves de ceux qui ne remontaient pas. Les vestiges d’un temps où la mélancolie est palpable sur chaque motif de tapisserie. Un temps que le vieil homme rêve gravé pour toujours dans le charbon de St-Paulet.

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